‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 311 sur 384 · LiVRE LXX · texte numérisé non relu

LiVRE LXX

trait mécontent de leur présence dans la capitale ; le dernier, à la sollicitation de son épouse , put obtenir la permission de retarder son départ de deux mois. Maintenant le sultan maria sa nièce chérie, Hakije Chanum , à Lalisade-Nuribeg , administrateur des fondations pieuses de la Mecque et de Médine. Le nouvel époux , à l'époque du changement annuel des fonctionnaires, sollicita la place du reis-efendi Abdi, qui fut porté à la présidence de la première chambre du journal. Raghib , qui ne voulait pas se laisser imposer un reis-efendi par la faveur, avait proposé pour ces fonctions Mohammed-Emin, qui déjà les avait remplies, et dans la supposition d'une décision favorable et instantanée du souverain , il avait déjà adressé l'invitation à Mohammed-Emin de se rendre à son nouveau poste. Néanmoins le sultan voulut conférer la place à Nuribeg, et envoya transmettre ses intentions au grand vesir. Raghib persista dans sa première proposition. Des explications furent donc échangées entre le sultan et son ministre, jusqu'à ce qu'enfin M us ta fa , trop vivement blessé pour nommer Mohammed- Emin, proposé contre sa volonté souveraine, et trop faible pour installer comme reisefendi l'époux de sa nièce bien-aiméc, en dépit de Raghib , renvoya la demande avec l'apostille Suivante : a Si Nuribeg ne peut être reis-efendi , Mohammed-Emin ne doit pas non plus le devenir ; fais d'ailleurs ce que tu voudras. » La direction des affaires extérieures fut donc confiée à Dilawer-Agasade- Omer-Efendi, nommé plusieurs fois dans cette histoire comme continuateur des biographies des grands vesirs ; mais il mourut au bout de quarante jours, et Raghib lui donna pour successeur Ahmeddschi-Abdullah.

Le mariage de Rakije Chanum fut célébré en même temps que les fiançailles de la fille du sultan , Hebetullah , âgée à peine de trois mois , avec le silihdar Ilamsa-Pascha , qui tout récemment avait été nommé collecteur des impôts de Morée , et revêtu des trois queues de cheval. Le mufti Ssalih, qui avait présidé à ces deux actes, fut destitué quinze jours après, et la pelisse blanche de scheich de l'Islam fut donnée au digne Aazim-Ismail- Efendi. Aussitôt celui-ci rappela de l'exil l' ex-grand juge Welieddin , bien différent

par l'esprit et le caractère de son homonyme

exécuté par Hekkimsade [ juin 1759 ]. Le sultan, protecteur des sciences et des légistes, fit préparer dans le mois de juin une dissertation sur le koran. Les cinq ulémas qui devaient argumenter en sa présence étaient : l'intendant des fetwas, Ebubekr, le chodscha du sérail impérial, Hamidi-Mohammed, l'inquisiteur du mufti, Idris, et les deux muderris, Museliifet Ismail-Efendi. Le verset sur lequel était appelée la discussion étaille trente-deuxième de la quatrième surre :«(J vous qui croyez, soyez fermes dans le maintien de la balance de la justice. » Museliifet Idris-Efendi, qui se montrèrent supérieurs dans celte lutte, reçurent chacun cent ducats. C'était à des occupations de celte nature et à la reconstruction du sérail d'Andrinople que Raghib exerçait l'activité du sultan , pour avoir lui-même les mouvementspluslibresdans la conduite des grandes affaires du gouvernement. Le palais d'Andrinople était maintenant achevé, et Jusuf- Pascha, l'ancien kiajabeg, qu'il avait chargé de surveiller les travaux , était de retour à Constantinople. Raghib dut maintenant penser à trouver de nouveaux aliments à l'activité du sultan , qui aurait pu, faute de cela, commander de trop fréquentes exécutions pour manifester son amour de la justice. Ainsi Mustafa venait d'ordonner de pendre devant sa maison, dans le Fanar, le chargé d'affaires valaque, Drako, coupable d'avoir fait administrer la bastonnade à deux femmes esclaves turques qui avaient mis le feu à deux de ses maisons à Tarapia. Raghib reproduisit donc l'ancien projet de réunion de la mer Noire avec le golfe de Nicomédic , dont l'exécution avait été tentée trois fois vainement sous les sultans ottomans , et deux fois avant eux sous les rois de Bithynic et sous Trajan. Dans ce but, Suleiman-le-Législatcur avait fait niveler jadis par les soins du grand architecte Sinan l'espace qui s'étend du lac de Ssabandscha jusqu'au golfe de Nicomédie, Sous Murad 111, le grand vesir Sinan avait destiné trois mille ouvriers à ces travaux : pendant trois jours on avait remué des terres, jusqu'à ce que le sultan décidât que le bois parviendrait bien encore à Constantinople comme il était venu jusqu'alors. Moi. immed IV avait ordonné des études sur cette

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entrepriie , mais l'ingénieur Rindioghli avait déclaré dans son rapport que l'on rencontrerait trop d'obstacles à percer ces forêts, et que l'ouverture du canal causerait de grands dommages à une quantité de villages, de métairies et de pâturages. Actuellement Ragbib reprit le projet de réunion du lac de Ssabandscha au golfe de Nicomédie en fesant valoir les avantages qui en résulteraient pour la capitale dont tes approvisionnements de bois s'opéreraient ainsi avec facilité, et pour les constructions navales au moyen d'un arsenal qui pourrait être établi sur les bords du lac. L'architecte de la cour, l'astronome , deux maîtres constructeurs, deux hydrographes , et l'inspecteur des travaux hydrographiques furent envoyés d'abord pour examiner les lieux ; ils déclarèrent à leur retour que l'exécution du canal depuis le lac de Ssabandscha jusqu'au golfe de Nicomédie sur une longueur de vingt-deux mille, aunes était facile à cause du niveau du terrain. Alors les ministres de l'intérieur et des affaires étrangères, le dschebedschibaschi et le renégat grec Ahmed de Crète furent chargés de présider à la réalisation de cette œuvre, à laquelle le sultan avait destiné 6,000 bourses. Les ambassadeurs d'Angleterre et de France caressèrent à l'envi cette idée favorite du sultan. Porter fit traduire en turc la lettre de Pline (I) ; Vergennes envoya son beau-frère Tott près de la Porte. Si ce célèbre aventurier, dans ses fameux mémoires, s'est amusé de l'ignorance en géométrie de l'ingénieur grec, qui, au lieu d'employer le niveau ordinaire, se servait d'une petite table de cuivre, objet d'admiration pour une foule de curieux, luimême a fait preuve d'une ignorance plus grande encore en géographie, car il parle de la jonction de la rivière de Sakaria avec le lac de Nicée, tandis qu'il s'agissait du lac de Ssabandscha et du golfe de Nicomédie. Le kiaja du grand vesir, le reis-efendi, le général des armuriers et le géomètre grec, après quelques travaux, rapportèrent qu'aux premières fouilles l'eau apparaissait, que les propriétaires du pays éprouveraient de grands dommages, et que l'hiver approchait ; c'en fat assez pour faire suspendre les tra-

(IjRapporldeScbwachbcim.

vaux , et la jonction de la mer Noire mt V golfe de Nicée , après six tentatives , ne sera probablement jamais opérée si l'entreprise n'est point animée par l'esprit européen. Le sultan n'ayant plus à songer à de vastes travaux porta toute son activité dans ses explorations de la ville, parcourant tons les quartiers sous toutes sortes de déguisements, depuis le matin jusqu'à la nuit. Un jour il arriva de très-bonne heure à la porte centrale du sérail', où ne se trouvait pas un seul des quarante gardes. Irrité de cet oobli do service, il envoya le bostandschi qui l'accompagnait dans ses rondes , vers la caserne des dschebedschis, située à peu de distance du sérail. Le bostandschi revint en disant que ni le général , ni son lieutenant n'étaient encore arrivés à la caserne. Alors le sultan , furieux , ordonna aux armuriers de garde d'amener prisonniers à la Porte tous les hommes qui avaient abandonné leur poste. Ces délinquants furent jetés aui Sept- Tours ; le général et son lieutenant destitués. Une qulre fois, Mustafa passant déguisé, comme toujours , devant la cuisine du sérail, arrêta un homme tout couvert de haillon et lui demanda : a Qui es-tu , depuis quand sers-tu? » Celui-ci répondit qu'il était cuisinier, et qu'il était entré dans le sérail sous le règne d'Ahmed. Le sultan lui donna aussitôt un fief fort lucratif qu'un des page; de la quatrième chambre avait refusé comme ayant trop peu d'importance.

Cependant le grand vesir changeait le schérif de la Mecque et menaçait de destitution les deux paschas chargés de veillera la sûreté et à l'approvisionnement de la caravane des pèlerins. Musaid-Ben-Said, qui occupait la dignité de schérif depuis sept ans , entra en lutte non loin du sanctuaire de la Mecque avec le conducteur de la caravane des pèlerins d'Égypte, Keschkesch- Husein. Les begs d'Égypte, irrités, réclamèrent la destitution de Muraid-Ben-Said. La Porte s'empressa de les satisfaire, et remplaça Ben-Saidparson frère Dschaafer.En même temps elle accrut les revenus do dscherdedschi-tschelik Mohammed, et loi enjoignit de soutenir de tout son pouvoir l'émirol-hadsch ainsi que le tsebeted* schi ; mais il n'y avait là rien de définitif: le schérif destitué, qui s'appuyait à la Mecque

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