‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 263 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

débouché du chemin creux au point du jour qu'ils furent attaqués par les Turcs, et l'armée entière du grand vesir parut sur la hauteur , au-delà de la montagne de Kroska [ 22 juillet 1739]. Le régiment Palffy fit des prodiges de courage ; mais le régiment de Savoie repoussé dans la gorge jeta le désordre dans les régiments Carafla, Soher, IIohenzollern et de Charles Palflfy : six tambours et dix étendards tombent entre les mains des ottomans; les cuirassiers de Jean Palffy sont sabrés ou précipités de la hauteur, au pied de laquelle ils tombent sur vingt mille janitschares rangés en bataille; les généraux WittofF, Lerschno, Carafla, les princes de Waldeck et de Hesse-Rheinfels restent morts sur le terrain. Tout était perdu si les ottomans, profitant de leur avantage et s'avançant à droite et à gauche avaient enveloppé la cavalerie impériale engagée dans la gorge; mais ils se contentèrent de poster leur aile droite sur le Danube, d'occuper avec la gauche les vignes dans lesquelles ils avaient fait tant de mal a l'avant-garde impériale. La cavalerie du prince de Hildhurghausen, l'aile gauche de l'infanterie impériale et une partie du corps principal restèrent dans l'inaction pendant tout le jour, tandis que le poids de la bataille fut soutenu seulement par six bataillons d'infanterie et dix-huit compagnies de grenadiers. L'engagement, sans compter l'attaque de l'avant-garde, dura depuis cinq heures du matin jusqu'au coucher du soleil ( 1 ) ; l'armée impériale compta cinq mille sept cent vingt-deux morts , quatre mille cinq cent trente-six blessés (2). Dans la nuit, le prince de Hildburghausen conseilla d'appeler le comte Neipperg, resté de l'autre côté du Danube , pour attaquer les Turcs le jour suivant ; mais Soher et Styrum furent d'avis contraire , parce que la cavalerie fatiguée et manquant de fourrage ne serait d'aucun secours. Durant la bataille, Pallavicini , commandant de la flotte du Danube, avait été exposé aux feux des batteries ottomanes; il échangea avec elles environ cinq cents coups de en non , reçut à peu près quarante boulets et revint le lendemain à Belgrad. Le 23 au matin , les ottomans fu-

(1) Se h tneltan, I. t. p. 20 fi.

(1) Keralio, I. h, p. iG3. Scubbï, fol. 15C.

| reut surpris de ne plus apercevoir les Allemands; le grand vesir s'avança avec quatre à cinq mille janitschares : mais voyant le reste de l'armée chrétienne rangé en ordre de bataille, il abandonna tout projet d'attaque ultérieure et se retira sur Hiszardschik. La défaite des Autrichiens appartint absolument à l'incapacité et à l'obstination de Waliis:an lieu d'engager l'action aven toutes ses forces, il les avait divisées en quatre corps pour attaquer avec le plus faible; s'il n'avait pas repoussé l'assistance de Neipperg et s'il avait porté en même temps son infanterie sur l'ennemi, assurément la bataille n'eût pas été perdue. Le grand vesir enflamma les Turcs par sa présence , et les ministres de la Porte , le reis efendi Mustafa, le sous-secrétaire d'état Haghib , le second maître des requêtes Haschim , s'occupèrent activement du transport des munitions de l'artillerie. Le grand vesir distribua 80 bourses aux vaillants guerriers qui lui apportaient des têtes d'ennemis, et quand il n'eut plus d'argent il donna des billets ; le defterdar Aatif et les trois premiers présidents des chambres , le rusnamedschi, le muhasebedschi et le mew- 1 kufatdschi, comptèrent aussi de leur côté des ducats pour les têtes coupées. L'historien Ssubhi atteste leur zèle , dont il avait eu les preuves sous les yeux , et compare la bataille de Krozka au désastre de Blohacz.

Le troisième jour après la bataille d'iliszardschik ou de Krozka , le grand vesir remontant le Danube se dirigea vers Belgrad par Wischniza ; le 25 juillet , il traversa les champs de Weretschar, laissa de côté les retranchements de Chalil-Pascha, mit le feu aux faubourgs de Belgrad et le même jour fit ouvrir la tranchée devant cette place. Sur ces entrefaites , le serasker TosMohammed- Pascha ayant quitté Orsova était venu se poster d'abord en face d'Hiszardschik. puis sur les rives de la Ternes, non loin de Pancsova , à deux lieues du camp du grand vesir. Le lendemain , le grand vesir somma Belgrad de capituler, offrant de faire escorter la garnison de vingt mille hommes jusqu'à Ofen; on répondit à la sommation par des coups de canon. L'armée impériale commandée par W allis , Neipperg et le prince Lobkovitz, marcha en ordre de bataille au devant des ottomans, puis les attendit de

pied ferme près de Pancsova : cinq cents Turcs , qui se lancèrent au milieu d'un carré autrichien, y périrent jusqu'au dernier. Tos- Mohammed, qui avait ordre de pénétrer avec ses seize mille hommes dans le Banat et de pousser vers la Transylvanie , et dont le camp était devenu la proie des Autrichiens, paya ses échecs de sa tête ; on lui reprochait surtout le peu d'attention prêtée par lui aux pontons de l'invention de Musaflersade-Abdullah et transportés au camp sur des voitures par le vesir Ali-Pascha-Hekkimsade.

Sur l'ordre de la Porte , au printemps de cette année, Hekkimsade avait parcouru et dévasté le pays autour de Kortainizza et d'Irim entre la Kulpa et l'Unna , où aucun parti ottoman n'avait pénétré depuis soixante ans : partant de Serai et prenant la direction de Novi; il avait franchi l'Unna, assiégé Zrin et désolé le pays autour de Kostainizza et de Novodol, jusqu'à la Kulpa. Six mille Tatares ravagèrent les localités de Knesawa , Dubiza et Jessenowaz, au-delà de l'Unna. Le fils d'Ali-Pascha, Ibrahim-Pascha , et le fils de Ssalih-Pascha, Mahmud-Pascha , rassemblèrent la levée en masse de Trawnik, Akhiszar , Jaiza, Banyaluka , Kossaraz , Novi , Bihaczs, Ostrosacz et du vieux Ostrovaz , dans les plaines de Bilan, coururent le pays autour de Kotar , Lika , Udwina , et portèrent l'incendie jusqu'à Waratdscha. Le gouverneur Ali se trouvait à Trawnik quand il reçut l'ordre de suivre le camp impérial ; en conséquence il alla planter sa tente devant Belgrad.

Mais en Bessarabie et en Moldavie les armes ottomanes n'obtinrent pas autant de succès contre les Russes qu'en Bosnie et en Servie contre les Autrichiens. L'armée russe, comprenant environ soixante-dix mille hommes dont trois mille Cosaques, traversant le territoire polonais sans se laisser arrêter par les représentations de la république, se porta sur le Dniester; les Cosaques brûlèrent Soroka, Mohîlow et d'autres localités (1). A Sukowza, six lieues de Choc im, Muncb franchit le Dniester avec vingt mille guerriers. Cantemir,déclaré prince de Moldavie parles Russes, souleva le pays contre le prince Ghika. Les

(1) Keralio,!. n„p. 11*.

Cosaques ne se montrèrent pas moins féroces que les Akindschis turcs. Le serasker de Bender, Weli, et celui d'Ocsakow, Gendsch-AU , étaient postés devant Chocim : le premier voulait se retrancher dans les murs de la place; mais les troupes préférèrent se déployer en campagne , et allèrent occuper les hauteurs de Stawutschane. Sur l'ordre de Munch , Romanzoff mena huit mille hommes à une attaque dont le succès couronna l'audace [ 18 août]. Gendscb-Ati-Pascha, emporté par son naturel fougueux, repoussa orgueilleusement les conseils du serasker et précipita ses bostandschis au carnage; les Turcs battus, dispersés, s'enfuirent vers Bender ; Elias-Pascha , commandant de Chocim , put à grand'peine se jeter dans cette place avec quelques hommes (1). Des dix mille guerriers de la garnison il ne restait plus que sept cents janitschares avec leur aga dans Chocim, qui capitula (2). Munch marcha contre Jassy, qui fut abandonnée par le woiwode Gbika et le buluk-baschi Katirdschioghli , quoiqu'ils eussent huit mille hommes. Munch traita les bojards avec une rudesse maladroite : quand le métropolitain lui présenta la croix et l'Évangile à baiser, il ne posa ses lèvres que sur le livre sacré et repoussa la croix , et le prélat ayant commencé son discours par ce texte : «Que le Seigneur bénisse ta sortie et ton entrée , » les généraux russes se prirent à rire de la prophétie (3). Munch exigea des bojards vingt mille hommes et vingt mille ducats ; les Cosaques désolaient la campagne; les Russes se pressaient dans Jassy, pillant les couvents, profanant les églises. Munch poursuivit sa route sur Bender; son armée rencontra de grands obstacles au passage du mont Kodrui-Bachlui. Quand Ghika eut annoncé au grand vesir la marche des Russes en Moldavie, le beglerbeg de Bender, Atmadscha-Pascha, qui se trouvait auprès du serasker, reçut ordre, ainsi que les chefs des lewends, Katirdschioghli , Wanli , Jegwi , et le woiwode de Boli, d'aller soutenir Ssari- Ahmed - Pascha

(1) Ssubhi, fol. 169. Keratio, I. n, p. ISS. Dadich, p. S85.

(5) Ssubhi , fol. 1C9.

(3) Dadich.p. 291.

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