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heureusement frayé le passage. Dans le voisinage de Médine, près de Dschidde, le chef de l avant-garde , Abdullah, reçut avis que Jid-Ben-Mahdiad , scheich des Arabes Beni- Harb , avait le dessein de couper la route à la caravane. L'on en vint au mains ; le scheich ci-dessus nommé et ses deux fils périrent dans l'action. Hesa, oncle du scheich tué, le remplaça et jura de laisser désormais passer sans empêchement les pèlerins, après qu'il aurait reçu les présents accoutumés. A la Mecque la joie fut si grande à cette dernière nouvelle que les quatre muftis des quatre rites orthodoxes rendirent quatre fetwas d'après lesquels désormais, dans la prière publique du vendredi, au nom du sultan serait ajouté le titre de Gbasi, ou vainqueur dans la sainte lutte (1). L'échec des Arabes Beni-Harb n'empêcha pourtant pas le chef des Arabes Beni-Ssahar, appelé Karadan-Fais, de faire demander au vesir Abdurrahman-Pascha, chargé de l'approvisionnement de la caravane, le présent que le commissaire des vivres se croyait dispensé d'offrir à cause des déprédations des Arabes qui avaient pillé la caravane l'anné epréeédente au retour de la Mecque. Voyant les Arabes intraitables, Abdurrahman en appela aux armes : il attaqua donc les tribus intraitables dans la plaine de Sargh et les dispersa dans l'espace d'une demi-heure. Abdulfah- Pascha parvint à faire arrêter peu à peu les instigateurs les plus ardents des violences des trois tribus arabes des Ssahar, des Onaise et des Benhan , et envoya leurs têtes à Constantinople. Les gouverneurs de Damas etdeTripoli,commeémirol-hadschetcomme tscheledschi-baschi, reçurent des secours pécuniaires du trésor impérial, et l'approvisionnement de l'eau pour la caravane fut retiré aux baltadschis pour être remis aux chaizekis des bostandschis. Parmi les pèlerins de cette année se trouvait l'ancien reisefendi grand vesir, le poète Abdullah-Naili, qui mourut à quelques lieues de Dschidde sans avoir pu atteindre la Kaaba. La nouvelle de sa mort arriva à Constantinople en même temps que celle du vaillant gouverneur de Moszul , Abduldscbelilsade-Hasan-
(1) Rapport de Scbwacheim. Si»ji,fol. 155 et i«9.
Pascba, qui jadis avait repoussé tons les efforts de Nadir-Schah. Le sultan transmit à sa famille l'hérédité de son gouvernement , qui passa dès lors à son flls Mohammed- Êmin. La triste impression causée par ces pertes fut bientôt effacée par la naissance de la princesse Ilebetullah , premier enfant du sultan, que l'on célébra par des illuminations de sept jours, ce qui n'avait lieu ordinairement que pour la naissance d'un prince [ U mars 1759 ]. Des réjouissances furent ordonnées aussi dans toutes les provinces. Les fêtes magnifiques dont on amusa la capitale donnèrent un mouvement extraordinaire à la population, dont l'accroissement devint chaque jour plus sensible. En ce temps il fallut construire de nouveaux magasins de blé et de farine. Quarante ans auparavant la ville absorbait chaque jour huit mille kilos de blé; vers la fin d'Ahmed III il y avaiteu nécessité de bâtir sept ou huit'autres magasins à blé près de l'arsenal ; le nombre se trouvant encore insuffisant, M us ta fa III ordonna d'en ajouter trois nouveaux assez vastes pour contenir cent mille kilos.
Quant aux règlements somptuaircs, Mustafa suivit exactement l'exemple de son frère Osman. Non moins opposé que lui au luxe des vêtements , à la présence des femmes sur les places publiques , il renouvela les ordonnances rendues par ce sultan à ce sujet. Pour en surveiller l'exécution, luimême parcourait sans cesse les rues de Constantinople et des faubourgs. Dans toutes ses courses il rencontrait toujours sur son chemin un alaibeg de Tschorum , destitué pour d'injustes collations de fiefs, qui le poursuivait de ses instances de réintégration. Fatigué enfin d'une telle persécution, le sultan irrité ordonna d'abattre la tête à cet obstiné solliciteur, dont le fils, accusé aussi de manœuvres coupables, subit le même destin. Pendant que Mustafa s'appliquait à toutes sortes de détails somptuaires et fesait exécuter des sentences de mort, Kaghib prenait d'importantes mesures pour l'administration et l'occupation des gouvernements. Le clian de Krimée, Halim, fut déposé à cause de sa faiblesse à l'égard des Noghais, qui tout récemment encore venaient de faire irruption dans la Moldavie et d'en dévaster plusieurs cantons. La Porte
voulut rappeler au pouvoir chea les Tatarei l'ancien chan Arslan-Girai, alors à Rhodes ; mais celui-ci ayant décliné cet honneur, et les Noghais demandant son frère Krim-Gir ai, ce prince fut installé dans le chanat à la condition de donner des indemnités pour les dommages causés en Moldavie. Les woiwodes de Moldavie et de Yalachie furent changés. Nicolas Maurocordato, qui se trouvait pour la cinquième fois sur le trône princier de Valachie, avaitsoulagé le pays par la suppression de l'impôt mensuel dans le but d'accroître la population, qui au dernier recensement ne comprenait que trente-cinq mille familles. A chaque Isprawnik ( commandant de cercles ) il avait donc adjoint un bojard comme contrôleur d'impôts. Mais avant d'avoir recueilli quelque fruit de sa disposition nouvelle il fut déposé, jeté aux Sept-Tours et menacé de mort ; il n'échappa au fatal cordon que par le paiement de 300 bourses d'argent et le bannissement à Mitylène. Sa chute avait été précédée de la destitution de l'un de ses correspondants , le médecin du sultan, Aarif , à Constantinople. Dans l'une de ses excursions , Mustafa rencontra un kalarasch , ou messager du prince de Valachie , qui revenait de Bukarest ; il l'arrêta, et comme dans les lettres de ce courrier s'en trouva une d'Aarif qui demandait un présent à Maurof ordato , en se plaignant de l'insuffisance des appointements payés par la Porte, le médecin fut aussitôt destitué, et sa place donnée au savant Rafii- Efendi. L'on donna pour successeur à Maurocordato, Scarlatto-Ghika, alors prince de Moldav ie , qui fut remplacé lui-même par le vieux interprète Callimachi ; et la charge d'interprète de la Porte fut conférée a Grégoire Ghika, fils de l'ancien interprète décapité après la convention de Constantinople [ 17 août 1758 ] ; c'était le cousin du nouvel hospodar de Valachie. Il avait eu pour concurrent Ipsylanti, médecin du grand vesir, qui échoua cette fois dans ses manœuvres. La toute-puissance de Raghib était maintenant si incontestée, que les trois beauxfrères du sultan, le gouverneur de Kutahije, Muhsinsade, celui d'Alep, Sinek-Mustafa- Pascha , et celui de Monastir , Silihdar-Mohammed , reçurent ordre de regagner leurs gouvernements parce que Kaghib se mon-