‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 304 sur 384 · LIVRE LXX · texte numérisé non relu

LIVRE LXX

silihdar et de vesir; et après avoir renversé successivement deux grands vesirs, il avait pris la direction suprême des affaires. Osman choisit pour lui succéder Mohammed- Said Pascha, Uls de Mohammed-Tschelebi , ancien ambassadeur en France , qui luimême avait rempli une mission auprès du cabinet de Versailles , et qui occupait maintenant la place de kiajabeg pour la troisième fois. Le ministère de l'intérieur fut donné au reis-efendi Kamil-Ahmed , qui lui-même eut pour successeur Hamsa-Hamid , secrétaire intime du cabinet du grand vesir.

Cependant Ali-Hekkimsade était dans une position difficile en Égypte, à cause de la prédominance des begs , qui depuis long-temps dédaignaient les gouverneurs ottomans ; de sorte que l'envoi des grains à la Mecque , et le paiement du tribut à Constantinople restaient souvent suspendus. Le plus insolent de ces begs, Ibrahim-Kiaja, était mort l'année précédente [23 novembre 1754] ; mais il avait nommé pour son successeur Abdurrahman- Kastaghli, qui, après la fuite d'Osman-Beg au Kaire, avait été long-temps banni à la Mecque. Abdurrahman s'adjoignit dans le gouvernement Ali-Beg et Osman-Beg de Dschirdsche, ainsi que Riswan-Kiaja , qui, du vivant d'Ibrahim-Kiaja, était déjà chef des A bases. Ce dernier et Abdurrahman d'Ida ( de Kastagh ) en vinrent aux mains ; Riswan , complètement défait, s'enfuit avec cinq begs de son parti ; d'autres furent bannis. Ali-Pascha fut reçu avec toutes les cérémonies accoutumées par les begs , au nombre de vingt-quatre ; par les chefs des sept corps de troupes, et par le mufti des quatre rites orthodoxes [ 16 mai 1756], Il visita, scion l'usage, le tombeau de l'imam Schafii , assura autant que possible l'envoi des grains à la Mecque et À Médine , ainsi que le paiement du tribut à Constantinople , et renouvela la couverture de la Kaaba. Il y avait aussi de l'agitation sur les frontières d'Autriche et de Perse, à Belgrad et à Erse ru m. Le gouverneur de Belgrad, Ahmed-Kœprili- Pascha , s'était enfui pour échapper à la fureur des janitschares ; Abdullah, pascha d'Erserum ,dut abattre plusieurs rebelles des environs : Alaeddin de Musch, dont la forteresse de Merdschimek fut prise et rasée ; Nuhbeg de Melaskerd , dont deux forteresses furent

aussi détruites; Mihrab de Mahmudi et le chan tatare d'Hatschari. Le gouverneur fit souscrire aux habitants de Musch et de Bidlis un acte par lequel ils s'engageaient à repousser par la force les rebelles ou le gouverneur déposé de Bidlis, Burhanchan, dans le cas où ils se montreraient sur leurs territoires. Le Ûls d' Alaeddin n'en rançonna pas moins les districts de Tatuwan et de Tschardschighan, sur lesquels il leva annuellement 1,000 et 2,000 piastres, et déposant le fruit de ses rapines dans la forteresse de Cheleres, il porta le fer et le feu autour d'Achlath et d'Aadildschuwas. A Alger le dey septuagénaire fut poignardé au moment où il fesait payer ses troupes; l'assassin, ayant ensuite voulu se mettre à la place de sa victime, fut sabré par le général de la cavalerie, Ali, sur lequel tomba le choix de la milice, et qui reçut la confirmation de la Porte.

Pendant la première année du règne d'Osman, la capitale vit arriver les ambassades des trois cours d'Autriche , de Russie et de Pologne, qui répondaient ainsi aux notifications de l'avènement du sultan. Les compliments de l'empereur furent apportés par l'internonce baron de Schwachheira, qui remplaça le baron de Penkler ; ses lettres de créance n'étaient accompagnées d'aucun présent , circonstance inouïe jusqu'alors à un changement de règne [ 17 juillet 1755 ]. 11 prononça son discours en italien , comme son prédécesseur. L'envoyé turc Chalil à Vienne fit sa première visite au chancelier d'état , et non point au président du conseil aulique, ce qui prouve la nature pacifique et amicale des rapports entre les deux gouvernements. Comme Schwachheim avait des doubles lettres de créance , puisqu'il se présentait au nom de Marie-Thérèse , reine de Hongrie et de Bohème , et de l'empereur François , grand-duc de Toscane , le vieux interprète de la Porte réclama 200 ducats au lieu de 100, qu'il recevait ordinairement (1). A Tripoli , le consul impérial Cosmo Conti renouvela par un acte spécial avec Ali-Pascha, successeur du dey décédé, Mohammed-Pascha, le traité d'amitié subsistant entre l'empereur et la régence.

(1) Schwachheim , Rapport d'août 1753.

Un jeune Persan de dix-huit ans, qui se prétendait fils de Nadir-Scliah sans produire de preuves , s'était enfui de Belgrad à Semlin; la Porte ne s'occupa nullement de cette évasion, mais, en vertu de l'article XVIII de la paix de Belgrad, elle réclama l'extradition de quatre-vingt-cinq familles émigrées de Bosnie en Croatie, sans pouvoir l'obtenir. Ce fait , dit l'interprète de la cour ottomane, n'avait pas moins d'importance pour la Porte que l'élévation de forteresses par les Rnsses dans la nouvelle Servie. Les griefs contre le gouvernement de Pétersbourg à ce sujet furent exposés à l'envoyé extraordinaire Dolgorucki, qui vint offrir les félicitations de son maître à Osman. Le derwisch Mohammed, envoyé en Russie , rapporta à son retour une relation de son ambassade, que Waszif a insérée dans son histoire. Mohammed , comme son homonyme , envoyé.*n France au temps de la régence , exprime son admiration sur les bals et l'Opéra : il déclare que les théâtres sont des jeux de nuit, des noces, imaginés par les amoureux pour s'entendre et s'entretenir sans qu'un tiers s'en aperçoive ; il s'étonne que l'impératrice se mêle aux danses, se mouvant dans tous les sens avec une grâce attractive. Dans la suite de l'ambassadeur polonais , comte Mnizek, se trouvait Komorowski [ décembre 1755 ] , qui , quelques années auparavant , avait été à Constantinople avec l'envoyé Benoë. Comme jusqu'alors les ambassadeursextraordinairesavaientétéprécédés par des internonces, cette fois le généralissime de la couronne de Pologne, Branicki, envoya au grand vesir le colonel Malczewski, qui avait pour instructions d'exciter la Turquie contre la Saxe et de persuader à la Porte que la tranquillité était complète en Pologne. Le lendemain de l'arrivée de Malczewski , se présenta aussi l'ambassadeur français de Vergennes , qui devait agir de concert avec le négociateur polonais [ 21 mai ]. Vergennes fut mieux accueilli que le représentant de l'Angleterre, Porter, par le reisefendi Abdi, dont la grossièreté est blâmée même par l'historiographe de l'empire.

Quand Porter lui remit en audience solennelle les lettres de félicitations du roi d'Angleterre sur l'avènement d'Osman , Abdi lui appliqua la lettre du sultan sur le front tan-

dis qu'un officier du palais poussait par derrière la tête de l'ambassadeur, pour le forcer à baiser cet écrit; il lui fit retirer aussi le tabouret, de sorte que Porter fut obligé de rester debout après que le grand vesir se fut assis. Le chargé d'affaires napolitain , comte Ludolf , avait été nommé ambassadeur pour la présentation des lettres de félicitations de la cour de Naples sur l'avènement du sultan ; mais Naples était toujours en guerre avec les États barbaresques. Quant au ministre suédois à Constantinople , Celsing , avant d'avoir reçu les lettres de félicitations de son maître pour l'avènement d'Osman dans un mémoire remis au grand vesir, il appuya vivement la demande du chargé d'affaires prussien, Rexin, par l'entremise duquel le souverain de la Prusse renouvelait encore la tentative de conclure un traité d'amitié avec la Porte. Dans cette circonstance, Frédéric agit comme toujours, dans ce qui était relatif aux affaires de Turquie, d'après les conseils du Florentin Cagnoni, qui avait signé comme ministre de Russie le traité de Belgrad ; plus tard Cagnoni avait été envoyé à Constantinople avec Wischniakoff ; mais ensuite, mécontent du gouvernement russe, il avait abandonné son parti pour passer au service de la Prusse (1). Cette fois encore, la Porte s'adressa au mufti pour savoir si la loi permettait d'entrer en relations d'amitié avec la Prusse , et la réponse fut favorable ; mais le reis-efendi combattit celte décision. L'agent prussien fut expédié au roi avec la simple réponse du sultan ; mais l'on fit entendre par une note à l'envoyé de Suède , que, pour consacrer la bonne intelligence avec le roi de Prusse , il fallait attendre une autre année prospère , qu'ainsi le voulait le Dieu tout-puissant (-2).

Le premier acte solennel , sous le grand vesiratde Mohammed-Said, fut la consécration de la mosquée que, sept années auparavant, le sultan Malimud avait commencé à bâtir, et qui maintenant reçut le nom de Nuri-Osmani. Le jour où il se rendit pour la

(1 ) Rapport de Scbwacbheiro.

(2) La note avec la réponse au roi . transcrite en turc, et traduite aussi, se trouve dans les archives de la maison impériale.

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