‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 294 sur 384 · LIVRE LXIX · texte numérisé non relu

LIVRE LXIX

brûla l'an des quatre bâtiments, et ramena les trois autres à Constantinople [ no vem bre ]. Deux mois après , fut lancé un superbe vaisseau de cinquante-cinq aunes de long , qui fut appelé l'Ornement de la mer, et , à cette occasion, les poètes s'épuisèrent en chronogrammes et en panégyriques, dont un seul, composé par le maître des requêtes Enis-Nuuman, fut jugé digne d'être inséré dans l'histoire de l'empire. Sur le rapport du kapndan-pascha Torak-Mohammed , successeur d'Ebubekr-Pascha, le bayle de Venise fut invité à donner les instructions nécessaires au consul de Patras, afin que le vaisseau du capitaine tripolitain Mina , que des bâtiments de guerre vénitiens avaient poursuivi jusque dans le port de Lépante, pût se retirer librement. La république se hâta de complaire en ce point à la Porte.

Parmi des changements amenés par des décès ou par les circonstances , il faut signaler les suivants : le gouverneur de Dschidde Elhadsch-Osman étant mort, sa place, d'abord demeurée vacante durant quelque temps, sur la proposition du schérif de la Mecque, fut ensuite conférée au kiaja Mustafa , qui reçut seulement le titre de kaimakam, avec la mission de faire rentrer au trésor de fortes sommes dont Osman était débiteur. On donna aussi un remplaçant au mirialem Chalil-Aga , qui , après avoir occupé dix-huit fois les postes d'aga des sipahis et de silihdar, était parvenu à force de retenues sur la solde des troupes à se constituer un revenu quotidien de 1380 aspres , et qui ne poursuivit pas moins sa carrière jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix-neuf ans.

L'ancien grand vesir Elhadsch-Mohammed- Pascha-Terjaki, gouverneur de Bagdad après Kisrieli , mourut en même temps à Retimo, le jour même oû ses maisons étaient dévorées par les flammes à Constantinople , oû le vaisseau qui portait sa fortune mobilière s'engloutissait à l'entrée des Dardanelles. Rahmi de Krimée, l'un des poètes les plus célèbres de l'époque, fut emporté par la peste [19 août 1741]. L'ex -mufti, Ali-Mahmud-Efendisade Esseid-Moliammed Seinul Aabidin el Huseini , s'éteignit à l'âge de quatre-vingtcinq ans, et enfin le poison peut-être mit un terme à la carrière de la sultane Aisché , sœur aînée du sultan, qui avait contribué

puissamment è la chute du kislaraga. L'aga des janitschares, Ksseid-Ahmed , fut nommé vesir gouverneur de Saida , ce qui entraîna des mutations dans tout l'état-major. Les habitants d'Alep obtinrent l'éloignement de leur gouverneur. Le kapudan-pascha, Torak- Mohammed-Pascha , alla remplacer dans le gouvernement de Dschidde le vieux Ebubekr-Pascha , qui voulait se rendre en pèlerinage à la Mecque. Mohammed-Saïd , ancien ambassadeur en France, puis nisandschi et deux fois ministre de l'intérieur, obtint la permission de quitter Gallipoli , lieu de son exil , et de revenir à Constantinople. L'ancien defterdar , le poète Mohammed-Behd* schet, jadis déposé et emprisonné par suite de calomnies , fut mis en liberté et plus tard put revenir dans la capitale ; l'ennemi auquel U avait dû sa chute, Memisch-Efendi , fut renversé lui-même et banni à Ténédos. La place de kiaja qu'il occupait fut donnée à Nafis-Mustafa , homme instruit, de formes agréables, qui avait rempli deux missions politiques auprès de Nadir-Schah. Des incendies répétés firent craindre quelques bouleversements; car les janitschares, irrités des retenues faites sur leur solde pour la reconstruction des casernes, semblaient menacer d'un renversement du trône. Afin de prévenir une catastrophe , le kislaraga Beschir, qui exerçait sur le harem et sur le diwan un pouvoir aussi absolu que celui dont avait joui jadis son prédécesseur de même nom , sacrifia le grand vesir , que l'on embarqua pour Retimo , et le remplaça par le grand écuyer. Le chatti-schérif dont on fit lecture le lendemain dans le diwan, attribua la destitution d'Emir-Mohammed à sa conduite offensante envers les janitschares et leur aga. Mais d'un autre côté, les ulémas se sentaient vivement irrités contre l'orgueil du kislaraga et de ses créatures; un de ses tschokadars avait eu l'audace de couper la figure à coups de fouet à un kadi de Skutari. Le gouvernement apaisa le magistrat outragé, à force de présents ; mais, bientôt après, des gens du kislaraga s'introduisirent chez le plaignaut et l'étranglèrent, puis on répandit le bruitqu'il avait été écrasé sous les ruines de sa maison écroulée pendant la nuit [l). Les ulémas ne

(I) Rapport de Penkler.

HISTOIRE DE I/EMPlltE OTTOMAN.

songèrent plus qu'à provoquer une révolte. Le mufti insinua nu sultan que le seul moyen de salut était l'éloignement du kislaraga ; il lui indiqua aussi la manière dont tout devait s'accomplir. Mahmud, s'enveloppant dans la dissimulation profonde propre au despotisme , partit pour une maison de plaisance sur la rive du Bosphore , affectant la meilleure intelligence avec le kislaraga ; en quittant l'esquif qui le portait, il ordonna au bostandschi-baschi , qui tenait le gouvernail, de se diriger avec le kislaraga vers la tour de la Jeune-Fille. Mahmud avait l'intention de bannir son favori en Égypte; mais, sur l'avis que cela ne satisferait pas les ulémas, il donna l'ordre de mort : Beschir , jeune nègre plein de vigueur, tira son poignard pour se défendre contre les valets qui se jetaient sur lui le sabre à la main, mais il tomba presque aussitôt. Ainsi fut étouffée ou prévenue l'insurrection préparée pour le lendemain. On eut soin que la tète du kislaraga et celle de son favori , Suleiman , fussent exposées aux yeux des janitschares, devant le kœschk des Processions. La fortune de Beschir était évaluée à cinq millions de piastres, dont il avait employé une partie à fonder une médrese. Il y eut quelques serviteurs du sérail frappés d'exil , et le silihdar avec le médecin du sultan occupèrent dans la faveur du maître la place du malheureux Beschir. Le tschokadar, qui avait donné des coups de fouet au juge de Skutari, fut décapité au bout de vingt-quatre jours. Mohammed, secrétaire de Suleiman, favori du kislaraga, fut appliqué à la torture pour qu'il eût à découvrir les trésors de son maître, qui avait été exécuté ; puis il fut mis à mort à la même place où Suleiman et le fiscal , autre créature du kislaraga , avaient subi le dernier supplice. Le second imam du sultan fut banni. Parmi les papiers du kislaraga se trouvèrent beaucoup d'obligations de solliciteurs d'emplois : par exemple, une de 80 bourses de Bekir-Efendi , gendre du reisefendi Mustafa décédé, payable dans le cas où lui serait confiée la direction des affaires extérieures. Le grand vesir déposé obtint le commandement de Betimo. Le sultan , bannissant maintenant toute crainte , se rendit à la mosquée aux fêtes du Bairam, et tout demeura tranquille , malgré les terreurs in-

spirées par un effroyable tremblement de terre, qui avait presque détruit Hafsza et fortement endommagé les plus grandes mosquées à Andrinople [ 30 juillet 1752 ].

Les dangers dont menaçaient les murmures des janitschares et le mécontentement des ulémas , conjurés par le supplice du kislaraga et de son favori , furent enfin éloignés par la sagesse et la fermeté du grand vesir, qui , aux fêtes du Bairam , fit prendre toutes le9 mesures , accomplir toutes les cérémonies d'usage , comme si rien de grave ne s'était passé ; quand il invita son souverain à un festin splendide[ 20 août 1752 ] , à cette occasion, il ordonna la publication de la liste des hauts fonctionnaires de la cour, nouvellement promus , et celle des dignitaires maintenus dans leurs emplois; ou n'y voyait ûgurer que les noms des ministres, des sous-secrétaires d'état, des chefs de chancelleries , des agas et des inspecteurs aux revues , des intendants , des tschauschs, eufin des gouverneurs des provinces et des sandschakbegs. Le reis-efendi Neïli . le tschausch - baschi Mohammed-Aga , que le grand vesir envoya peu de temps après eu Bosnie , sa patrie , pour y rétablir l'ordre, et les trois defterdars furent conformes. Le nischandschi Mohammed-Saïd fut seul mis à la retraite, et sa place passa a Memisch , jadis ministre de l'intérieur. Chalti-Mustafa , dernier ambassadeur turc à Vienne , demeura chef de la chancellerie de la première chambre des comptes, Hesmi-Ahmed, directeur de la fabrique des poudres à Gallipoli , l'historiographe Isi, maître des cérémonie». En général , les gouverneurs des province» gardèrent leurs places : parmi eux se trouvaient deux anciens grands vesirs , le gouverneur d'Erserum, Elhadsch-lbrahim-Pascha , celui de Trébisonde, Ali-Pascha , et plusieurs fols d'anciens ministres suprêmes, tels que Kœprilisade-Ahmed-Pascha, en Bosnie; Mohammed-Pascha , fils d'Osman-Pascha , tué à la bataille de Kerkuk, en Kumili; Muhsinsade- Mohammed -Pascha, à Ocsakow. La tranquillité, fortiliée par cette constance dans la marche du gouvernement, fut pourtant troublée à Constan t i nopl e par une émeute de sujets grecs : quatre mille d'entre eux assaillirent brusquement le palais du patriarche , outragèrent leur chef spirituel, auquel

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