‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 274 sur 384 · LIVRE LXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE LXVIII

delà petite Ottoka. Le grand vesir décida en définitive qu'Ostrogha serait réunie à la Bosnie et Suhaniz à la Croatie; en conséquence le ban de Croatie, Batthyany, qui s'était trouvé à Constantinople en même temps que l'ambassadeur comte Wirmond , fut chargé de procéder dans l'est à la démarcation des frontières. Quand les commissaires furent réunis dans la presqu'île de Strugh , ils finirent par reconnaître qu'il n'y avait pas moyen de s'entendre au sujet de Suhaniz et de Sumiza [ 11 août 1743]. La première de ces îles , formée par l'Unna, est située à une demi-lieue au-dessus de Novi ; Sumiza est le territoire compris entre l'Unna et la petite rivière de Sirovaz. Les Croates prétendaient que ce terrain se rattachait à l'île de Suhaniz, les Bosniens réclamaient Sumiza comme une dépendance de Suhaniz; après la chute d'Hekkimsade , protecteur un peu trop passionné des Bosniens, le différend s'accommoda au moyen d'une convention arrêtée entre le reis-efendi Raghib et le résident impérial [ 18 janvier 1744]. L'on commença par éclaircir la dispute de mots : il fut établi que désormais le territoire de Sirovaz, compris dans la ligne des frontières impériales, ne porterait plus le nom de Sumiza ; mais , par compensation , 111e de Suhaniz et la péninsule de Strugh furent cédées aux Bosniens, à condition qu'un fossé plein d'eau isolerait cette dernière portion de terrain de la Croatie.

Le résident russe Wischniakoff s'étant plaint des Ta tares, qui avaient troublé les Cosaques Zaporogues dans l'exploitation des salines concédées par les traités, le sultan adressa des dépêches au chan et des ordres au serasker de Budschak , afin que toute satisfaction fût donnée aux Cosaques et qu'ils se trouvassent désormais à l'abri de semblables attaques. L'année suivante, la Porte ayant exprimé des inquiétudes au sujet des rassemblements de troupes sur les frontières russes , Wischniakoff lui communiqua des notes qui prouvaient le désir de sa cour de maintenir la bonne intelligence avec la Turquie.

La défiance de la Porte envers ses voisins du nord était entretenue soigneusement par l'ambassadeur français , qui avait fait connaître à Constantinople le traité conclu en-

Itre la Russie et Nadir-Schah , et qui d'ailleurs soutenait les intérêts de la Suède auprès des ministres ottomans. Castellane jouissait d'un crédit tout particulier; le premier des ministres chrétiens il fut admis à visiter quelques-uns des appartements intérieurs du sérail, faveur accordée, disait-on, en considération des égards montrés à l'ambassadeur turc en France, Saïd Mohammed , qui jadis avait eu l'honneur de parcourir le palais de Versailles. A ce moment, ce dernier était de retour et avait rapporté des présents pour le sultan et pour le grand vesir.Les bâtiments de guerre français sur lesquels il avait pris passage avaient amené aussi vingt-deux artilleurs, qui furent incorporés dans les bombardiers de Bonneval , et la France contribua ainsi , la première de toutes les puissances européennes, au perfectionnement de l'artillerie turque. Le sultan avait envoyé l'un de ses valets de chambre à Paris, pour y apprendre à jouer de l'orgue, et, après y avoir acquis une certaine habileté, le serviteur revint avec l'ambassadeur pour enseigner la musique à Cons? tantinople ; mais cet art n'y fut pas reçu avec la faveur qu'avait rencontrée celui de l'imprimerie , introduit dans l'empire vingtcinq années auparavant. Le renégat hongrois Ibrahim , directeur de l'imprimerie turque, et son fils, du même nom, étaient avec Bonneval les principaux instruments employés par l'ambassadeur français pour éloigner la Porte de la Russie, et la pousser vers la Suède, à laquelle Castellane voulait faire accorder un nouvel envoi d'argent à titre de subside. Quand la paix fut rétablie entre la Suède et la Russie, le ministre suédois protesta contre l'interprétation donnée par Wischniakoff à la convention arrêtée entre les ministres ottomans et le cabinet de Stokholm , et qui , suivant Wischniakoff, aurait placé la Suède sous la dépendance de la Porte. Au reste, le résident russe s'attira les reproches de sa cour par ses malencontreuses explications. Finochetti rat remplacé par le chevalier Majo, qui arriva comme envoyé extraordinaire de Naples. Quant à la Pologne , durant la seconde administration d'Ali-Uekkimsade , elle envoya À Constantin I nople l'internonce Benoe accompagné de I l'interprète Giustiniani, le chargeant: f d'of-

frir à la Porte des excuses sar les atteintes portées à une stricte neutralité pendant la dernière guerre entre la Russie et l'empire ottoman; 2° de réclamer des indemnités pour les ravages commis par les Tatares ; 8° d'obtenir qu'une portion du territoire des Cosaques Zaporogues fnt cédée et réunie à la Pologne. Mais entre les membres composant cette ambassade il n'y avait pas unité de ▼ues; le langage tenu par l'ambassadeur ne se trouva pas d'accord avec ses lettres de créance : Benoe et presque toute sa suite servaient la cause de Stanislas Leszcinskit tandis que l'interprète Giustiniani et quelques autres personnages vouaient tous leurs efforts au roi Auguste III. Le secrétaire de l'ambassade , Paul Starynski était le confident de Potocki , lequel écrivait au grand vesir que la mission de Benoe se bornait à l'accommodement de l'ancien différend , relatif à la portion de territoire des Zaporogues que la Porte et la Russie s'étaient partagée. Benoe arriva le 8 janvier 1743 è Gonstantinople ; ses lettres de créance, délivrées avant la bataille de Csaslau et que Ton avait oublié de remplacer , étaient rédigées dans un sens tout favorable à Charles VII. Le roi de Pologne , électeur de Saxe, ayant une fois accédé à la paix de Bresiau , son envoyé ne devait point parler comme il aurait dû le faire pendant que l'empereur était en guerre contre la Prusse et la Pologne. Potocki adressa donc bien vite de nouvelles lettres de créance à Benoe; mais quand elles parvinrent à celui-ci , les premières étaient déjà remises. A l'audience du grand vesir, Benoe se servit de l'interprète Sicilien Mariniau lieu de Giustiniani, qui, selon lui , ne connaissait pas assez bien la langue turque, et il exposa les raisons que lai avaient suggérées Castellane , Potocki et Bonneval; quand il eut fini , le grand vesir lui répondit : « Que peut-on arrêter avec un royaume où il faudrait réunir d'abord trente mille têtes sous un bonnet , avant de pouvoir prendre une résolution? » La Porte se borna dans ses notes officielles à déclarer qu'elle excusait la Pologne d'avoir ouvert son territoire aux armées russes; mais que, pour fixer des relations ultérieures, elle attendait la grande ambassade qui lui avait été annoncée [ 5 mai 1743 ]. En conséquence, Giusti-

niani resta comme chargé d'affaires à Gonstantinople; l'ambassadeur y laissa aussi l'agent Lumaca et le négociant Hubsch,iacien facteur de la compagnie orientale de l'Autriche , lesquels continuèrent à correspondre avec Bunau, représentant d'Auguste III à Vienne.

Le palatin de Kiow , Ghika, prince déposé de Moldavie, etCarlson , ministre de Suéde, appuyaient de toute leur influence les tentatives de Frederick II pour rétablir des relations d'amitié entre la Prusse et l'empire ottoman. Frédérick avait notifié par écrit son avènement au prince de Moldavie, oui lui adressa en réponse des compliments de condoléance sur la mort de Frédérick I, et des félicitations sur l'ouverture du oonmn règne [10 janvier 17U 1. Peu de temps après, le général prussien comte Seetvald entra ao service du palatin de Kiow ; delà U devait entretenir une correspondance secrète avec la cour de Prusse. De Bon côté le prince de Moldavie envoya Marini Pa2egna à Kiow dans le même but [ 24 juillet 17*1 ]. Mais un certain Ghisen, établi à Jassy pour y diriger la correspondance des agents prussiens y mourut tout-à-coup, et quelques personnes pensèrent qu'il avait été empoisonné. Les communications de la Prusse avec l'empire ottoman se trouvèrent ainsi interrompues en dépit de tous les efforts de Bonneval pour les renouer. Ce dernier se livrait sans relâche à son activité politique, rêvant toutes sortes de projets pour une non velle alliance suédoise, pour rétablissement de colonies protestantes, pour la formation d'un corps d'ingénieurs; il reproduisait^ plan soumis vingt -cinq ans auparavant a la Porte par l'officier français Rochefort, tendant à organiser une corporation d'arpeo teurs étrangers; il entretenait l'ardeorda grand vesir en lui mettant sous les yeei de) mémoires sur l'état des puissances de l'Europe. Toutefois il refusa de soutenir l'aventurier Beaujeu, qui, en sa qualité de représentant du roi Théodore de Neubol.

promettait de rendre la Corse tributaire de la Porte.

Le nouveau grand vesir Esseid-Hasan- Pascha, parti des rangs des simples janitschares , et parvenu è la dignité d'aga «e cette milice, puis choisi par le '

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