‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 323 sur 384 · LIVRE LX\I · texte numérisé non relu

LIVRE LX\I

des armes rosses sur les troupes ottomanes.

Après la nomination de Muhsinsade-Pascha comme grand vesir, les premières explications entre la Porte et le résident russe à Constantinople avaient été provoquées par le chao tatare Selim-Girai , qui, ayant élevé des plaintes au sujet des forteresses construites dans la Kabarta, fut invité par le grand vesir à venir conférer avec lui dans la capitale. Le prince fut traité avec la plus hante distinction, et, après avoir présenté ses hommages au sultan , il reçut de riches présents ; mais il n'en fut pas plus satisfait du système politique suivi par la Porte, qui semblait surtout préoccupée du soin d'éviter touteequi aurait pu amener d ne ruptnre avec la Russie. Au reste , l'administration de Mnhsinsade s'ouvrit sous de tristes auspices. Dix jours après l'arrivée du ministre à Constantinople , un premier incendie éclata à Topchane ; le surlendemain , un second se déclara dans le voisinage de la mosquée du prince Darhihangir. Pour donner un témoignage de sa résolution à rendre bonne et sévère justice, le nouveau grand vesir fit abattre la tète de l'un des principaux gouverneurs de l' Asie- Mineure , Tschaparsade-Ahmed-Pascha , contre lequel des plaintes nombreuses s'étaient élevées; en même temps, voulant témoigner ses sentiments de bienveillance et d'impartialité, il investit du gouvernement de Salonik l'ancien silihdarHamsa-Pascha, dégradé sous ilamsa-Hamid , et lui rendit les trois queues de cheval. Lereis-efendi Mohammed- Emir, vanté pour son éloquence et le charme de son entretien , fut élevé à la dignité de nischandschi, et reçut les revenus de la Morée à titre d'argent d'orge. L'ancien secrétaire maître aux revues des janitschares , Hamaïqjsade-Omer-Etendi , fut nommé chef des écrivah* do diwan. Ahmed , beglerbeg d'Alep , reçut la troisième queue de cheval et la faculté de siéger sous la coupole. D'un autre coté, le grec Stauraki, chargé d'affaires du prince de Valachie , convaincu d'intrigues et de divulgation des secrets de la Porte , fut jeté dans la prison du bostandschi, et quelques jours après accroché à la potence. Le gouverneur de Dschidde, Ssalih- Pascha, après avoir garanti les habitants de la Mecque et de Médine contre le* brigandages des Arabes, périt victime du climat de la

Mecque , funeste à tant de pèlerins. Le vesir Mekkisade-Husein-Pascha, après avoir soutenu des luttes incessantes contre les Arabes ben-Ssachar et Kaanadie, tomba dans un dernier combat livré aux environs de Ghaza , qu'il habitait. L'historien Hakim-Efendi,dont les récits commençaient à partir des troubles d'Arabie , fut nommé secrétaire , maître aux revues des armuriers ; le maître des cérémonies Aakif-Efendi fut promu au rang de nischandschi et remplacé dans ses précédentes fonctions par Wahdeti-Ebubekr- Efendi.

Le sultan , qui déjà était père du prince Sélim et de la princesse Schan-Sultane » vit le Ciel loi accorder encore une fille, Beigchan , et un second fils dans l'espace d'une année. A la naisssancedu prince aîné, la ville fut inondée de lumière , les chambres du sérail furent tendues de riches étofîes[ li janvier 1766] ; quand le second vint au monde [ 19 janvier 1767 ] , il y eut seulement des salves d'artillerie ; les hauts dignitaires présentèrent des hommages et reçurent des pelisses d'hermine.

Dans le courant du mois de jeûne, fut tenu en présence du sultan un congrès scientifique de légistes, auquel assistèrent cent vingtsix muderris et mollas; durant dix-neuf séances , on disserta principalement sur la seconde sure du koran, où se trouve le plus remarquable de tous les versets du livre sacré , considéré par les musulmans comme le meilleur talisman : c'est le verset du Trône céleste. Au commencement il est dit : Les infidèles endurcis sont comparables aux hommes qui ne voient rien , même quand l'espace est sillonné par les éclairs; qui se bouchent les oreilles avec les doigts, de peur que le retentissement de la foudre ne se fraie un passage; et qui , aveugles, sourds et muets , tomberont frappes par la colère de Dieu (1). Ce sont là les dernières lignes qui arrachèrent au grand poète arabe Lebid la confession de l'origine divine du Koran , de sorte qu'il enleva son poème , l'un des sept attachés aux murs de la Kaaba , et reconnut le Koran comme la parole de Dieu , Mohammed comme son envoyé. En effet, ces ver-

Ci) Les 17 et 18* versel*.

sets, comme cenx du Trône céleste, de 1%'nité de Dieu , du Déluge (1) , de la Sure du tremblement de terre (2) , et de la Dernière heure (3) , appartiennent aux inspirations les plus hautes, non - seulement du Koran, mais de tous les sentiments religieux.

A cette époque, le peuple fut saisi d'une profonde terreur, et crut sentir le châtiment céleste , quand Constantinople fut ébranlée par un effroyable tremblement de terre [ 22 avril 1766 ]. Comme c'était le troisième jour du sacrifice , et que la mosquée du Conquérant souffrit surtout de grands dommages , les esprits superstitieux se persuadèrent que les murs et les palais de la capitale étaient offerts en sacrifice à Dieu , à la place des brebis, et que l'empire ottoman, établi fermement en Europe seulement depuis la prise de Constantinople par Mohammed II, allait, comme le temple bâti par le conquérant, s'ébranler dans ses fondements et disparaître de la face de la terre. Les dégâts furent évalués à 22,000 bourses ou 11 millions de piastres. Le sultan résolut d'appliquer une somme égale à la réparation des murs et des édifices endommagés de la ville. Les fonds de la mosquée de Mohammed ne suffisaient pas pour les frais de sa reconstruction ; le surplus fut tiré du trésor impérial , et Haschim- Ali fut chargé de diriger les travaux. Sept autres inspecteurs des bâtiments surtcillèrent les ouvrages des marchés , des murailles de la ville , de la fabrique de poudre , du marché aux selliers, du sérail impérial, de la caserne des janitschares et de la fonderie. Outre la mosquée du Conquérant, plusieurs temples avaient grandement souffert ; dans presque tous les quartiers , des murs avaient été renversés ou remués, et l'opinion populaire tirait de ces désastres le présage de la ruine prochaine de l'armée ainsi que de la chute de l'empire.

Les sinistres prédictions semblèrent de suite s'accomplir : des soulèvements, des guerres éclatèrent à la fois en Chypre, en Géorgie , en Arabie et en Égyptc. Le com-

(1) Lib. xi, verset 44'.

(2) Vojciplus haut, 1. G9.

(3) Sure, chap. i.

mandant de Kerine ( Cerignes ) , Chalil , s'était levé contre Tschil-Osman, collecteur des impôts de l'île de Chypre, et le nouveau receveur Suleiman-Aga, chargé d'accommoder leurs débats , fut assiégé par Chalil dans Nicosia [ juin 1766]. Alors la Porte ordonna à Dschaafer-Beg, l'un des princes de la mer , qui avait sous ses ordres deux frégates et deux galiotes, de combiner ses efforts avec ceux du beglerbeg de Tekke, Kœr-Ahmed-Pascha , pour mettre fin à ces troubles. Les marins de Dschaafer firent à l'Ile plus de mal que les rebelles, et jetèrent l'épouvante parmi les Turcs , les Grecs et les Francs. Après que Kœr-Ahraed eut abordé à Chypre avec seize bâtiments charges de troupes , Chalil leva le siège de Nicosia , et se fortifia à Degirmenlik pour y attendre l'attaque du général delà Porte. Il succomba ; sa tête et celle de ses principaux complices attestèrent la véracité du bulletin du beglerbeg, qui en récompense fut revêtu de la dignité de vesir [août ]. Un incendie , éclaté vers ce temps dans le port de Constantinople , détermina la destitution du kapudanpascha Tusuni, qui eut pour successeur Mohammed-Pascha, alors gouverneur de Rumili. En janvier 1767, les flammes dévorèrent encore un grand nombre de maisons et portèrent le ravage jusqu'à la porte du sérail. Mais les plus tristes nouvelles venaient surtout de la Géorgie : Ha«an-Pascha, gouverneur de Tschildir, s'était mis en marche contre Guriel, avait massacré ou réduit en captivité les habitants de la forteresse de Bori , qui s'étaient mis en état de résistance. Il avait reçu la soumission du dadian d'Odisch . du seigneur de Mingrélie, qui s'était obligé à fournir du grain dans le camp. suite il conquit le château de Siop^cho, et installa comme seigneur T*fimuras le cousin de Salomon , qui lut-môme invoqua l'appui de la Russie 1 1765 ] (1). Après avoir passé l'hiver en Mingrélie, le serasker termina au printemps suivant l'expédition contre Sowir, dernier refuge de Salomon, qui se rendit après un siège de vingt-cinq jours, et la place fut remise au nouveau souverain

(1) Histoire de Géorgie, clans le voyage de Kl»protb, 1. i, p. 23 , et Wawif , p. 281.

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