‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 293 sur 384 · LXIX · texte numérisé non relu

LXIX

guerre avaient empêché pendant cinq années la réparation de ce désastre. Alors chaque compagnie avait reçu pour gratification 1903 piastres et demie ; aux dschemaats et aux segbans avaient été données 1166 piastres et demie : le total des sommes ainsi distribuées s'était élevé à 271 bourses d'argent , dont 70 seulement étaient sorties du trésor impérial ; pour le reste , les ministres s'étaient cotisés. Cette fois , les dépenses calculées sur le même pied montèrent à Hl bourses, parce qu'il y avait quarante-une compagnies et cent vingt-une chambrées de dschemaats et de segbans. Le sultan ajouta encore pour chaque buluk 566 piastres et demie, de sorte qu'en définitive il fut donné aux janitschares 689 bourses d'argent. La somme entière fut déposée à la mosquée du sultan Suleiman, en attendant qu'on l'appliquât aux travaux de reconstruction des casernes. Mahroud ordonna également de relever sur un nouveau plan les casernes des dschebedschis , en outre il fit construire sur la rive du Bosphore , à Kutschukszu , une maison de plaisance dont chaque façade offrait un développement de cent quarantehuit aunes. Le palais de Kandili , situé au milieu des paysages les plus enchanteurs , fut réparé et remis à neuf. 11 faut reconnaître que le sultan n'oubliait pas les véritables services rendus à l'empire. Au chan de Krimée , Arslan-Girai , qui avait réparé les retranchements d'Orkapu , pourvu d'une garnison le château d'Arbat, et déployé la plus grande activité pour le transport des troupes appelées de Kaffa, il envoya une pelisse d'honneur et 1 ,000 ducats , avec une lettre remplie de témoignages d'estime et de satisfaction. Les ouvrages entrepris aux fortifications de Belgrad, et commencés aussitôt après la conquête, furent achevés, et une inscription, placée au-dessus de la porte conduisant à Constantinoplc , exalta Mahmud comme le restaurateur de l'empire.

Tandis que les historiographes officiels et les faiseurs de chronogrammes attribuaient au sultan la gloire d'avoir affermi l'édifice politique, des agitations intérieures l'ébranlaient de tous cotés. A Baszra, le commandant de l'Euphrate s'était révolté contre le gouvernement, et avec les Arabes Monteliks avait désolé la contrée ; assiégé dans son châ-

teau de Menawi,il se vit réduit à s'enfuir sur un petit esquif vers Abuschehr, où il fut saisi par les capitaines des bâtiments stationnés sur ce point [ janvier 1751 ]. En Bosnie, Abdurrahman-Efendi et Derwisch-Kapudan se disputaient la prééminence à Bosna-Serai, et les janitschares prirent part à leur lutte sanglante; il fallut des envois répétés de commissaires pour rétablir le repos dans ces cantons. Dans la Kamaranie , privée de gouverneur , on attendait l'arrivée du successeur de Torak - Mohammed -Pascha , appelé au commandement général des flottes ottomanes; le buluk-baschi des lewends avait ravagé le pays, saccagé le village d'Ilitsch dans le sandschak de Kaiszarije , et fait périr vingtsix hommes, vingt-neuf femmes et quarantetrois enfants, en allumant du feu à l'entrée d'une caverne où ces malheureux s'étaient réfugiés. Les habitants de neuf villages du district de Bala avaient jeté l'alarme aux environs d'Heszargrad et enlevé Rudschuk ; poursuivis par la justice, les coupables virent vingt-cinq d'entre eux emprisonnés comme provocateurs à Silistra, Warna, Jerkoï; les autres durent souscrire un acte par lequel ils garantissaient solidairement la sécurité du pays , et s'obligeaient, en cas de nouveaux troubles, à payer 130,000 piastres.

Afin de réprimer l'oppression par laquelle les autorités provoquaient en grande partie ces insurrections, l'on expédia en Anatoli comme en Rumili des ordres dits de justice , par lesquels on défendait sous des peines sévères toute exaction aux commissaires, woiwodes , administrateurs , et aux inspecteurs des fondations pieuses. En déterminant les taxes légitimes, le grand vesir abolit une domaine d'impôts arbitraires , à l'aide desquels l'argent était extorqué aux sujets. Ces mesures rigoureuses n'empêchèrent pas Deli- Ahmed, de Simaw en Anatoli , de ravager le pays jusqu'à ce qu'enfin Elhahdsch- Mustafa-Kara-Osmanoghli, possesseur des sandsebaks de Chudawendkiar et de Karasi, vint le saisir dans le canton d'Alaschehr, près du village de Sadschaja , et lui fit trancher la tète ainsi qu'à huit de ses lieutenants. Dans le canton de Malatia , Kalenderoghli , de la tribu d'Alhassili, menaçait de renouveler les scènes de rébellion de son homonyme si

fameux sous Ahmed Ier. A la tête de quel ques milliers de lewends déserteurs, il osa marcher à la rencontre du gouverneur de Meraasch , Rischwansade-Suleiman-Pascha , et lui livrer bataille; heureusement il succomba , et sa tête alla rouler avec celles des principaux agitateurs devant le seuil de la Sublime-Porte [ mars 1752]. Dans le gouvernement de Rakka, Raghib eut recours à la politique perfide dont ils'étaitservi en Egypte afin de se défaire des begs des Mamluks, pour mettre fin maintenant aux désordres causés par Beschar-lskan-Baschi, de la tribu des grands Mullis, et dont souffraient surtout les habitants de Rakka ainsi que la tribu des Doekerlis errant dans ces cantons. Après avoir attiré ce chef par une invitation amicale , il le fit saisir et ordonna de lui abattre la tête [ mai 1752 ]. Dans le sandschak d'Amasia, des officiers de lewends, réunis avec des Kurdes de Tschorum , portaient le fer et la flamme dans ce pays ; ils furent immolés. En Arabie, le schérif Mesuud était mort le 18 février 1752 , et sa dignité était passée à son frère puîné , Musaid , qui fut chargé de protéger les saints lieux ainsi que la caravane de pèlerins, contre les attaques des Arabes, particulièrement des Beni-Harb, dont les hordes erraient entre la Mecque et Médine. 11 trouva une forte opposition parmi les schérifs, dont le chef, Mohammed-Schérif, fortifié par les Arabes de Taif , menaçait d'ensanglanter le sanctuaire. Mais le gouverneur de Dschidde, l'ancien grand vesir Esseid-Mohammed , qui avait reçu des ordres rigoureux à ce sujet, empêcha les hostilités d'éclater. Les capitaines de la flotte avaient aussi des instructions sévères contre les corsaires qui infestaient les mers ; Emeksis-Kapudan s'empara dans le voisinage de Maina d'une grande galère maltaise à cinq rangs de rames , qui à la vérité faillit être reprise bientôt après par les Maltais près d'Ipsara ; danscette occasion, une schahtie des corsaires , avec neuf canons et treize prisonniers, tomba entre les mains des ottomans, qui entrèrent en triomphe à Constantinople [ 16 avril 1751 J. Le môme kapudan rencontra dans le port de Vetiloz la petite escadre du corsaire maltais Paulo, composée d'un trois-màts, de deux schahties et d'une grande galère ; il le défit.

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