LIVRE
Ejub avec deux chaos et avec Oghus-Ali- Chan, envoyé en Turquie dès Tannée précédente par Nadir-Schah ; en mettant pied à terre il se troava en face du tschauschbaschi à la tête de tons les tschauschs, des généraux de cavalerie ainsi que des inspecteurs des revues. A l'audience du grand vesir, il déclara ne pouvoir recevoir une pelisse d'honneur des mains du premier ministre , et néanmoins, cinq jours après [ 30 mars 1741 ] , il fut admis à l'audience solennelle du sultan, qui dans cette occasion fit déployer la plus grande pompe dans la salle du diwan ; il fut installé à la place occupée ordinairement par le nischandschi. Quand il se trouva devant le sultan entouré de ses ministres, l'ambassadeur se sentit si troublé qu'après avoir dit : a Mon schah , » il ne put prononcer une seule parole. Le cérémonial usité aux audiences de la cour ottomane fut observé cette fois avec d'autant plus de rigueur que l'ambassadeur était venu avec une mite de douze cents personnes , sous l'escorte de quatre mille hommes , ce qui était sans exemple, et ne se reproduisit jamais depuis.
Pende temps après, le grand vesir donna près des Eaux douces une féte brillante à l'ambassadeur et se plut à y étaler le luxe de son mobilier et la pompe de sa maison milite ire. Dans une autre fête donnée par le kapudan-pascha , et à laquelle assistèrent les ulémas, le premier imam du sérail , Ssahib- Kfendi,le juge du camp impérial, Esaad- Efendi, l'ancien grand juge d'Anatoli, Neili- Efendi, l'ancien ambassadeur en Perse, Abdullah-Efendi, le mihmandar de l'ambassadeur, Chalil-Efendi , et le reis efendi de Eaghib, on traita l'objet de la mission du chan persan, c'est-à-dire la reconnaissance de la cinquième secte, dite des Dschaaferis, fondée par Nadir-Schah; n'osant pas opposer un refus décisif à l'ambassadeur , on éluda la question directe en déclarant que l'on se conformerait en tout point aux préceptes de la vraie loi. Comme lui-même n'était pas investi de pouvoirs assez étendus, que d'ailleurs on ne pouvait guère discerner les intentionsde Nadir-Schah sur la paix ou la guerre. Ton jugea nécessaire d'adresser avant tout une ambassade au dominateur de la Perse. On choisit pour cette mission le mai-
TOM. III
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tre des requêtes du fisc , le savant Munif- Efendi , auquel fut adjoint le directeur de la douane de Constantinople, Nasif-Mustafa- Efendi.
L'insistance de Nadir-Schah pour faire déclarer l'orthodoxie des Dschaaferis et assurer aux Persans le droit de former eux-mêmes de pieuses caravanes pour la Mecque, avait exalté le zèle religieux du sultan comme protecteur des deux villes saintes; il fit remettre au porteur des présents annuels pour la Mecque et Médine une magnifique pendeloque , composée de huit diamants entourés de quatorze saphirs et de trente-sept brillants avec un soleil étincelant de pierreries.
Peu de temps après le départ de la Surre, fut célébré le mariage de la sultane Hebetullah avec Ali-Beg, fils de Kel-Ahmed- Pascha. La capitale s'agita en outre aux fêtes données aux envoyés extraordinaires d'Autriche et de Russie, Ulefeld et Romanzoff, aux représentants de la France, de l'Angleterre et de la Hollande , ainsi qu'aux envoyés suédois et napolitains, et admira surtout l'éclat des réjouissances ordonnées par le grand vesir et par l'aga des janitschares , quand ils eurent l'honneur de recevoir le sultan dans leurs palais. Mais plusieurs incendies en novembre et décembre 1740, et dans les premiers jours de janvier 1741 , jetèrent l'effroi parmi les habitants ; les esprits furent aussi profondément agités par la chute de deux grands aérolithesà Hezargrad : l'un deces corps pesait dix-neuf okkas (1) et l'autre deux[ 25 octobre 1740 ]. Les naturalistes et les astronomes, après avoir bien étudié ce phénomène signalé sur la frontière sep- • tentrionale de l'empire , déclarèrent que c'était le présage de la mort prochaine de deux souverains du nord , attendu que les aérolithes venaient des étoiles qui forment le carré de la Cynosure (2). La prédiction se réalisa : on apprit que, cinq jours avant l'apparition du météore qui avait lancé les deux pierres, l'empereur Charles était mort, et trois jours après , l'impératrice Anne descendit dans la
(1) L'okka vaut S livres i\h.
(î) Le» Orientaux voient dans cette partie de la constellation f image d'un cercueil.
tombe. Mais c'était à l'est que la Porte eût désiré que s'adressassent les sinistres pronostics; car Nadir-Schah dans son attitude menaçante la contraignait a des préparatifs de guerre. Nuuman-Pascha, ancien gouverneur de Bender, puis d'Ocsakow, fut donc nommé serasker et gouverneur d'Anatoli ; Weli , ancieh gouverneur d'Anatoli , fut envoyé à Erserum , et le tschetedschi-pascha ou commandant des tirailleurs, Abdullah-Pascha , fut confirmé dans le gouvernement de VVan. On saisit l'occasion pour faire tomber la tête de Gendsch-Ali-Pascha, qui a déjà figuré comme serasker dans les guerres de Perse et de Hongrie , et comme ambassadeur auprès de Nadir-Schah : jusqu'alors, gênée par les circonstances, la Porte avait paru fermer les yeux sur le crime de ce chef , qui n'avait pas prêté au grand vesir le concours dont il avait besoin à Orsova; mais rien n'étnit pardonné, et Gendsch-Ali, qui avait lui-même oublié ses torts, donna dans le piège qu'on lui avait tendu en lui offrant un «•ommandement on Asie. Il quitta donc le gouvernement d'Ocsakow, où il aurait pu braver les exécuteurs, et déjà il était parvenu à Andrinoplc pour gagner Gallipoli , quand le bostandschi-baschi le fit saisir brusquement par quarante bostandschis qui le mirent à mort. Jahja-Pascha , le gouverneur d'Ocsakow emmené prisonnier par les Russes, revint alors en Turquie avec le comte Romanzoff , et obtint à titre d'argent d'orge le sandschak de Bru sa. L'arrivée de l'envoyé russe à Constantinople produisit un effet d'autant plus grand, que les représentants de l'empereur et du roi de France venaient d'obtenir leur audience de congé; néanmoins on ne permit pas à ses trompettes de sonner en entrant dans la ville, quoique cette faculté eût été accordée aux trompettes de l'ambassadeur impérial. La Porte choisit pour l'envoyer en France Mohamraed-Saïd, dont le père, Mohammed -Tschelebi, avait rempli jadis la même mission, et elle accrédita près la cour de Naples Husein- Beg, qui s'embarqua pour sa destination sur deux bâtiments de guerre napolitains.
Le sultan , dont la pieuse munificence s'était déjà signalée en faveur de la Mecque et de Médine, s'occupa aussi de la sainte ville de Jérusalem ; il renouvela la couverture en
étoffe d'or destinée à protéger contre les regards impies et le contact des mains profanes le rocher de Moria , sur lequel Abraham avait voulu immoler son fils au Seigneur, où le Prophète , la nuit de son ascension , s'était élancé sur le cheval de lumière; où descendit l'ange Gabriel, et qui en porte encore l'empreinte. Le sultan consacra en outre deux korans à ce saint lieu , aûn que, la lecture des paroles laissées par le Prophète, se mariât aux chants des chérubins rassemblés autour de cette pierre, la seule qui jouisse de cette miraculeuse faveur à l'époque où nous sommes parvenus. Le rcis-efendi M us ta fa , révoque de ses fonctions , et le defterdar Aatif , reçurent une sorte d'injonction d'entreprendre le pèlerinage de la Mecque. L'interprète de la Porte , Alexandre Ghika , ayant été mis à mort , comme on l'a vu plus haut, son frère Grégoire ne put se maintenir dans le gouvernement de la Moldavie ; il eut pour successeur l'hospodar de la Valachie, Constantin Maurocordato , qui luimême fut remplacé par Michel Rakowitza , rappelé à la direction des affaires après une disgrâce de dix années [ 13 septembre Mki ]. Le chan de Krimée , Sélim-Girai , fut mandé à Constantinople pour donner son avis au sujet des affaires de Perse ; car les commandants des frontières, comme l'ambassadeur Munif-Efendi , annonçaient que Nadir-Schah , à son retour de l'Inde, s'était porté rapidement, sans passera Iszfahan, sur la frontière septentrionale de Perse , pour châtier les Lesghis et les peuples du Daghistan.
A cette époque, l'attention publique fut un peu distraite par l'arrivée de deux aventuriers qui surprirent la crédulité de l'historiographe impérial. L'un se donna pour le fils de l'empereur Charles VI ; il prétendait être né à Barcelone de la fille de lecuyer de ce prince , appelée Hélène. Élevé à Rome sous les yeux du clergé, ajoutait-il , dans ses entretiens avec quelques moines, il avait été frappé des vérités de l'Islam, et, plein de dédain maintenant pour les doctrines du christianisme, il était venu par Alger à Constantinople pour embrasser la foi du Prophète et s'incliner devant la Sublime Porte. L'interprète du diwan ayant recounu l'authenticité de son acte de naissance , l'imposteur fut revêtu d'une pelisse de zibeline- , et .