LIVRE LXXI
HAMSA-HAM1D GRAND VES1R DURANT SIX MOIS. — CHANGEMENTS. — MORTS. — LE GRAND VRSIR ET LE KAPCDAN-PASCHA ÉPOUSENT DES SULTANES. — TROUBLES A BAGDAD , JA- NINA, CHYPRE. — LB CHAN DE KBIMÉE DÉPOSÉ. — TROUBLES EN GÉORGIE — DÉPOSITION ET SUPPLICE DU GRAND VESIB. — AMBASSADES DE PRDSSE , DB POLOGNE, DE RUSSIE, D'AUTRICHE, DB TOSCANB» — MUHSINSADB DEVIENT GRAND VESIB. — NAISSANCE DES PRINCES. — ÉDUCATION. — DISPUTES. — TREMBLEMENTS DE TERRE. — TROUBLES EN CHY- ME, A CHIOS, EN GÉORGIB, ÉGYPTB, ABABIB. — TBAVACX HYDRAULIQUES. — FLOTTE.— DTWAN. — MORTS. — DÉPOSITION DU CHAN T ATA RE ET DU MUFTI. — INCENDIE A PBRA. — TROUBLES AU KAIRB , A MÉD1NE , ACHISKA ET MONTENEGRO. — MUSTAFA BÉGNE PAR LUI-MÊME. — LB GRAND VESIB SB MAINTIENT PAR SA FEMME. — MABIAGE DE SCHAH- SULTAN. — MOBT DU KIAJABEG MOnAMMEHD-KlASCHIF, DU KISLABAGA ET D'AïJTRBS. — ÉCHANGE DE NOTES ENTRE LA PORTE ET LES MINISTRES DE RUSSIE ET DE FRANCE. — DÉPOSITION DU GRAND VESIR. — DÉCLARATION DB GUEBBB. — LB CHAN TATABB , LB GRAND VESIR , LE MUFTI, LB KAPUDANPASCHA, l'INTEBPRÈTE DB LA PORTB SONT CHAN- GÉS.— LEVÉB DB TROUPES ET MANIFESTE.— NOTES DB l'aUTBICHB, DB VENISE, DE LA HOLLANDE, DB LA FRANCE , DB L'ANGLBTERRB , DB LA PBUSSB A LA POBTB. — DÉPABT DB LA SAINTE BANNIÈRE.
Hamid- Hamsa, fils d'un marchand de Dewelihiszar , dans le sandschak de Nikde , mais né lui-même à Constantinople à l'époque où Raghib-Mohammed-Pascha était secrétaire du cabinet du grand vesir, avait été le premier assistant de ce fonctionnaire , avait occupé ce poste durant dii ans; et puis il avait remplacé son chef, appelé à la direction des affaires étrangères. Nommé ensuite reis-efendi , trois fois kiaja-beg du grand vesir, et dans ces intervalles defteremini , rnsnadmedschi , tschausch-baschi , puis secrétaire pour la signature du sultan, vesir de la coupole , pendant tout le grand vesirat de Raghib , son protecteur, il jouit auprès de lui de la confiance que celui-ci lui avait accordée trente ans auparavant, et dont Hamid-Hamsa était plus digne par sa longue expérience des affaires et par sa fidélité éprouvée, que par ses talents. Comme il avait rempli provisoirement lies fonctions de grand vesir après la mort du premier mi-
nistre , le sceau de l'empire lui fut conféré. A peine les trésors amassés par Raghib durant son grand vesirat, évalués à 60,000 bourses, eurent-ils été confisqués, le favori, confident intime et intendant de Raghib, le Persan Ali , dont les efforts avaient contribué puissamment i la conclusion du traité avec la Prusse, et qui avait touché une grande partie du demi-million dépensé pour cet objet par Frédéric II , fut mis à mort sous prétexte d'extorsions commises en Chypre, où il avait été jadis collecteur d'impôts , et le même sort frappa son banquier qui avait partagé ses bénéfices. La nomination d'Hamsa était une sorte d'hommage rendu à la désignation faite par Raghib. Mais on vit bientôt que ce ministre ne se recommandait point par de hautes facultés ; que s'il était propre aux fonctions inférieures, il n'était guère digne du premier poste de l'empire ; aussi ne l'occupa-t-il que quelques mois, et il commence cette série de giands
HISTOIRE l)K L'KxMIMKE OTTOMAN.
vesirs éphémères qui passèrent au nombre de dii-sept dans les dix années suivantes du règne de M us ta fa III. ,
Après la fête du mois de jeûne, se firent les collations ou les confirmations ordinaires des gouvernements, des placcsde juges et de grades militaires. Parmi les changementsopérésdans les emploisdudiwan.les plus remarquables furent ceux dudefterdar Abdi, déjà renvoyé de la directiondesaffaires extérieures à cause de sa grossièreté, qui eut pour successeur l'intendant de l'arsenal, Hakim-Mohammed-Efendi,et du maréchal de la cour, Monladschiksade-Ali-Aga, remplacé par l'ancien reis-efendi Ridschaji-Mohammed. Des cafés furent démolis au village d'Indschirkoï à cause àes désordres qui s'y commettaient ; des dispositions rigoureuses furent adoptées contre les rogneurs de ducats. Ces ordonnances de police sont, avec quelques incendies, les seuls faits à signaler dans le grand vesirat d'Hamsa-IIamid , qui dura six mois. Il fut révoqué et remplacé par Bahir-Mustafa-Pascha [20 octobre 1763], qui deux fois déjà avait été revêtu de la première dignité de l'empire. Hamsa-Hamid conserva sa Cortune et alla prendre le gouvernement de Candie ; plus tard il devint collecteur des impôts de Morée , fut remis en possession de l'administration de la Crète, puis investi du commandementaDschidde.etmourutsixans apresen serendanten pèlerinage à la Mecque.
Les premières mesures du nouveau grand vesir annoncèrent une rigueur salutaire contre les oppressions , les extorsions, les brigandages et les mutineries. Le kapudanpaseba Karabaghi-Suleiman-Pascha , trop vieux pour contenir le ramas de canaille jeté sur la flotte, fut mis à la retraite à Rhodes avec une pension convenable, et le commandement général de la marine passa au kaimakam Kutschuk -Mohammed- Pasclia.
Le kiaja de Karabaghi, qui s'était livré à des extorsions dans les Iles de l'Archipel, au lieu de poursuivre les pirates de cette mer, fut soumis à une enquête et mis à mort. Le kiajabeg du grand vesir , Katschif-Mohammed- Emin fut déposé , et Ridschaji-Mohammed appelé au ministère de l'intérieur. Ali-Beg , fils de l'ancien grand vesir Aus-Pascha, devint tschauschbaschi , et l'ex-defterdar Abdi fut nommé encore une fois reis-efendi.
Son homonyme, l'ancien gouverneur de Belgrad , dépouillé jadis de sa dignité de vesir à cause de sa rigueur excessive contre les Jaraaks de Belgrad , reçut de nouveau les trois queues de cheval , attendu que la sévérité était à Tordre du jour. En se rendant d'Alep à Constantinoplc, le grand vesir, ayant rencontré à Adana le beglerbeg Ssalih- Aga, kiaja du dernier tschetedschi, Abdullah- Pascha, lui témoigna son étonnementf de ne plus entendre citer soo nom, qui retentissait jadis si fréquemment quand il remportait tant de triomphes sur les Arabes ennemis des caravanes de pèlerins. Ssalih lépondit qu'il était comme une épée qui so rouille faute d'emploi. Alors le grand vesir lui conféra la troisième queue de cheval et le gouvernement de Dschidde. Le grand écuyer Ahmed, fils de l'ex-grand vesir Aus-Pascha, reçut aussi la dignité de vesir comme gouverneur de Selanik. Le destin amena aussi d'autres changements : à Rétimo, dans Me de Candie , mourut Ahmed-Pascha , l'un des vesirs les plus distingués de l'empire, célèbre sous les deux noms de Ssopa-Szalan et de Kiamil. Alors s'éteignit aussi l'octogénaire vesir Nischandschi -Kutschuk- Mustafa-Pascha , époux de la sultane Seineb, surnommé Sinek. Une fille du sultan, la princesse Mihrmah , mourut à l'Age de trois ans , et fut enterrée à côté de sa sœur Hebetullah , près delà mosquée Laleli, ou des Tulipes, maintenant achevée et consacrée. Ce temple avait coûté plus de deux millions de piastres. Le sultan trouva moyen de recouvrer quelques sommes en fiançant la fille unique qui lui restait, la princesse Schah-Sultane, au grand vesir , et la veuve de Raflhib-Pascha , la sultane Ssaliha, au kapudan-pascha Mohammed ; car le grand vesir seul envoya pour sa fiancée i0,000 ducats en argent, des étoffes pour une valeur de 120,000 piastres, et des objets d'ameublement évalués 80,000. Aux fêtes des fiançailles du grand vesir succédèrent celles de la circoncision de ses Gis. Le premier ministre sévit contre le gouverneur de Janina, le beglerbeg Suleiman-Pascha, qui fut frappé par le glaive du bourreau en punition de ses actes d'oppression. Tschaparsade - Ahmed - Pascha marcha eu Asie contre une troupe de Lewends qui infestaient les environs de Nikde ; cent soixante de ces