LIVRE LXVIII
martyrs Nedschef et Kerbele. Ce message eut pour résultat de faire accélérer les préparatifs de guerre dans tout l'empire.
40,000 ducats furent envoyés au chan des Tatares pour les récompenses à donner aux segbans et pour les armements de la prochaine campagne. L'un des princes du Daghîstan qui se prétendent issus dos Dschenschis avait été revêtu Tannée précédente de la dignité de schemchal des Kumuks ; la Porte le réduisit maintenant au chanat de Dschengtaï, et donna l'autorité sur les Kumuks à Chaszpulad-Chan, fils d'Aadil-Girai. En même temps elle nomma schemchal de Krimée en Daghistan Seadet-Girai , frère de Chaszpulad-Chan [2 août 1745]. Ainsi il y avait alors six chans du Caucase sous la suzeraineté de la Porte : Dschengtai et les deux schemchals des Kumuks et de la Krimée, Usraai, chef des Kaitaks, Surchai des Ghazikumuks et du Schirwan , et le chan d'Ardelan. Cependant Elhadsch-Ahmed-Pascha, serasker de Karsz, fut remplacé par Ali-Pascha-Hekkimsade. Le gouverneur d'Égypte reçut ordre d'envoyer à l'armée de Perse, qui n'avait pas vu encore arriver un seul homme de cette province, le contingent de trois mille hommes à prendre sur les sept corporations du Kaire; mais Raghib-Pascha obtint à force d'instances que l'on acceptât à la place de ce contingent la somme nécessaire à l'armement et à l'entretien de trois mille cavaliers. Pour trois années , les frais se seraient élevés à 2,160 bourses; Raghib , s'excusant sur les troubles qui agitaient la provinee , n'envoya que 200 bourses en suppliant la Porte de le dispenser pour le moment de payer le reste : le diwan malgré son mécontentement dut se résigner. Les gouverneors d'Asie et d'Europe ayant été invités à se mettre en mouvement avec les forces dont ils pouvaient disposer , on vit arriver au camp du serasker les sandschakbegs de Chudawendkiar , Karasi, Begschehri, Akschehr, Karanwzar, Angora, Sultanceni, Amasia, Tschorum, Itschil , Alaijé, Kodschaili , Adana , en Asie ; et ceux de Skutari , Ochri, Valona , Delvino , Ilbessaji , Dukagin , Perserin, Uskub, Janina, Selanik, Henek, Klis, Swornik et Bosna.en Europe. Leurs troupes particulières et les lewends formaient en tout soixante à quatre-vingt mille hommes ,
auxquels vinrent se joindre les vesirs gouverneurs de Siwas, Sélim-Pascha, de Trébizonde, Weli-Pascha , de K ara manie .'Mohammed -Tschélik-Pascha, et d'Erserum, Ibrahim- Pascha , -chacun avec mille ou douze cents hommes de sa maison , la cavalerie des sipahis et des silihdars; enfin, les feudataires d'Anatoli , de Karamanie , de Siwas, d'Adana, de Rakka, d'Erserum, d'AIep et de Méraasch. En même temps , les ordres les plus rigoureux furent lancés contre les lewends fugitifs, dont la (Acheté et la trahison avaient causé le désastre d'Eriwan. Chypre fut de nouveau érigé en un gouvernement que la Porte conféra au premier écuyer AbdullahBeg , et le grand vesir, qui jouissait des revenus de cette tle montant à 122,000 piastres, reçut une assignation de môme somme sur les fermes d'Asas et de Klis près d'AIep. Cependant l'ambassadeur persan Feth-Ali-Chan, qui s'était arrêté plusieurs mois à Bagdad, arriva à Skutari où il fut complimenté par les inspecteurs de l'arsenal et des cuisines. A Constantinople , on le logea dans le palais de Raghib-Pascha, et un chattischérif ordonna que ses propositions fussent discutées dans le diwan [ 1" février 1746 ]. Nadir-Schah renonçait a l'établissement d'un cinquième monument à la Mecque, et se bornait à demander que les Persans attachés au rite Dschaaferi fussent admis désormais dans les mosquées ouvertes aux quatre rites orthodoxes des Sunnites. D'ailleurs il exigeait la cession des deux lieux saints de sépulture Nedschef et Kerbelé ainsi que de l'Aserbeidschan et de l'Irak. Le diwan déclara que l'abandon des prétentions de Nadir-Schah , relativement au cinquième rite et à la cinquième mosquée , pouvait faire considérer la paix comme rétablie quant aux conditions religieuses ; qu'il était impossible de céder la moindre partie du territoire ottoman, mais que le souverain de Perse pouvait bien ne pas exiger une aliénation formelle des provinces par lui réclamées, attendu que la Porte lui en laisserait purement et simplement prendre possession [ 4 février 1746 ]. L'on décida enfin qu'un envoyé turc partirait pour la Perse avec le représentant de Nadir. Nazif-Efendi, mihmandar de Feth-Ali-Chan , fut nommé ambassadeur et chargé de lettres du sultan ainsi que
do grand vesir pour Schahroch-Mirsa , fils de Nadir-Schah , ainsi qne d'une épttre du mufti pour le chef des légistes persans. On remit à Feth-Ali-Chan la réponse du Grand- Seigneur au souverain dfe Perse et celle du grand vesiràla dépêche du schahroch : toutes ces pièces s'accordaient à représenter comme une condition absolue de la paix la renonciation au cinquième rite et à la cinquième mosquée. La Porte offrait de prendre pour base du traité le rétablissement des frontières telles qu'elles avaient été fixées pour les deux états au temps de Murad TV.
La lettre arabe du mufti Pirisade fut son dernier acte officiel ; peu de temps après il fut révoqué sous le prétexte que sa santé trop faible ne lui permettait plus l'exercice de ses fonctions, mais en réalité parce qu'il avait perdu toute faveur dans le sérail ; il eut pour successeur le médecin du sultan , Hajatisade- Mohammed -Emir, et celui-ci fut remplace par Mohammed-Saïd , ancien juge de Srayrne , qui du rang de mollah d'Andrinople fut élevé à celui de mollah de la Mecque. Le kapudan-pascha Mustafa fut mis à la retraite , quoiqu'on n'eût pas de reproche à lui adresser, et l'on investit de ses fonctions le grand chambellan Mahmod, surnommé Soghan-Jemez , c'est-à-dire qui ne mange pas d'ognons.
Des changements bien autrement importants furent amenés par la mort du toutpuissant kislaraga Beschir, qui s'éteignit à l'Age de quatre-vingt-seize ans dont il avait régné trente au sérail et sur l'empire ottoman. Sorti de l'esclavage d'Abyssinic, acheté pour 30 piastres, il laissa 20 millions , 18,000 bourses d'argent, cent soixante harnais et huit cents montres garnies de pierreries ; il avait fondé à Constantinople la mosquée de l'Aga, à Ejub l'école de la tradition, une école élémentaire , une bibliothèque, et, dans le voisinage du palais du grand vesir , une autre école contre laquelle il fut enterré. Vers la fin de sa vie , ses facultés avaient été paralysées, et comme le sultan lui-même était maladif, le grand vesir ne cessa de croître en puissance ; aussi fut-il en état d'éloigner sur-le-champ toutes les créatures du kislaraga. Sur son lit de mort , Beschir avait prié son maître de le remplacer par l'aga du vieux sérail, Neiir, espérant ainsi gouverner
encore le palais du fond de sa tombe; mais déjà le pouvoir était passé aux mains do grand vesir. Neziret deux confidents du sultan , Kebabdschi-Ali et Jakub-Aga , forent exilés au Kaire , et la place de kislaraga Tut conférée , suivant la hiérarchie établie poar les eunuques, au trésorier qui s'appelait aussi Beschir. Celui-ci est le dernier des trentehuit grands eunuques dont Resmi-Ahmed- Efendi a réuni les biographies dans un ouvrage spécial intitulé Amulette des grands. Ce Beschir, calligrnphe distingué , aimait la poésie et savait récompenser les écrivains qui lui dédiaient leurs ouvrages. Le grand vesir s'empressa aussi d'éloigner le kiajabeg , créature do défunt kislaraga, et l'envoya dans le gouvernement de Tripoli de Syrie, en l'élevant au rang de vesir; il le remplaça par l'inspecteur de l'arsenal , Elhadsch-Mohammed , homme éclairé , mais d'un esprit vindicatif, avec lequel il était uni par d'anciennes relations. Behdschet- Efendi , qui avait rempli pendant quinze ans les fonctions de secrétaire du defterdar, obtint le poste même de defterdar, où il fit régner l'ordre et la loyauté. Le commandement des dschebedschis fut donné au grand chambellan Elhadsch-Salih, qui eut lui-même pour remplaçant Abdi-Aga, gendre du grand vesir.
Quant à l'ancien grand chambellan , on le chargea des réparations à faire aux aqueduc* de la Mecque, et à cet effet il re^t 40,000 piastres, plus 15,000 pour ses frais de voyage. Le général des armuriers, Mustafa -Aga.
dut aller en Égypte pour faire relever la digne entre Abukir et Maadia, qui tombait en ruines. La mer avait recouvert plusieurs villages , endommagé près d'Arakil le canal qui conduit les eaux du Nil à Alexandrie, et menaçait d'inonder les plants de ris et tous les champs environnants jusqu'à la hauteur de Fajum. Haghib, gouverneur d'Égypte , eut pour instruction d'appliquer toute son activité à l'exécution d'un travail dont l'achèvement préserverait la côte septentrionale de la province. DéjA les begs et les sept corps destroupes égyptiennes avaient représenté par trois fois dans leurs suppliques la nécessité pressante de relever la digue sur une largeur de dix aunes et une hauteur de deux ; mais maintenant on ne savait s'il suffirait d'opposer une Jetée è l'in-