‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 283 sur 384 · LIVRE LXIX · texte numérisé non relu

LIVRE LXIX

SALLE Dl MANTEAU DU PROPHETE. — DESTITUTION DU GRAND V ESI II. — LE SCEAU DE L*EM- PIRB EST DONNÉ A BEIDABDCLLAH. — MORT DE NADIR-SCIIAH. — L'AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE KESRIEL1 RETOURNE EN PERSE. — MASSACRE DES MAMELUKS. — NOMI- NATION DR GOUVERNEUR. — DESALLEURS.— CHATTI MUSTAFA INTERNONCE A VIENNE. M A RI AGES. — CONSTRUCTIONS. — SOULÈVEMENT A CONSTANTINOPLE ET A BAGDAD.— AM- BASSADES DE PERSE ET DE NAPLES.— MORT DU CIIAN DE JUUMÉE. — NOMINATIONS DB VESIRS. — LE MUFTI ESAAD. — MORT DE NKILI ET DB. L*ÎMAM DES COUTELIERS.— MORT DE KESRIELl, DE PIRISADE ET DU RBIS- EFENDI MUSTAFA. — REFORMATION DE L* ISLAM ACCOMPLIE PARMI LES BÉDOUINS PAR ABDULWEHAB.** NOUVELLES DKSASTBBUSBS D'ARA- BIE. — LE PBINCE DE VALAC1IIB, LE MUFTI ET LE GRAND - VES1R DESTITUÉS. — ARRIVÉE DXN AMBASSADEUR INDIEN. — ÉVÉNEMENTS DE PERSE. —^OPINION DE LA PORTE SUR LA PAIX D'AIX-LA-CHAPELLE. — MOUVEMENTS DES MINISTRES EUROPÉENS A CONSTANTINOPLE.

— TROUBLES DANS L'INTÉRIEUR. — ÉVÉNEMENTS MARITIMES. — DESTITUTION DU GRAND VES1R , EXÉCUTION DU K1SLARAGA. — TREMBLEMENT DE TERRE. — OURAGAN. — SOULÈ- VEMENT DES GRECS. — CHANGEMENTS DES INTERPRÈTES DE LA PORTE ET DES HOSPODARS.

— LES AMBASSADEURS FRANÇAIS ET SUÉDOIS ET L* ENVOYÉ DE DANEMARK. — VENISE ET RAGUSE. — RELATIONS AVEC LA POLOGNE. — DÉBATS ÉLEVÉS DANS LA NOUVELLE SERVIE ET LA KABARTA. — ÉVÉNEMENTS EN GEORGIE ET DANS i/lRAK. — MORT DU SCUEICH JUSl F ET DU SULTAN MAHMUD I.

Assuré delà paix avec tous ses voisins, le sultan Mahmud put se livrer sans réserve à sa passion pour les constructions ; malheureusement les travaux qu'il fit exécuter furent presque tous insignifiants ou sans utilité , à l'exception du nouveau château élevé dans l'île d'Atschu pour en imposer aux Tataresdu Kuban et maintenir les bonnes relations avec la Russie , qui tout récemment s'était plainte de leurs irruptions. TS'imct et Newrcs-Elendi célébrèrent en chronogrammes rimés l'achèvement de la résidence d'été de Beschiktaseh , qu'ils comparent aux palais de Chosroës Nuschirwan sur le Tigre , rie Chosroës -Pcrwis à Medaïn , de la Bclle- Schirin sur l'Oronte , aux édifices élevés par le roi arabe Naaman dans l'Irak , par les rois de la famille Homjar dans riladhramutct dans l'Yémen. L'historiographe de l'empire décrit avec toute la pompe de sa pro?e poéti-

que le trône d'argent pur, placé alors dans le kœschk nouvellement réparé de Sinan- Pascha , et le met au-dessus du fameux trône du Paon de l'ancien roi persan Keikawus. Il a plus de dignité dans les pages consacrées à la salle des reliques du sérail , où sont conservés l'étendard sacré du Prophète, son sabre , son arc et son manteau de drap noir appelé la Borda, objels considérés comme les joyaux les plus précieux de l'empire. L étendard et le manteau sont conservés chacun dans quarante couvertures et déposés dans un coffre en argent. Mahmud donna 78,000 drachmes pour la fabrication d'un nouveau coffre, et plus de 20,000 drachmes encore furent consacrés à l'ornement de la salle des reliques, dont le fond était bleu azur.

Depuis le commencementdu dix-huitième siècle , sous les règnes des sultans Ahmed III et Mahmud I-, grâce à l'influence de la

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civilisation européenne, un certain esprit de tolérance, quelques sentiments de pitié et de bienveillance avaient pénétré dans la cour de Constantinoplc, et les successeurs des chalifes étaient moins prompts à tremper le glaive dans le sang. En d'autres temps, le prétendu prince persan, après avoir cessé d'être un instrument utile , aurait été immanquablement immolé, et son esprîtinquiet aurait fourni de suffisants préteites à ce sacrifice; maintenant l'on se contenta de l'enlever de Ssamszun et de le transporter à Rhodes. Les sujets moldaves ayant élevé des plaintes contre leur woiwodc Jean Maurocordato , l'on déposa le tyran et à sa place fut élevé Grégoire Ghika , frère de l'interprète de la Porte Alexandre Ghika, qui se trouva pour la troisième fois élevé sur le trône princier [2iaoût 17 V7]. Bientôt après, le grand vesir tomba lui-môme. Elhadsch- Mohammed , qui avait occupé si long-temps les plus hauts emplois de l'empire et avait pris part à la conclusion du traité de Belgrad, qui, dans les neuf mois de 9on administration , avait assuré la paix avec la Perse, la Russie, l'Autriche et la Toscane , ne put dompter son naturel emporté et sa passion pour l'opium; il s'attaqua aux ulémas, dissimulant si peu sou goût funeste que le peuple le désignait toujours par le nom de Teriaki ( mangeur d'opium ). Le chatti-schérif qui annonça l'élévation de Seïd-Abdullah a la première dignité de l'état, contenait en même temps des paroles de blâme sur la conduite du grand vesir destitué envers les ulémas. Depuis ce précédent, chaque fois que le sceau change de main , le sultan ne manque pas dans son chatti-schérif d'insérer des réprimandes publiques contre le ministre destitué , dont il accuse la violence quand c'est un sujet sorti des rangs des seigneurs du sabre, ou l'inexpérience dans l'art de la guerre, quand il a été fourni par les seigneurs de la plume.

Le nouveau grand vesir Seïd-Abdullah était fils de Hasan-Pascha , kiaja du grand vesir Husein-Kœprili , exécuté en Égypte où il avait été envoyé comme gouverneur par Ali de Tschorli. Son fils, n'étant encore que grand écuyer, avait étouffé dans Aidin la rébellion de Ssaribegoghli, et après avoir gouverné successivement Chypre , Rakka et

Aidin, il fut rappelé à Constautinople pour recevoir le sceau de l'empire. Son prédécesseur fut banni à Rhodes; quant au dernier mufti, Hajatisade le docteur, il était mort à Damas. Le reis-efendi Muslafa fut entraîné dans la chute d'Elhadsch-Mohammed ; toutefois ce fut surtout la jalousie du kiajabeg qui le renversa et sa propre avidité: n'ayant donné au fisc que 500 bourses de la succession du vieux Murtesa, dont les enfants étaient confiés à sa tutelle , il entra en querelle avec le defterdar et fut banni à Kastemuni , sa patrie ; ensuite il obtint la permission de venir se fixer à Andriuople. Naili- Abdultah , poète distingué , calligraphe estimé, fut mis à la téte des écrivains de la chancellerie d'état; l'historiographe Isi fut investi de la charge de maître des cérémonies.

Outre le reis-efendi , le nouveau grand vesir Seïd-Abdullah, suivant la coutume, changea les premiers fonctionnaires de l'état, le kiajabeg, le tschausch-baschi, le nischandchi , les trois deflerdars, les sous-secrétaires d'état, le beglikdsthi, le mektubdschi et les deux teskeradschis ( maîtres des requêtes), les six intendants et inspecteurs, les six secrétaires maîtres des revues de la cavalerie, les quatre de l'infanterie et les chefs des principales chancelleries du trésor, une douzaine de gouverneurs de provinces. La première ordonnance contint une interdiction rigoureuse de la vente publique du vin dans les tavernes de Pera et de Galata. « La fille de la vigne , dit Isi, que le Prophète nomme la fille Ju vice, n'osa plus se montrer sans voile, et les hommes efféminés du temps échangèrent de nouveau le cristal rempli de vin contre la porcelaine de la tasse à café. » Lorsque, peu de temps après, le feu éclata dans Psamatia, quartier de Constantinople renfermant le plus de tavernes, les poètes virent dans l'incendie l'effet des soupirs exhalés par les gosiers brûlants des amateurs de vin.

Un plus grand incendie menaçait de s'allumer sur les frontières de Perse : le bruit s'était répandu de la révolte d'Eriwan contre Nadir-Schah, et bientôt l'on apprit la mort violente de te glorieux usurpateur. Emir- Chan , neveu de Dschelil , chan de Kermanschahan , le général de l'artillerie de Nadir-

s hah, Gurd-Hasein - Chan , et Ali-Kulir'ian, neveu de Nadir-Schah, s'étaient mis •*n révolte ouverte; ils gagnèrent le keschek- < 'jchi - baschi , Kodscha-Beg, et le dschesùrdschi-baschi, Ssalih-Beg, chef des gar- <Jes-du-corps , et complotèrent l'assassinat «lu schah. Quand il avait quitté Meschhed •i '.ns le Choraçan pour se rendre à Kotschan, Nadir avait fait partir pour la forteresse de Walat ses trois 61s : Risakuli-Mirsa , tout récemment aveuglé par ses ordres, Naszrutoh-Mirsa, et Schahroch-Mirsa qu'il avait eu de la fille du schah Tahmasip et qu'il destinait à lui fuccéder sur le trône, et il avait concerté avec les chefs des Afghans et des Usbegs un massacre des Persans. Les deux capitaines des gardes-du-corps nommés plus haut, voulant prévenir cet effroyable complot, pénétrèrent de nuit sous la tente du tyran et l'égorgèrent [ 23 juin 17V7 ]. Le lendemain matin, Nasar» Ali-Chan fut massacré par l'armée ; Majar-Chan et le mollahaschi , chef de la loi , prirent la fuite. Le garde du sceau de Nadir-Schah chargea le cadavre de son maître sur un chameau et se dirigea vers Meschhed; mais, rencontré par un parti de Kurdes , il fut obligé de jeter le <-orps dans un ravin et de le couvrir de terre. a Constantinople , la mort de Nadir-Schah fut considérée comme le troisième témoignage de la protection accordée au sultan par la Providence, qui le délivrait successivement de ses ennemis , et l'historiographe de l'empire expose avec un dogmatisme plein d'assurance que l'empereur Charles VI et la cm ri ne Anne étant descendus dans la tombe, le troisième monarque qui avait osé faire la guerre au sultan devait nécessairement les suivre , d'après cette sentence du Koran : « Ce n'est rien que deux, il en faut trois.» Le jour même où Nadir-Schah tombait sous le fer des assassins, la grande ambassade turque passait les frontières avec les riches présents qu'elle était chargée d'oflrir au schah , et le modems Nuuman , qui a laissé une relation de cette mission , assure que Nadir-Schah devait nécessairement tomber sous le sabre , parce qu'un sabre garni de pierreries se trouvait parmi les présents envoyés par le sultan. A peine se fut répandue ra nouvelle de l'assassinat de Nadir-Schah , Sara-Mireo, qui te donnait pour Mis du

schah Husein, proclama dans l'Aserbeidschan ses prétentions au trône de Perse et ceignit à Ardebil le sabre qui était regardé comme le symbole de la toute-puissance. Le chef usbeg Ibrahim-Chan battit avec quelques milliers d'hommes le pays d'Hamadan, dans l'espoir de se saisir de l'ambassade ottomane, des objets dont elle était chargée, et de les conduire ensuite à Téhéran. Les Persans cherchèrent d'abord à tromper l'ambassade sur la mort de Nadir-Schah pour l'attirer plus loin dans le pays ; mais en comparant la date des lettres qu'on leur montrait, le second ambassadeur lledscheb-Pascha, le kiaja-defterdar et le juge Nuuman entrevirent la vérité, que des rapports ultérieurs ne tardèrent pas à confirmer. Nuuman pensa qu'il fallait s'en retourner, et se chargea de constater légalement la nécessité de cette retraite; Kesrieli, heureux d'avoir maintenant les mille cavaliers feudataires de son escorte pour contenir l'ardeur de pillage des Usbegs, Kurdes et Efschars, atteignit Sina sans accident, et de là se rendit à Bagdad. Le 25 août, un diwan général fut convoqué par un chatti-schérif et l'on résolut de maintenir la paix sur la frontière. Bientôt après on apprit qu'Ahmed-Pascha, gouverneur de Bagdad, était mort frappé d'apoplexie ; on lui donna pour successeur l'ancien grand vesir Ahmed- Pascha , et l'ambassadeur Kesrieli obtint le gouvernement de Baszra.Le second écuyerMustafa-Beg partit avec l'ordre de recueillir la succession du dernier gouverneur et de ramener à Constantinople les objets qui la composaient et les présents destinés naguère au souverain de Perse. Le second ambassadeur Redscheb- Pascha , le defterdar de l'ambassade , Mustafa-Beg, le juge Nuuman-Efendi et l'historien Rami furent tous rappelés à Constantinople. Nuuman, élevé à un rang supérieur, trouva cet avancement bien au-dessous de ses espérances et représenta au mufti que ses services passés lui donnaient droit au moins au rang de juge de Bagdad. Plus tard il devint l'un des huit muderris attachés à la Suleimanije, et enfin juge de Magnesia : c'est en cette qualité qu'il écrivit son ouvrage intitulé Conseils agréables.

Les esprits étaient encore tout occupés de la mort de Nadir-Schah, quand on apprit à

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