‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 313 sur 384 · TOM. HT · texte numérisé non relu

TOM. HT

quantité de riz dae pour l'année courante, ainsi que deux mille quintaux de ligneul , cent quintaux de ficelle et dix quintaux de fii-de-fer. Toutes choses ainsi réglées , les commissaires retournèrentè Constantinople.

En Syrie, l'un de ces effroyables tremblements de terre si souvent mentionnés dans ce pays avait ébranlé les villes de Damas et de Saida , et renversé le minaret de marbre blanc de la mosquée des Beni-Ommeje.

Mustafa-Beg, fils de Fasli-Pascha, fut envoyé sur les lieux avec 50,000 piastres comme inspecteur des travaux de reconstruction , et 10,000 piastres furent affectées à des réparations à Saida. A Constantinople , près de la fontaine des Tulipes, l'on choisit l'emplacement d'une nouvelle mosquée que le sultan Mustafa voulait élever sur le modèle de celle de Selim [ 31 mars 17G0 ]. Cette même année moururent deux hommes célèbres, le defterdar Ualimi, livré au bourreau sur les plaintes nombreuses élevées contre ses exactions , et le mufti Ismail-Aasim , auteur d'un diwan , d'un recueil de lettres et d'une histoire , qui laissa la réputation d'un savant de premier ordre. L'historiographe Waszif dit que les poésies d'Aasim étaient une huitième merveille, digne de figurer à côté des sept autres suspendues au temple de la Kaaba ; qu'il était, comme prosateur, le digne rival de Chuaresmi et de Bedius-Scman , que pour le style il pouvait lutter avec Waszaf et Chodschai-Dschihan.

Si le sultan Osman avait rejeté des idées favorites de son prédécesseur , Musta Ta III s'appliqua surtout à suivre les traces de Mahraud Ier: comme lui il aimait le faste et les constructions; il offrit une émeraude hexagone de 400 karats au sanctuaire de Médine ; fit réparer l'aqueduc qui conduit les eaux de Jenbuu à la Mecque. A Constantinople il poursuivit les travaux de la mosquée des Tulipes. A Skutari s'éleva la mosquée de sa mère, la sultane Mihrmah, dont l'achèvement fut célébré par une infinité de chronogrammes , l'un desquels sortit de la plume du grand vesir lui-même. Raghib savait tirer parti de toutes les circonstances au profit du bien public. Les cavalcades même du sultan servaient à encourager les soldats ■ s'exercer au maniement des arme* et à Simuler l'ardeur belliqueuse de la nation. Par

son impulsion les mineurs s'exerçaient dans la plaine des Eaux-Douces à creuser et à faire jouer des mines. Dans la capitale les troupes s'exerçaient fréquemment en présence du sultan. Des fermatis envoyés dans toutes les provinces enjoignaient aux cavaliers feudataires de manier souvent le sabre, la lance et l'arc , dont le Prophète recommande l'usage aux musulmans. Raghib avait soin d'inviter son maître aux spectacles représentant des combats afin de l'entretenir dans ses idées guerrières. Mustafa III ne fesait presque jamais rien sans avoir consulté d'abord son grand vesir, et les quarante-neuf mémoires adressés par Raghib au sultan dans le cours de son administration offrent aux yeux des ottomans d'excellants modèle^ de style de chancellerie. La moitié de cette collection se compose de rapports sur les affaires les plus importantes de l'état , sur des traités de paix, des déclarations de guerre , des ambassades , des collations de gouvernements, etc. Dans la deuxième partie il ne s'agit que de fêtes et de cérémonial, de félicitations sur la santé du maître à la suite d'un traitement médical ou bien à l'occasion des nuits saintes du mois de jeûne et des fêtes du Bairam. Voici quelques lignes d'un compliment adressé par Raghib au sultan au sujet de la fête du printemps , et qui pourra donner une idée des tours employés dans ces sortes d'écrits : « Que le Dieu tout-puissant, » celui que nulle pensée ne peut nettement » concevoir, par la volonté duquel s'ouvre Te » printemps, et qui revêt d'une verdure » nouvelle les jardins et les arbres dégagés

• des glaces de l'hiver, élève au plus haut » degré d'éclat le corps auguste qui perce de » sa lumière toutes les ténèbres , qui , sem- » blable au soleil du ciel et de l'empire , an- » nonce dans sa marche la puissance et la » domination sur le monde; que le Dieu » tout - puissant enveloppe dans tous les » temps votre majesté des rayons de la gran- » deur; qu'il maintienne les jours de votre » majesté dans un solstice d'été perpétuel , » afin qu'elle puisse traiter les affaires des » hommes , diriger parfaitement les forces

* des nations ! qu'il vous conserve comme y son ombre sur la terre ! Que par votre

chalifat perpétuel il recueille une immense ^ moisson d'espérances pour l'humanité;

» qu'il répande les fleurs de la gloire et » l'éclat d'un bonheur sans cesse renaissant » sur votre règne , qu'il rafraîchisse coati- » nuellement votre vie, de sorte qae le » règne de votre majesté sublime soit bien- » faisant comme les jours du printemps, » surpasse en éclat et en bonheur la fête du » solstice d'été ! amen ! au nom du Pro- » phète I »

Une éclipse complète de soleil qui dora deux heures donna lieu, comme la dernière sous le règne de Mahmud , à mille propos dans la multitude [ 25 mai 1760 ]. Les prédicateurs enseignèrent au peuple qu'il n'y avait rien à conclure de ces ténèbres, car au jour de la mort d'Ibrahim , fils du Prophète, le soleil s'étant voilé, le Prophète dit : a Le soleil et la lune sont deux œuvres merveilleuses de Dieu , qui ne dérobent point leur lumière à cause de la mort d'un individu. » Au reste ce phénomène ne dot pas être considéré comme un présage de la chute ou de l'exécution de plusieurs hauts fonctionnaires ; car de tels événements étaient fort ordinaires. Ainsi l'on ne s'étonni point du supplice d'Abdurrahman-Beg , ami et instrument des mesures financières de l'ancien defterdar Halim-Pascha frappé déjà par la main du bourreau. Dans toutes les parties de l'empire disparurent d'illustres personnages: en Krimée le kalgha qui fat remplacé par le serasker du Ruban, Bacht- Girafoade-Seadet-Girai , dont le jeune frère alla prendre le commandement de Kuban ; à Constantinople mourut le scheich Àbdullah-Kaschghari , qui a laissé des poèmes et des traités sur divers sujets ; à Jérusalem, l'ancien chodscha du sérail, actuellement juge de la Mecque, Mohammed-d'Akkerman. qui, d'après les expressions de Wasizf, était pour la philologie un second Dschordschani, pour la philosophie un second Teftasani; à Diarbekr, le pascha Tschetedscbi- Abdullah, qui mérita bien des pèlerins par sa vigueur a repousser les Arabes , et acquit un nom dans la littérature et la calligraphie par son ouvrage intitulé : Disposition de k parure; h Alep, l'ancien grand vesir Esseid- Abdullah- Pascha, fils du fameux Firari Hasan,qui fut remplacé dans les fonctions de tschetedschi par le riche Békir, maintenant intendant des cuisines impériales. Ce-

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