LIVRE LXVIII
pondit que les Tatares étaient des barbares qui venaient de maltraiter le consul de France, et qu'il fallait avant tout attendre le retour du prince en Krimée. Deux mois après Neplujeff négocia le renouvellement de la • paix dans le seul but de faire substituer sur le traité le nom de Catherine à celui d'Iwan, qui figurait sur la dernière convention. Quoique la paix , conclue à perpétuité , n'eût pas besoin d'être renouvelée, le reis-efendi, voyant dans cette circonstance une nouvelle source de profits pour lui-nif^rne, se rendit de bonne grâce au désir de la Russie, et la paix perpétuelle fut renouvelée ;»aron octespé* i al conclu , ni nom de l'impératrice le 10amii7?>7.
Déjà le jour était tixé pour l'andience solennelle dans laquelle le barWtfe Penkler, nommé ambassadeur extraordinaire après le couronnement de François Ier, devait notifier à la Porte l'avènement de ce monarque, quand le reis-efendi prit ombrage de la qualité de roi de Jérusalem donnée à l'empereur. A la vérité ce titre avait disparu des pièces diplomatiques adressées à la Porte depuis le débat élevé à ce sujet sous le règne de Suleiman-le-Législateur, et la mention blessante pour le ministre des affaires étrangères de l'empire ottoman était le résultat d'une méprise de la chancellerie autrichienne. Le reisefendi voulut en avoir l'explication du baron Penkler, et lai demanda s'il lui conviendrait que le sultan prit le titre de roi de Hongrie parce qu'il avait autrefois possédé ce pays. Penkler fit une réponse évasive, et se vit enfin réduits effacer la malencontreuse qualification que le roi de Naplcs avait été obligé de rayer également des lettres de créance données à ses représentants à Constatitinople. Après l'accommodement de ces difficultés , Penkler entama une double négociation tendant à la conclusion d'un traité d'amitié entre la Porte et François comme grand-duc de Toscane , et à la prorogation indéfinie de la paix de Belgrad. Cette idée de paix perpétuelle venait d'abord du reisefendi , toujours actif à provoquer les négociations productives pour lui-même, et à susciter des débats que l*or seul peut apaiser. Dans les discussions sur le traité d'amitié, il opposa à Penkler une objection que lui avaient suggérée Castcilane et Bonneval : H dit que dans l'histoire de Florence, par
Varchi , à Corne de Médicis était attribuéla fondation de l'ordre de Saint-Étienne . dont les chevaliers, ainsi que ceux de l'ordre de Malte , sont engagés dans une guerre ouverte avec les musulmans ; que dès-lors l'amitié ne pouvait subsister entre la Porte « t la Toscane. Penkler répondit : « Si les anciennesinimitiés devaientse perpétuer, comment la Porte pourrait-elle vivre en paix avec les puissances chrétiennes ? car il est écrit dans le koran : « Frappez de mort tous les infidèles. » Chaque souverain , ajouta-t-iJ , doit s'efforcer de concilier le bien public avec sa conscience , et sans doute la Porte est animée des mêmes sentiments ». Le reisefendi disait encore que le mot éternel était contraire à la loi ; allégation au moins étrange puisque la Porte avait conclu un traité éternel avec la Russie. Le ministre turc voulait que le traité avec l'empereur fût sealement de longue durée. L' i n ter non ce tenait aux expressions continu et éternel. Enfin l'on tomba d'accord sur continu et durable; toutefois, dans l'exemplaire turc, à ces deux mots est ajouté le commentaire suivant : a de longue durée en tant que la loi le permet. » Au reste, ces chicanes étaient inspirées aussi par le mufti Hajatisade , dévoué aux intérêts de la France, et qui, ne pouvant pousser la Porte à une guerre contre l'Empire , entravait au moins par tous les moyens le rapprochement entre ces deux puissances; c'était lui surtout qui s'était élevé avec le plus d'énergie contre le titre de roi de Jérusalem attribué à l'empereur. Après la révocation d'Hajatisade et celle du mufti octogénaire Akmnhmudsade-Seinulabeddin , le reis-efendi, libre dans ses mouvements, voulut bien que l'impératrice prit, dans l'exemplaire autrichien du traité, le titre de seule héritière de l'empire d'Allemagne, et il consenti la laisser supprimer sur la minute turque la qualification de roi de Jérusalem ajoutéeau titre du sultan. Mais pour prix de ces concessions il se fit donner une somme de 6,000 durais. Le traité de Relgrad lui avait déjà valu l ,'i(K) ducats et une bague précieuse. En dépit de toutes les manœuvres françaises le sultan signa un traité perpétuel avec l'Autriche et la Toscane le 25 mai 17V7. C'était le troisième grand acte de pacification dans l'espace de sept mois.