LIVRE LXX
reis-eîendi Taukdschi. Bekir avait lui-même acquis une grande célébrité par ses richesses, an moyen desquelles il avait pn devenir ministre de l'intérieur et des affaires étrangères. Malgré la somme énorme que Taukdschi avait payée après la mort de son beau-père, on trouva encore chez lui, le jour de son décès , en or monnayé seulement , mille bour ses ou un demi-million de piastres : le premier noyau de cette fortune colossale fut l'héritage de Taukdschi. Bekir fut suivi de près dans la tombe par le savant Abbas- Efendi , père du bel esprit Hischmet-Efendi ; par le grand écuyer Mustafa , alors chargé de diriger les réparations des aqueducs de la Mecque, et par l'ancien silihdar Mustafa, banni à Demitoka, fils du célèbre grand vesir Baltadschi , signataire de la paix du Pruth. Tout occupé de ces pertes douloureuses, le public Bt à peine attention à l'exécution de Surre-Emini, conducteur du présent destiné a la Mecque, condamné pour ses exactions et ses prévarications, et au supplice d'un esclave pendu enveloppé dans ses vêtements , pour avoir immolé les enfants de son maître.
Parmi les mutations dans les grands dignitaires de l'empire, il faut citer surtout celles du kiajabeg et du reis-efendi , du mufti et du kapudan-pascha. Malgré la protection du grand vesir , Hamsa fut dépouillé des fonctions de ministre de l'intérieur, qu'il remplissait pour la cinquième fois, par une iuiluence du sérail que Kaghib n'osa braver; la direction de l'intérieur passa au reis-efendi Kasc h i f- M oha mmed-Efendi , surnommé 8chatirsade. Tous les sous-secrétaires d'état avancèrent alors suivant leur rang : le grandmaître des requêtes Rischaji-Elhadsch-Mohammed , devenu reis-efendi , fut remplacé par le petit mettre des requêtes , qui eut luimême pour successeur le premier des secrétaires adjoints du cabinet. Après la mort du savant mufti Aassim , célèbre comme histo riographe sous le nom de Tschelebisade , la première dignité de la loi fut conférée à Welieddin; mais peu de temps après, la violence de son humeur lui flt céder ce poste éminentà l'ex-grand juge de Kumili , Békir- Sadé-Ahmed-Efendi. Sur le désir du sultan, le gouvernement d'Ocsakow fut offert au kapudan-pascha, qui refusa, malgré les in-
stances de Kaghib et l'offre de 50,000 piastres pour frais de voyage ; le sultan , irrité de pareils dédains, ordonna de rayer Hasan de la liste des vesirs et de le bannir à Retimo. Le commandement général des flottes fut donné au kiaja Mohammed-Pascha , qui bientôt après céda la place à Kutschuk-Mustafa-Pascha, pour aller prendre le gouvernement de l'Égypte. Hamsa-Moharamed , investi cinq fois des fonctions de kiajabeg du grand vesir , eut la lieutenance du vieux nisandschi Bekir-Bcg, et bientôt après fut pourvu du commandement de Salonik en recevant le titre de vesir. Au gouverneur de Belgrad , Abdt-Pascha , fils du vesir Ali , fut adressé aussi un vêtement d'étoffe d'or , insigne de cette dignité , en récompense de sa fermeté à dompter les mutineries des Jamaks , en garnison à Belgrad ; mais bientôt après, le grand vesir, craignant de nouveaux troubles en cette ville , si Abdi continuait à y commander, l'envoya à Sîlistra [juillet 1762]. L'ex-kapudan-pascha , Mohammed-Pascha , le remplaça. Une éclipse de soleil qui dura quinze minutes jeta moins d'effroi dans la capitale qu'une tempête dont elle avait été assaillie deux jours auparavant : la foudre frappa un des minarets de la mosquée du sultan Bajesid,mais sans l'endommager. Un an auparavant, le feu du ciel avait causé plus de dégâts aux minarets des mosquées du sultan et de ta Validé , le jour même où Raghib posa la première pierre de la bibliothèque qu'il fondait à ses frais. Quand , au bout de dix-huit mois , furent achevés cet édiûce et le collège qu'il y rattachait, Raghib y fit transporter de son palais les livres rassemblés à grand'peine ; il installa le directeur et le secrétaire de la nouvelle bibliothèque, ainsi que les professeurs chargés de donner l'enseignement à quarante jeunes gens. Les magnifiques ornements ajoutés à la bibliothèque n'étaient pas encore achevés que la coupole s'écroula , et la prédiction funeste tirée de cet accident parut s'accomplir quarante jours plus tard par la mort de Raghib, décédé à l'Age de soixante-cinq ans; son tombeau , élevé près de la bibliothèque fondée par lui , reporte naturellement la pen- «ée vers la littérature ottomane, à laquelle il avait donné tant d'encouragements. Il faut reconnaître que les productions de cette
époque furent plu» nombreures que remarquables. Déjà il a été question des principaux légistes, des historiens et des poètes, à mesure que leurs noms étaient amenés par la cours de la narration ; il reste à jeter un coup d'oeil rapide sur l'état des sciences en général , dans l'espace qui sépare la paix de Ct rlowicz dutraité de Kainardsche. Dans cette période comme dans les précédentes , les ouvrages de théologie et de jurisprudence l'emportent de beaucoup sur toutes les autres productions par le nombre et par la valeur ; mais les traités religieux , les commentaires sur les œuvres fondamentales de la dogmatique et de la tradition n'offrent pas un puissant intérêt à l'historien, qui doit s'attacher plutôt aux ouvrages j udiciaires, examiner surtout les collections des fetwas et les formulaires d'actes. Après la collection du mufti Abdurrahim, qui a rassemblé près de dix mille fetwas , il faut citer le recueil du mufti Durrisade-Esseid-Mohammed-Aarif-Efendi, qui a pour titre Résultat des fetwas , et en contient plus de dix-huit cents ; puis les collections du mufti Ali contenant ceux du mufti Atullah-Mohammed-Kfendi d'Angora, de l'inspecteur des archives desfetwas, Fikhi- Mohammed-Efendi. Hadschisade - Mustafa- Efendi ct Halisade ont laissé des formules de pièces judiciaires calquées sur des modèles donnés par Baldirsade. Ces formules servent de règles aux juges , comme les Inschas, collections de modèles épistolaires , guident les secrétaires du trésor , de la chancellerie d'état et des gouverneurs des provinces. Déjà nous avons parlé des lettres dues aux grands vesirs Rami et Raghib , au poète Nabi , au deflerdar Aarif ; nous mentionnerons encore le Trésor de l'art épistolaire, les modèles de lettres ( Munschtat ) du sécretaire du cabinet, Hajatisade, du molla Ahmcd-Taïb- Osroansade, de Hatschi-Tschelebi et de Rafia. La littérature turque s'enrichit aussi d'ouvrages philologiques arabes, des Sérénades de Hariri et de Hamadanî, la Quiétude de V homme obéissant d'Ibn-Seidun, des Saillies d'Obéïd-Sakarai , des Prolégo- Jnènes philologiques de Samakschari. Taïb- Ahmed-Osmunsudc et le mufti Seid-Feisultah ont écrit des recueils de facéties. Le denrisch Masan d'Andrinople , les poètes Kudsi et Nabi, le molla Ibrahim-Hanif-
Efendi ont laissé des proverbes. Rasi-Àbdullatif-Efendi dédia au grand vesir Ibrahira- Pascha une collection de contes et d'aoecdotes; Taïb-Ahmed érrivit pour le même personnage l'ouvrage intitulé : Fruits d'en' t retiens nocturnes pour le conseil des rois. Le mufti Feisullah est auteur d'une composition analogue ; le mufti Esaad écrivit la Éclairs des hommes éloquents, et le mufti Waszaf , le Titre de la noblesse. Osmansade- Efendi, biographe des vesirs, abrégea le célèbre ouvrage arabe : Éloge des humanitét ou Guide dans l'étude des humanités, et on autre : Conseil aux rois ; mais , sans contredît , le Navire des sciences de Raghib-l'ascha est l'un des plus précieux de tous les ouvrages philologiques de celte période. Les grammairiens se bornèrent alors à interpréter les principaux traités sur la syntaxe arabe. Li rhétorique et la grammaire persanes ae furent un objet d'études que pour un trèspetit nombre d'auteurs ; à peine écrivit-on sur l'astronomie . l'arithmétique et la logique. Les poètes Tschelebisade-Aassim, Nabi , Rasim. Raghib, Newres, Nasmisade, Subhi, Thalibet Nakschi composèrent des diwans;d autres traduisirent ou commentèrent ceux des poètes mystiques persans Saïb, Urfi et Schewket. Les kaszides les plus célèbres furent commentées ; nulle ne donna lieu à plus de travaux que celle composée par le grand ve*ir Kœprilisade à la louonse du mufti Feisullah. Les livres de YLnitéd» chevaux, de* Événements, du Rossignol, te YÉchanson, de la Missive, le Livre d'or elle Ltvre heureux, sont des poèmes didactiques, ainsi que l'ouvrage persan intitulé le Licrt du conseil, dont se tirent alors cinq traductions. Dans la Rose centi/ole, sont exposées en vers les traditions du Prophète ; dans ie Confident des amants , des aventures amoureuses. Nabi, Wehbiet Rcmzi imitèrent en vers rimés le Livre du conseil. Déjà ont été cités en leur lieu tes historiens ottomans el les traducteurs des histoires en persan de Mirchuand, Chuandemir, Ibnol -Dschosi, Ibnol-Aini.Ibn Chaldun et Ibn-Chali-Kan.
A cette époque , parurent aussi des ouvrages biographiqueset topographiques : les biographies des poètes, des muftis, des vesirs, des kapudans-paschas, des calitgraphes et des chanteurs ; les relations des voyages despe-