‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 280 sur 384 · LIVRE LXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE LXVIII

vasion de la mer, quand la vieille digue avait été rompue sur une étendue de 550 aunes : l'on pensa que peut-être il vaudrait mieux construire une nouvelle digue de six mille aunes. Quel que fût le plan adopté , on se hâta de mettre toutes sortes de moyens à la disposition du général des armuriers. A Gonstantinople se firent aussi de grands travaux : le général d'artillerie Mustafa avait mérité la direction de l'entreprise dont on venait de le charger en Kgypte, par la construction de la fonderie de canons dans la capitale de l'empire, qu'il établit telle qu'elle est restée depuis. A l'arsenal fut ajouté un nouveau magasin de bois tout recouvert en plomb. Sur le promontoire européen du Bosphore, appelé Boghazkesen , autrefois Laimskopos, la mosquée de Hafizkemalcddin qui était en bois, ayant été réduite en cendres, fut rebâtie en pierres. Sur la côte asiatique du Bosphore, le château de Tokat, élevé par le grand Suleiman, fut restauré et embelli par de nouveaux kœscliks,des bassins, etc. Une magnifique fontaine à Begkos, dans l'ancienne baie d'Amykos, lit l'admiration des habitants et de l'historiographe Isi lui-môme. Tous ces ouvrages fournirent aux beaux esprits du temps, tels que Newres, Isi et Abdurrlsak, matière inépuisable à d'insipides louanges et à de fades

Mais au milieu de ses travaux , un mois à peine après la mort du puissant kislaraga , . le grand veair fut tout-à-coup renversé [ 10 août 1746]. Toutes ses précautions, le diatti-schérif obtenu pour défendre de s'adresser en quelque affaire que ce fût, excepté en ce qui concernait les fondations pieuses de la Mecque et de Médine, au directeur du harem, avaient provoqué le ressentiment du nouveau kislaraga , qui se mit à la tète du parti du sérail et gagna le mufti pour élever le kiajabeg Elhadsch -Mohammed à la première dignité de l'empire. Ce dernier, surnommé Terjaki ( mangeur d'opium), était fils d'un derwisch-begtaschi de Gonstantinople, et avait d'abord été derwisch lui-môme. Quand s'ouvrit la dernière campagne contre la Hussie, le kiaja Osman l'avait fait nommer écrivain de l'armée ; à la fin de la guerre la môme protection l'avait poussé au poste de mewkufatdschi,ou prési-

dent de la chancellerie des taxes. Ensuite iî fut nommé commissaire à la délimitation des frontières de Servie, et devint successivement maître aux revues des janitschares, intendant de l'arsenal , et enfin ministre de l'intérieur. Dans ce dernier poste il eut pour remplaçant l'intendant de la chambre, Mohammed-Said, fils de Mohamraed-Tschelebi.

qui avait rempli déjà plusieurs missions on Suède, en Russie, et dernièrement en France. La direction des affaires extérieures fut remise à Mustafa, qui avait été, dix ans auparavant , internonce à Vienne , puis avait figuré parmi les plénipotentiaires au congrès deNiemirow, et avait signé le traité de Belgrad. L'ancien grand vesir fut éloigné à Rhodes, et un chatti-schérif annonça l'installation du nouveau. L'intendance de lachambre fut donnée à Bekir-Beg, qui en avait déjà été chargé antérieurement. Le siHhdar du sultan, Mustafa-Beg, fils du grand vesir Baltadschi , célèbre par le traité du Pruth , qui , après l'exécution de son père , y avait rempli pendant dix ans les fonctions de premier porte-épée, reçut la dignité de pascha à trois queues avec le gouvernement de Morée,et Ali-Aga, kiaja du trésor, fut nommé silihdar. L'on désigna des remplaçants pour le bostandschi-baschi et le grand chambellan, et les vesirs-gouverneurs furent changés sur presque toute la surface de l'empire. Les principaux emplois dans le diwan se répartirent suivant les vues de la nouvelle administration dont les principaux chefs, le grand vesir, le kiaja et le reisefendi, étaient versés dans la politique de l'Europe en raison de leurs relations passées, comme ambassadeurs ou plénipotentiaires avec les hommes d'état de l'Occident. Au reste le ministère, recommandé par ses lumières, ne chercha point à inspirer la terreur ; son avènement ne fut point signalé par des exécutions ; l'on ne mit à mort qu'on juif, facteur de l'ancien grand vesir. Un fanatique, originaire oVAgram, Ibrahim, qui, surpris jadis à faire du prosélytisme au profit de la religion chrétienne, n'avait sauvé sa tôte qu'en embrassant l'Islam, attira sur lui une condamnation capitale par ses propos insensés; il répétait qu'il était Mohammed ressuscité et qu'il serait le dernier des prophètes aûn de proclamer la vé-

rité do christianisme, delà sainte trinité et de la doctrine de Jésus. Le mufti décida que la loi ordonnait de mettre à mort cet infidèle dangereux pour la foi.

Après les fêtes du Bairam il y eut encore des mutations dans les hauts fonctionnaires. L'ancien médecin du sultan, Hajatisade- Mohammed ne conserva la dignité de mufti que sept mois; son orgueil et son ambition avaient soulevé contre lui le diwan ; il eut pour successeur l'octogénaire Seid-Mohammed-el Hoseini , et sa destitution entraîna celle de ses principaux subordonnés, tels que le grand juge de Rumili , le chef des émirs et le médecin du sultan.

Weli-Pascha, gouverneur d'Aidin, nommé grand inquisiteur contre les lewends rebelles d'Asie, ne se contenta pasde détruire ces coupables ; il désola aussi les pays qu'il lui fallait traverser. Arrivé au village de Gumruk près de Kaitzarije, il y mourut subitement, et Isi« le pins indulgent et le plus insignifiant des historiographes de l'empire, laisse échapper l'observation que cette mort fut sans doute attirée par les malédictions des pauvres, et qu'elle épargna de grandes souffrances aux sujets de l'empire. Ali-Pascha-Hekkimsade, ancien grand vesir, dont la rigueur salutaire avait puissamment contribué à la ruine des lewends. fut complimenté par un chattischérif , et le sultan lui envoya en présent des chevaux et une pelisse d'honneur. Les vesirs, gouverneurs d'Alep , de Rakka , de Damas, Jérusalem, Wan, Chypre, Widdin, Bender furent confirmés. Le kapudan-pascha Mahmud-Soghan-Jemez , dont les sottes prescriptions contre l'usage des ognons avaient indisposé contre lui toute la marine, fut exilé à Mitylène ; il eut pour successeur le premier écuyer Schehsuwarsade-Murtesa- Beg [ 28 novembre 1746 ]. Peu de temps après, il y eut des mutations parmi les gouverneurs : celui de Rumili , Jahja-Pascha , reçut ordre de se rendre à Nissa pour y apaiser une révolte de janitschares.

Cependant l'on reçut à Constantinople la nouvelle que Nasif-Efendi venait de signer un traité de paix au camp de Kerden entre Kaswin et Taheran [ 4 septembre 1746].

Nadir-Schah l'avait reçu sur un trône étincelant de pierreries, paré des dépouilles de l'Inde. Après le discours de l'envoyé ottoman

qui parla au nom du plus glorieux , du plus puissant , du plus fort et du plus grand souverain du temps, Nadir-Schah demanda, suivant les formules de la politesse persane, si le cerveau du sultan était sain et lucide. Il invita ensuite ISasif à s'approcher de son trône ; se répandit en protestations d'amitié pour le sultan Mahmud, puis touchant à peine à la reconnaissance du rite Dschaaferi, à l'érection d'un cinquième monument à la Mecque, au territoire contesté, il dit que son plus vif désir était de voir une amitié sincère succéder à la guerre qui divisait les deux empires. Après cinq conférences entre l'envoyé ottoman , le mejar-chanetle mollabaschi,le traité fut signé. L'on avait pris pour base la délimitation fixée autrefois avec le sultan Murad IV ; trois nouveaux articles seulement portaient 1° que les pèlerins persans jouiraient, comme les ottomans, de la protection de rémirol-hadsh ; 2° que les deux cours entretiendraient mutuellement l'une auprès de l'autre des résidents dont le renouvellement se ferait tous les trois ans ; 3° que les prisonniers des deux nations seraient remis en liberté [ 16 décembre 1746 }.

Après la publication de ce traité dans un diwan solennel à Constantinople , l'on s'occupa des préparatifs pour l'ambassade brillante que Ton voulait envoyer en Perse. L'on choisit pour cette mission Kesrieli qui, peu de temps après la mort du vieux kislaraga, était revenu à Constantinople , et rentré en grâce. Afin d'ajouter à l'éclat de son représentant, le sultan le nomma en outre gouverneur de Siwas et président de la première chancellerie du journal. Pour l'entourer d'un cortège plus imposant, l'on invita les sandschkabegs de Siwas, de Karamanie, d'Adana , d'Alep, de Meraasch , Rakka , Erserum et Diarbekr à fournir chacun quelques siamets et une douzaine de timarlus ; de sorte que les feudataires grands et petit* donnèrent à l'ambassadeur une suit* de quatre cents cavaliers. Ahmed , gouverneur de Bagdad , fut chargé de l'échange des ambassadeurs. Celui de Nadir, Mustara-Chan , fut revêtu du titre de chalife des chalifes ; comme le bruit se répandit qu'il apportait un trône d'or garni de rubis et de perles , de riches tissus d'or d'une disposition nouvelle, et qu'il amenait en outre quatre rangs d'élé-

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