LIVRE
Bagdad. Peux grandes éclipses de soleil et de lune qui furent signalée* dans l'espace de quinze jour* ne jetèrent pas autant de trou- Me dans les esprits des astrologues que la conjonction du soleil, de la lune, et de mercure dans le signe de la balance. I.-c sinistres prédictions annoncèrent des orages et des pluies torrentueuses, et parurent s'accomplir à Constantinople. Car une effroyable tempête détermina l'inondation des vallées du Bosphore et la destruction des ponts aux Eaux douces [2i septembre ]. L'équinoxe amena d'autres désastres encore, qui furent regardés comme le présage de la mort ou le renversement de personnages politiques éminents. En effet, dans cette année disparurent le kiajabeg .lusuf qui eut pour successeur Abdi-Pascha, l'ancien grand vesir Muhsinsadc-Abdullnh-Pascha, dernier gouverneur de Bosnie, le vesir Ahmed-Pascha- Kcsrieli dont il a déjà été souvent question, et qui a laissé d'honorables souvenirs dans plusieurs fondations et constructions d'utilité publique. Il releva la mosquée de Kurulsclieschme, construisit une fontaine en pierres a Knsim-Pascha , agrandit le couvent de derwischs du scheich Murad dans le quartier du Nischandschiler, près d'Ejnb, et fonda un grand collège avec une magnifique bibliothèque à Kastoria, sa ville nntale[17i9J. La science eut à pleurer un bienfaiteur plus éclairé encore, le précédent mufti Pirisade qui ne passa pas sa soixante -quinzième année. Dans sa jeunesse, Pirisade avait reçu les leçons du poète Tahhr et d'Ahmed , surnommé Ishak-Chodschasi; devint ensuite imam des grands vesîrs Daltaban et Rami , et finit , après avoir parcouru les divers degrés de la hiérarchie , par occuper le poste d'imam du sultan ; il se mêla très-activement aux affaires politiques et favorisa particulièrement les intérêts de Marie-Thérèse. Dépouillé de la dignité de mufli, il entreprit le pèlerinage de la Mecque , resta quelque temps à Gallipoli et finit ses jours à Rodosto. Auteur de plusieurs milliers de gloses marginales et de remarques aux ouvrages par lui étudiés , il a perpétué son nom par sa traduction des prolégomènes d'Ibn-Chaldun qui a mérité le surnom de Montesquieu arabe. Vers ce temps aussi mourut à l'Age de plus de soixante-dix ans le président des