LIVRE LXIX
•les claquements de mains en faisant toutes sortes de contorsions. Deux on trois jeunes filles voilées vont en dansant au devant du chœur des jeunes gens , que la pudeur leur défend d'appeler par leurs noms. Cette mélodie du chant nocturne est la même que celle de la bataille. Dans les occasions de réjouissances le fili des femmes retentit seul dans l'immensité du Désert, comme leur cri funèbre quand est mort un membre de la tribu. Le Bédouin a pour demeure une tente dont les diverses parties tirent leur nom de mots empruntés à la poésie. Cne selle de chameau , une outre , une marmite a trois pieds composent tout son mobilier. Il a pour habillement une chemise de laine et un manteau f abba ) dont les rayures brunes et blanches imitent la peau du zèbre. Ses armes sont une lance et une épée, un casque et une cuirasse : quelques tribus seulement font usage d'armes à feu. Le Bédouin se nourrit de lait de chameau, de pain, de beurre, de dattes et de truffesdu Désert. Sa plus grande richesse est dans le chameau et le cheval dont il compte cinq nobles races. Le nombre cinq se retrouve dans ses principales institutions. La vengeance du sang s'étend jusqu'à la cinquième génération. Les rapports de protection et de soumission sont également au nombre de cinq . et les cinq doigts de la main représentent le symbole du droit de souveraineté chez les Arabes. Le scheich , l'ancien , ou vieillard , est le chef de la tribu , directeur de l'administration intérieure ; l'Akid , ou commandant de la tribu en temps de guerre, balance par son autorité et son influence le pouvoir du scheich. Le kadi , ou juge , décide les débats importants d'après le sens de la loi. Le waszi, tuteur ou patron, est choisi pour veiller sur les mineurs , et pour protéger les faibles contre les puissants. Le dachil est celui qui , voulant garantir sa vie et ses biens, se réfugie sous la protection d'un autre. Afin que le voleur et le brigand ne puisse acquérir un droit à la liberté et à la défense en partageant le sel ou le pain , en touchant l'habit de celui qui le tient prisonnier, on le renferme dans un caveau sous terre, Mais s'il parvientà cracher au visage d'un homme libre , il peut réclamer l'appui de ce dernier, qui aussitôt lui procure la liberté. Le voleur
est appelé Ilarami , et ce mot désigne aussi les trois objets dont le Bédouin doit éviter le contact : le cochon, l'âne et le sang. Cette abstinence , la prière cinq fois répétée les jours du Kamasan et la fête de Pâques avaici t été, jusqu'à la réforme nouvelle d'Abduhvehhab, les seules pratiques religieuses des Bédouins.
Abdulwehhab, c'est-à-dire le serviteur du Tout-Puissant , de la tribu des Wahhabi, branche de la grande'tribu de Tcmin, est \e Calvin de l'Islam , qu'il prétendit ramener à la pureté primitive en réveillant la piété endormie des moslims. Préparé par de profondes études sur la loi , et par de longs voyages, il disposa la base de sa nouvelle doctrine , si peu opposée aux principes fondamentaux de l'Islam, que les légistes d'Égypte et de Syrie n'ont pas osé condamner la doctrine d' Abdulwehhab comme hérétique. Le réformateur trouva appui et assistance dan* Mohammed-lbn-Suud , de la tribu dcMesalih, branche desWuldi-Ali.à laquelle se rattachait originairement celle des Anese. Mohammed-lbn-Suud, de Diraje, converti le premier à la réforme, épousa la fille d'AbduIwehhab,etfut le fondateur du gouvernement politique des Wehhabi, qui par la suite se confondit avec l'organisation religieuse. Mais d'abord il y eut deux directions distinctes : Abdulwehhab prêchait la doctrine, et Mohammcd-Ben-Suud, avec son fils Atis et son petit-Ols Suud la répandaient dans l'Arabie le fer à la main, exterminant les incrédules, comme avait fait Mohammed. Abdulwehhab combattit la vénération portée a l'excès pour le Prophète, et surtout les trop grands hommages rendus aux saints dont les tombeaux furent voués principalement à la destruction ; cette fureur alla si loin dans la suite que les tombeaux de Mohammed lui-même et de ses petits- Dis ne furent pas épargnés. Les aumônes prescrites par le koran , l'interdiction prononcée contre 1e luxe et contre les boissons enivrantes, l'administration rigoureuse de la justice, l'esprit belliqueux des premiers moslims , tout était visiblement négligé, tombé dans l'abandon ou le mépris. Abdulvehhab s'éleva énergiquement contre toutes les jouissances défendues , et principalement contre les plaisirs monstrueux trop recherchésparlesTurcs.contrel'usageduvni.
du tabac, de l'opium, enfin contre la pratique du chapelet. Moharamcd-Ben-Suud devint le chef spirituel et temporel des partisans de la nouvelle doctrine dans toute l'Arabie. Le catéchisme des Wehhabi qu'lbn - Suud publia dans la suite lors de ta conquête de la Mecque, ramène l'Islam, comme essence de la religion nouvelle, à ses éléments les plus simples. Toute science du salut consiste en cinq choses : 1» la connaissance de Dieu; il n'y a qu'un Dieu, et Mohammed est son prophète; 2° la prière cinq fois par jour; 3° l'aumône conforme à la loi (un cinquième de la fortune); V' le jeûne du mois de Ramasan ; 5" le pélérinage à la Mecque. La foi comprend six points principaux : 1° la croyance en Dieu ; 2° a ses ange* ; 3n à ses maintes écritures; V à ses prophètes ; 5° à ses qualités, et G° au dernier jour. Les bonnes œuvres reposent sur cette prescription : « Prie Dieu comme si tu le voyais, et si tu ne peux le voir, sache qu'il te voit.» Le troisième point essentiel de la science du salut, la connaissance du Prophète, est le plus important, parce qu'il détruit l'abus de la vénération exagérée pour les prophètes. Mohammed, ûls d'Abdullah le prophète, est un homme mortel, envoyé , non pas à un peuple spécial , mais à l'humanité entière. Aucune autre religion que la sienne n'est admissible, et nul prophète-né viendra après lui, car il clot la liste des prophètes. Dans tout cela il n'y a point d'hérésie; au contraire, l'Islam se trouve ainsi ramené à sa pureté primitive, but de la doctrine d'Abdulwehhab. Avec cette réforme , l'Islam est toujours exclusif, dominé par le fanatisme comme à son origine. La reconnaissance du Prophète , la prière cinq fois par jour, l'aumône, le jeûne, le pèlerinage sont exigés aussi impérieusement que la croyance au koran , aux anges et aux prophètes. Toute ;>;:trc religion est proscrite. La négligence dans l'accomplissement des devoirs religieux est punie de peines rigoureuses, la guerre est déclarée à toutes les autres religions jusqu'à l'extermination ou l'assujétissement de leurs sectateurs.
Après cet exposé de la doctrine d'Abdulwehhab et du caractère de ses premiers adhérents, il faut rappeler l'impression produite par les premières nouvelles de cette
révolution sur le sérail , le diwan et la capitale, ainsi que d'autres agitations moins graves en Arabie, et l'on comprendra mieux le motif politique de l'envoi à la Mecque d'un magnilique présent par le sultan. Le nouveau gouverneur de Baszra, Suleiman Pascha, annonça que les Arabes révoltés du Désert, les Beni - Montetik, qui s'étaient réunis à Kawarna , aux Bcni-Lam , Arabes de Huweise, de la tribu [Muide-d'Ahwas, attaqués et battus à Aardscha , avaient perdu plus de mille hommes, parmi lesquels le provocateur de la rébellion, Burhane.et son ûls Kelbali; qu'il avait purgé d'Arabes les environs de Bdszra.ct qu'avec le secours de la tribu fidèle de Dewasir, établie sur les bords de la mer , il avait abattu le pirate Kiabi qui infestait ces parages, et avait brûlé son repaire. Mais bientôt après, le gouverneur de Bagdad , l'ancien grand vesir Mohammed- Pascha, fit savoir que Suleiman -Pascha , poussé contre lui par les Arabes, menaçait d'assiéger Bagdad avec une armée composée de ces nomades [septembre 17i9 ].
En conséquence , la Porte nomma aussitôt le gouverneur de Siwas, Savelisade, serasker contre Bagdad , en mettant sous ses ordres les begs et les Kurdes de Diarbekr, Moszul, Alep, Kakka, le woiwode de Mord in et le gouverneur de Meraasch. De son côté, Suleiman-Pascha s'excusa sur la disette de vivres qui l'avait forcé de sortir de Baszra , et protesta de son inviolable fidélité. Le second écuyer Mustafa-Beg fut envoyé avec un ferman pour examiner sa conduite. D'autres fermans fure. t a Pressés au gouverneur de Dschidde , qui était en même temps scheich du sanctuaire de la Mecque , au gouverneur d'Égyptc, l'ancien grand vesir Ahraed-Pascha, et au schérif de la Mecque, Mesuud-Ben-Saad , pour leur recommander l'union , la bonne intelligence et le concours le plus actif «aûn de détruire l'hérésie impie par laquelle Mohammcd-Ben-Abdulwehliab d'Aijine , dans le canton de Nedsched , attaquait les bases fondamentales de l'Islam en se levant comme chef de nouvelles doctrines religieuses. » Ces tristes nouvelles furent adoucies par l'annonce d'un trésor trouvé à Moszul. Le gouverneur de cette ville, l'ai cieu graod-vesir Mohammed-Pascha , manda que des maçons, en fouillant la terre, avaient