LXIX
émirs, Bolewisade-Esscid-Mohammed , dont le savant Esscid-Mohammed-Said obtint la place. Le juge de la Mecque, Elhadsch-Ahmed-Kasabadi laissa en mourant la réputation de second Serehasi et de second Ibn- Hadschr, grAce à un commentaire sur l'Étique de Rirgeli , à un autre sur le traité des métaphores de Samarkandi , et à quatre prolégomènes de la philologie. Enfin le coup le plus terrible fut porté à la science par la mort du dernier reis-efendi Elhadsch-Mustafa. Né à Gœl , dans le voisinage de Kastemuni, l'an 11 de l'hégire, il fut servi par le préjugé commun aux Turcs, aux Persans et aux Arabes sur les hommes qui naissent au commencement d'un siècle. Gendre du taukdschi-baschi ou chef du marché aux Volailles de Constantinople, il succéda à son beau-père dans cet emploi , et n'en consacra pas moins presque tout son temps à l'étude. Plus instruit et plus expérimenté, il entra dans la carrière dos finances, et lors de l'avènement du sultan Mahmud , revêtu de la dignité de second defterdar, il alla le notifiera Vienne, où il s'instruisit de la politique européenne sur laquelle désormais il exerça une influence décisive. En qualité de beglilidschi , ou de vice-chancelier, il accompagna le reis-efendi Ismaïl au camp de Rabataghi , devint bientôt après reisefendi lui-même, fut nommé plénipotentiaire au congrès de Niemirow, et apposa sa signature au traité de Belgrad. Le changement de quelques expressions sur lesquelles insistait la cour impériale et qui amena la convention de l'année suivante fut une des causes de l'exécution de l'interprète de la Porte et de la déposition du reis-efendi. A la suite de cette disgrâce, Elhadsch-Mustafa se rendit en pèlerinage à la Mecque. Quand Raghib fut envoyé dans le gouvernement d'Égypte, Mustafa reprit la direction des affaires étrangères. Dans ce second ministère il offrit la médiation de la Porte à toutes les cours européennes, détermina la déclaration de la neutralité des mers ottomanes, dans la guerre entre la France et l'Angleterre , négocia les traités de commerce et d'amitié avec la Suède, ïsaples et la Toscane, renouvela les capitulations avec la France, / la paix perpétuelle avec la Russie , et donna le caractère de prolongation indéfinie aux
relations pacifiques avec la Russie. Déposé pour la seconde fois, il vécut quelque temps dans la retraite à Andrinople, puis revint encore à Constontinople comme président de la première chambre du journal, et mourut dans sa maison de campagne à Kialar, sur la rive européenne du Bosphore [septembre 17V9 ]. A Belgrad il bâtit des mosquées et des medreses, à Goel et à Ferwadsch, dans le voisinage de Kastemuni, il fonda des écoles et une bibliothèque; àConstantinople , à la Mecque et à Médine, il établit dos fontaines et des écoles en grand nombre; il assigna aussi une somme considérable à l'envoi de présents annuels à la Mecque. Doué d'un esprit pénétrant , d'une vaste intelligence, d'une éloquence persuasive, vif et pressant dans son argumentation, maniant avec facilité l'arme de la plaisanterie, il usait en maître des trois langues, arabe, turque et persane, dont la connaissance est exigée de tout ottoman lettré, s'entretenait volontiers en vers et en prose avec les savants, et faisait l'admiration des Arabes surtout par son élocution rapide et brillante dans leur langue. Dépourvu d'orgueil , mais avide d'argent, recevant d'énormes présents de toutes les puissances européennes avec lesquelles il avait à négocier, il était, suivant l'expression de Pirisade, le grand pensionnaire des états de l'Occident; mais les sommes qui lui étaient données, il se gardait bien de les enfouir par avarice ou de les dissiper en plaisirs sensuels ; il savait les appliquer à des constructions utiles, à des fondations bienfaisantes, et poussait le dévelopement de la civilisation ottomane avec l'argent des chrétiens (1).
Le dix-huitième siècle de l'ère chrétienne jeta le germe de nouvelles réformes , non seulement en Europe , mais encore en Asie. Celles des institutions politiques de l'empire ottoman ne se manifestent qu'à la fin du siècle; mais avant la moitié, en Arabie, dans la patrie du Prophète et le berceau de l'Islam, s'éleva une nouvelle doctrine précitée par Abdulwehhab, l'apôtre des bédouins.
(4) Voyez sa biographie rianslsi , fol. lOSet 100; flans les biographies des reis-cfemli par Rcsmi ; la 65* avec trois chronogrammes. Rapport del'enkler.
Vingt ans avant que le fameux voyageur Niebuhr eût donné à l'Europe les premières notions sur Abdulwehhab et ses nouvelles idées religieuses (2), l'histoire ottomane fesait déjà mention, mais sans s'y arrêter, de celte hérésie funeste, digne de la damnation ; et tout récemment les rapports de Niebuhr ont été confirmés ou rectifiés par un autre voyageur allemand, le fameux Burkhardt (3). La relation de ce dernier nous dédommage de la réserve des historiens ottomans, et, d'après son autorité, nous allons parler des bédouins et du réformateur de l'Islam, Abdulwehhab. La liberté habite le Désert , et le Bédouin porte toujours la même empreinte de sauvage indépendance dans ses mœurs et son caractère. Ses vices, ses vertus sont restés comme il y a des milliers d'années. Cupide et ardent, menteur et artilicicux dans toute sa conduite et dans toutes les transactions , mais vaillant et généreux .doux et reconnaissant, hospitalier surtout et fidèle à la parole donnée même à son ennemi, tempérant et sobre, compagnon vif et joyeux, spirituel avec une tendance à la moquerie , éloquent avec des inspirations poétiques, il se montre défenseur passionné de son honneur et particulièrement de celui du harem ; prompt à laver un affront dans le sang , il brûle de plonger le fer dans le sein d'un ennemi , quaud il s'agit de venger la mort d'un parent. Toutefois, le devoir de l'hospitalité étouffe encore en lui l'ardeur sanguinaire , et le Bédouin est plus noble encore qu'implacable. Ce que la tradition rapporte de l'hospitalité généreuse d'Hatim-Tai, de la valeur de Maadi-Kerb le lanceur de javelots , des facultés poétiques d'Antar, le père de la chevalerie, est confirmé encore aujourd'hui par de nombreux exemples pris isolément. Les Bédouins trouvent un grand charme à écouter des histoires et des chants au clair de la lune. Les jeunes gens des deux sexes, rassemblés en groupes, répètent en chœur le vers entonnés par le premier chanteur , et s'accompagnent avec
(2) Niebhor, Description de l' Arabie. |1 7 79, t. n p. 20G.
(3) lWirkhardl's notes on the Bédouins and Wa bjbis. London , 1830.