‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 275 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

comme l'homme le plus propre à tenir le gouvernail de l'état dans ces temps d'agitations et de lottes, s'occupa sans relâche des moyens de soutenir la guerre contre Nadir- Schah. Mohammed- Aga, kiaja du gouververneur de Bagdad , avait rencontré à cinq stations de cette ville vingt mille Persans qui veoaient saisir toute la récolte du pays. Plus loin il avait vu le généralissime persan, chalife des clialifes, qui se portait avec vingt autres mille hommes sur Helle , et qui le renvoya à Bagdad. De cette ville le gouverneur l'avait fait partir une seconde fois pour Kerkuk, où était le camp de Nadir- Schah , contenant cent mille Persans avec un nombre égal de Kurdes et d'Arabes.

Après avoir établi sur le petit Tigre et le Sab deux ponts protégés par des palanques. Nadir avait enlevé toutes les moissons des alentours, de sorte qu'une affreuse disette se faisait sentir à Bagdad. Il congédia Mohammed-Aga en l'assurant qu'il n'avait aucun projet de guerre, que son seul bat était d'obtenir la reconnaissance do rite des Dschaferis. Après la chute d'Ali-Hekkimsade l'ordre fut transmis à Ahmed-Pascha de ne plus engager de correspondance inutile avec les Persans, et le grand écuyer Abdullah- Beg fut chargé de porter à Husein-Pascha , gouverneur de Moszul, le fetwa qui repoussait la cinquième secte comme opposée à la loi , et légitimait la guerre contre les Persans. Le grand écuyer était chargé aussi de remettre au gouverneur de Diarbekr 20,000 piastres pour des levées de troupes. Après avoir recula réponse de la Porte, Madir-Schah quitta Kerkuk, se porta sur Moszul, et planta ses étendards à l'est de cette ville sur le tombeau du prophète Jonas [13 septembre 1743]. Quatorze batteries, années de cent soixante canons et de deux cent trente mortiers, foudroyèrent la place. Quatorze mines, fesant explosion en arrière au lieu d'éclater contre les murailles,' devinrent fatales aux Persans ; enfin, après douce assauts vaillamment soutenus par la garnison de trente mille hommes, où se distingua le gouverneur d'Alep avec ses troupes , Nadir-Schah, découragé de ses inutiles efforts pendant trente jours, dut se résoudre A la retraite. La démoralisation s'était répandue sur son armée, et il venait d'apprendre que le

prétendant 8safl-Mirsa, soutenu par la Porte, marchait d'Erserum sur Karsz [ 30 octobre 1743 ]. Harcelé dans ses mouvements par les troupes des seraskers de Moszul et de Bagdad qui opéraient de deux côtés chacun avec cent mille hommes , Nadir, poorsuivi jusqu'au défilé de Senne, fut défait par les Turcs. Après avoir reçu avis du triomphe des armes ottomanes, le nouveau grand vesir fit des changements dans le personnel de l'administration ; les grands vassaux de l'empire euxmêmes s'en ressentirent. Le chan de Krimée, Selamet-Girai , fut révoqué et remplacé par Sélim-Girai , fils de Kaplan-Girai , qui dut occuper le trône princier pour la seconde fois; et Selamet obtint la permission d'habiter sa métairie près de Gallipoli. Dans le Daghistan , les princes des Kaitaks, des Kumuks et des Ghasi-Kumuks, qui, lors de l'invasion de leur pays par Nadir- Schah, s'étaient inclinés devant son autorité, furent déclarés déchus de leur dignité , et le chanat des Ghasi-Kumuks fut adjugé à Mohammed-Beg, fils de Surchai, ancien chan de Schirwan. Un événement de palais qui fit du bruitfutla disgrâce do maître des cérémonies Aarif-Mohammed-Efendi, destitué pour avoir, aux fêtes du Bairam, laissé les chefs des armuriers, des canonniers et du train d'artillerie baiser la main du sultan avant les janitschares , qui auraient pu s'irriter de ce passedroit inoni. Le sultan voulait même faire mettre à mort Aarif-Mohammed, et le grand vesir, le reis-efendt ainsi que l'aga des janitschares purent a grand'peine obtenir que sa condamnation fût commuée en un exil perpétuel dans l'Ile de Ténédos.

A Médine plusieurs soldats de la garnison osèrent tirer les uns sur les autres dans l'enceinte même du sanctuaire, où l'usage des armes est interdit, et leurs balles avaient frappé les joyaux magnifiques offerts tout récemment parle sultan. Le schérif, le juge et le scheich de la Mecque furent chargés de punir ce sacrilège. A cette occasion le gouverneur de Dschidde fut remplacé par le vesir Ebubekr-Pascha , qui avait occupé ce poste pendant vingt ans, et qui alors dirigeait la perception des impôts en Morée. * Jahja-Pascha, ancien gouverneur d'Égypte, puis kapudan-pascha , après avoir vu Piri- Mustafa-Pascha lui succéder dans l'amirala

fat eovoyé & Belgrad pour en bien établir I les ouvrages de défense. Des troubles avaient éclaté en Égypte : Osman-Beg, conducteur de la caravane des pèlerins égyptiens , avait été chassé du Kaire par ses ennemis ; et Said- Mohammed fut envoyé en cette ville pour prendre possession , au nom de la Porte, des biens d'Osman-Beg , répartir entre les chrétiens , les koptes et les juifs les cotes de l'impôt de la capitation , et passer en revue les équipages des bâtiments du sultan dans le port d'Aleiandrie. Le besoin d'argent se fesant plus fortement sentir pour la guerre contre la Perse, la Porte, depuis le grand vésirat d'Ali-Hekkimsade , était surtout préoccupée des moyens de remplir les coffres de l'état. Kabakulak, ancien grand vesir, qui depuis dix ans était gouverneur de Ketimo , fut mis à mort , et ses biens furent confisqués. Dschanib-Ali , l'ancien ambassadeur à Vienne, et postérieurement investi des fonctions de directeur de l'arsenal , puis de celles de defterdar, étant venu à mourir, on leva 500 bourses sur son héritage ; on lui donna pour successeur Seadullah, riche octogénaire dont les dépouilles ne devaient pas se faire attendre long-temps. Le kiajabeg Mohammed -Aga remplaça Jahja-Pascha dans le gouvernement de l'Egypte. Kaitas- Ali-Pascha,exiléàChos, dut verser 400 bourses dans le fisc. La place du tschausch-baschi Siruzl passa à l'agent fiscal Abdi - Aga , dont les fonctions productives furent exercées par Molladschikzade-Ali-Aga, beau-frère du reis-efendi Raghib. Le cours des ducats hollandais, hongrois et vénitiens fut abaissé, et l'ambassadeur hollandais Calcoën réclama vainement contre cette mesure [ 4 avril 1744]. Raghib ne tarda pas à être envoyé en Égypte comme vesir-gouverneur, et Elhadsch-Mustafa-Efendi redevint reisefendi. Ce qui fit éloigner Raghib, c'est qu'il était uni d'amitié au gouverneur de Bagdad Ahmed-Pascha , et qu'il inspirait à cause de son savoir de la jalousie au grand vesir, ancien janitschare, étranger même aux notions de la lecture et de. l'écriture. Le premier vesir se délivra aussi de la présence de Kesrieli, favori du sultan , qu'il envoya à Erserâm en qualité de defterdar du camp ; et il fit en sorte d'adoucir le kislaraga, ami de Kesrieli.

Craignant que le grand vesir ne se mit en possession de la plénitude du pouvoir , s'il dirigeait en personne les opérations militaires , les trois hommes qui se partageaient au sérail le gouvernement de l'empire, le kislaraga , le trésorier et l'imam Piri-Efendi, qui, devant les ministres européens, prenait le titre de cardinal du sultan, décidèrent que le grand vesir resterait à Coostantiaople. Cependant, comme il fallait absolument renforcer bien vite les trois armées destinées à opérer du côté de la Perse , et que la ville de Karsz surtout attirait l'attention , puisque le prétendant Ssaû-Mirsa y avait été envoyé, l'on résolut d'y eipédier sans retard des secours. De son côté Nadir-Schah se mit en campagne avec trois armées, dont l'une, sous les ordres d'un chan, se porta sur Karsi; la seconde, commandée par Schahroch,fils de Nadir, s'avança vers Eriwan, et la troisième, conduite par Nadir-Schah en personne , prit la route de Tébris. Les trois armées de la Porte avec trois seraskers prirent la direction de Karsz, Diarbekr et Bagdad. Ahmed-Hamalsade, vesir de Kakka, céda la place à l'ancien grand vesir Ahmed- Pascha ; au serasker de Diarbekr Ali-Pascha, décédé, succéda Husein, gouverneur d'Alep. Ahmed , gouverneur de Bagdad , devint serasker [ mars 1744 ]. La défense de Moszul fut confiée au vesir-gouverneur Abduldschelilsade-Uusein , dout la famille en a conservé depuis l'hérédité, et le vesir Mohammed reçut le gouvernement d'Aidin. Le woiwode de Valachie. Michel Rakovitza, fut déposé en punition de ses exactions [ 28 mai 1744 } ; après avoir rétabli la taxe supprimée jadis sur les bêtes à cornes , il avait augmenté encore les impôts d'un quart. Constantin Maurocordato fut nommé woiwode pour la quatrième fois, mais pour trois ans seulement, comme son prédécesseur ; il paya sa nomination de 12,000 bourses. Rakovitza fut exilé à Mityiène. Trois semaines auparavant la flotte sous les ordres du kapudan pascha était partie comme de coutume pour la mer Égée [ 25 avril 1744]. La direction des travaux d'Oczakow, jusqu'alors remise au kapudan-pascha en personne , fut confiée au gouverneur de la place ; et à cet effet on envoya dans la mer Noire tous les bâtiments de troisième rang qui fesaient partie de la

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