‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 326 sur 384 · LIVRE JLXXl · texte numérisé non relu

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de la Kabarta ; quant à l'assistance que l'on accusait la Russie d'a?oir prêté à la Géorgie, que ce pays, en raison de sa situation et de ses nombreuses forteresses pouvait se défendre lui-même et n'avait aucun besoin de secours étrangers: que la Russie ne songeait qu'à la prospérité de ses propres provinces, bien loin de chercher des motifs de querelle avec la Sublime Porte. Obreskoff insista en même temps sur l'autorisation pour sa cour de nommer un nouveau consul en Krimée, et la Porte n'ayant voulu l'accorder que dans le cas où lui-même s'obligerait à la destruction des ouvrages d'Orel, il déclara n'avoir pas les pouvoirs nécessaires pour un tel engagement (1). Quant aux manœuvres de moines russespour détacher de la Porte sessujets Moldaves, Obreskoff répondit qu'il avait adressé un rapport là-dessus à sa cour. Mais les explications que le cabinet de Petersburg le chargea de transmettre au diwan durent envenimer les blessures déjà faites à l'orgueil ottoman ; car il y était dit que les fugitifs dont on parlait devaient être du nombre de ces malheureux qui, non-seulement en Moldavie , mais sur tous les points de l'empire , s'efforçaient de se soustraire aux exactions et aux violences des princes ou des gouverneurs. Les choses étaient dans cet état, quand Mustafa, déjà résolu à la guerre, laissa éclater son indignation en présence du médecin Ghobis. Les événements qui suivirent et l'échange de notes donnèrent encore de nouveaux éléments h l'orage qui grondait plus fortement chaque jour. Obreskoff prétendait n'avoir aucune information sur l'appui prêté aux Monténégrins parla Russie, ni sur les provocations à la désertion adressées aux sujets moldaves, ni sur la marche des troupes russes contre Varsovie , ajournait sa réponse jusqu'à l'arrivée d'avis ultérieurs de son gouvernement; et l'envoyé prussien , son écho fidèle , parlait dans le même sens. A chaque instant l'interprète de la Porte était dépêché auprès du résident russe et de l'envoyé prussien, qui semblaient se faire un jeu d'abuser l'ignorance et la simplicité du reis-efendi. Zegelin débitait toutes sortes de contes sur de prétendus

(1) Mémoires d'Obreskoff des mois de juin 1767 , juillet 1767 et mar*17W.

rassemblements de troupes en Hongrie, et la Porte adressait de vives interpellations à rinternonce autrichien. Le gouvernement ottoman sembla poussé à bout quand arrivèrent cinq nobles polonais, députés par les confédérés de Bar, pour exposer la situation de la république et informer la Porte de toutes les circonstances qu'Alexandrowiez avait passées sous silence. En même temps la confédération informait le grand vesir de la nomination d'iuternonces à Vienne, Paris, Berlin, Dresde, Madrid, et autres cours de l'Europe. Quand Biala et Sulatz furent occupés par les Russes, la Porte signifia au ministre prussien qu'en raison du voisinage, elle serait forcée d'aller au secours de la Pologne et d'appeler les Tatares aux armes [1D janvier 1768 J. Alors le ministre russe déclara que si la Porte ordonnait au chan tatare de marcher vers la Pologne, luituùuie ferait ses préparatifs de départ. Le» Russes et les Tatares en étant venus réellement aux maiusattalta, le mufti approuva la guerre par un fetwa motivé et que l'on tint encore secret, car il ne lavait rendu qu avec répugnance , sur les instances réitérées du kadiasker Osmau-Molla. Toutefois six semaines s'écoulèrent encore avant la publication de cette pièce.

Au milieu de toutes ces agitations, le grand vesir Muhsinsade fut tout- a-coup révoqué le jour même du rikiab, où les ministres viennent présenter leurs hommages au sultan et lui rendre grâce pour la solde des troupes comptée deux jours auparavant [ 7 août 1768 ]. On donnait pour motif à cette destitution l'iucapacité bien notoire de Muhsinsade dans des circonstances si importantes. Lui-même dit a 1 historiographe Waszif aux quartiers d'hiver de Schumna, que, dans un entretien secret avec le sultan, il avait insisté sur l'armement complet des ouvrages de défense sur la frontière avant la déclaration de guerre, afin que l'ennemi les trouvât en parfait état, mais que ce conseil avait déplu à Timpatieuce du sultan. Cette version s'accorderait en quelque sorte avec les rapports des ambassades d'après lesquels le sultan aurait été d'abord satisfait du grand vesir, qui opinait pour la guerre , mais l'aurait ensuite disgracié parce que, dans le dernier conseil auquel Muhsinsade prit part,

il s'était rangé à l'opinion des ulémas, et avait voulu détourner le sultan du voyage d'Andrinople [28 août 1768 ]. Quoi qu'il en soit, Muhsinsade fut simplement banni à Ténédos , où il se rendit tout tremblant pour sa vie, car il était escorté par le même chambellan qui avait jadis rapporté de Mytilène la tête de Bahir-Mustafa. Le sceau de l'empire fut donné au gouverneur d'Aidin, Hamsa-Pascha , ancien silihdar, parvenu à peine à sa quarantième année. Fils d'un riche feudataire de Karahiszar, dans le sandschak de Nikde , dès l'âge de quinze ans il était entré dans le sérail comme confiseur , avait grandi ensuite parmi les pages des chambres, et, au moment de* l'avènement du sultan Mustafa, avait été flancé, étant silihdar, à la princesse Uebetullah. Sorti du sérail pour aller lever les impôts de Morée avec la dignité de vesir, il avait occupé successivement dix gouvernements dans l'espace des dix dernières années. Quinze jours après sa nomination, il arriva à Constantinople \ 22 septembre 1708], se signala tout d'abord par des actes de munificence et déposa aussitôt le reis-efendi Osman , créature de son prédécesseur, qu'il remplaça par le rid- «chaji-efendi, qui avait déjà occupe ce poste six ans auparavant. Dans le chatti-schérif rendu à l'occasion delà promotion de Hamsa- Pascha, son prédécesseur était accusé d'avoir négligé les affaires les plus importantes, et d'avoir fait occuper tous les emplois par ses créatures. Dans un grand conseil fut agitée la question de la guerre contre la Russie [ 4. octobre 1768] ; et, attendu que la Russie, par l'invasion du territoire de la Pologne , avait porté atteinte à la liberté de ce pays, essayé d'y introduire un nouvel ordre de choses , attaqué , spolié les dissidents , poursuivi les fugitifs jusque sur le territoire ottoman, lancé des troupes môme sur Balta, patrimoine de la famille du chan ; qu'ainsi elle avait commis de nombreuses violations à la paix, la guerre fut déclarée légitime. Seulement, comme legrandvesir, qui venait à peine de saisir le gouvernail , n'avait pas encore vu le résident rosse, il fut résolu que l'on manderait ce dernier pour lui déclarer qu'il n'y avait plus qu'un seul moyen de maintenir la paix : c'était que la Russie s'engageât, sous la garantie de ses quatre

alliés, le Danemark, la Prusse, l'Angleterre et la Suède, à ne plus s'immiscer désormais dans l'élection du roi de Pologne, ni dans les débats entre les sectes qui divisaient ce pays, à retirer ses troupes de la Pologne et à s'abstenir de toute tentative contre les libertés polonaises. Obreskoff, qui, a près a voir reçu un courrier de sa cour vers la fin de septembre , avait demandé une conférence secrète , fut appelé au bout de huit jours à un conseil public, où il se rendit avec toute sa suite afin de saisir cette occasion d'offrir ses félicitations au nouveau grand vesir. Amené en présence de tout le ministère, il fut reçu d'une manière peu convenable.

Le grand vesir, au lieu de se lever, resta assis sur le sofa les jambes étendues avec une affectation de négligence tant soit peu insultante, l'interrompit brusquement au milieu de son discours en disant qu'il ne s'agirait pas de conférences, attendu qu'il y en avait eu assez avec le reis-efendi, et tira de son sein un écrit par lequel Obreskoff s'était obligé quatre ans auparavant à la retraite des troupes russes de Pologne, sous la réserve de sept mille hommes, en lui faisant observer qu'il y en avait maintenant trente mille (t). Obreskoff en avoua vingt-cioq mille. « Traître , parjure , s'écria le grand vesir, ne confesses-tu pas toi-même ta perfidie , ne rougis-tu pas devant Dieu et devant les hommes des horreurs commises par vos troupes dans un pays qui ne vous appartient pas ; vos canons n'ont-ils pas renversé le palais du chan tatare?» Là-dessus on le somma de signer la résolution adoptée au conseil, et comme il s'y refusa faute de pouvoirs suffisants, la guerre fut déclarée. • La Russie , répondit le résident, ne la demande pas, mais elle poursuivra les hostilités avec énergie , puisqu'elles lui sont dénoncées. » Paroles que l'interprète traduisit ainsi :* U Russie est invariable dans son amitié; mai' si l'on veut la guerre il en sera tout autrement. » Vainement le résident répéta trois fois sa réponse , en réclamant une traduction fidèle; il ne put rien obtenir (2). H fut reconduit dans la salle des étrangers,

(1) Précis de l'andiencc donnée* par le grand \tsir à M. Obrescoff, le 8 octobre, dans Wasxif. p. HS. (5) Voyez le rapport allemand , cité plus uaul.

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et le prand vesir fit un rapport au sultan de re qui s'était passé. L'interprète de la Porte se présenta encore pour déterminer ObreskolTà donner la signature demandée; ses efforts restèrent sans résultat. Il était trois heures après-midi avant que cette résolution fût rapportée au sérail. Le muhsirnga (prévôt ) d'état-major, releva la garde des janitschares auprès de l'ambassadeur; les domestiques d'Obreskoff furent retenus jusqu'à nouvel ordre, ses chevaux renvoyés à Pera. L'interprète de la Porte et le maître des cérémonies déclarèrent au résident que c'était Tordre du sultan qu'il fût conduit aux Sept-Tours avec le premier interprète. Obreskoff répondit qu'il subirait son sort, et que dès ce moment il résignait ses fonctions. Il demanda quelques gens de sa suite ; on lui accorda son secrétaire, deux interprètes et sept domestiques, avec lesquels il fut conduit aux Sept-Tours.

Huit jours après la déclaration de guerre, fut nommé un nouveau chan des Ta tares qui devait donner une vive impulsion aux opérations militaires. Makszud-Girai fut mis a la retraite, et son prédécesseur, Krim- Girai, si odieux aux Russes, fut installé de nouveau par le sabre et la ceinture , l'arc et le carquois, le kalpak et le panache de héron [ 18 octobre 1768]. Pour lui donner une marque toute particulière de distinction, quarante têtes de Monténégrins furent étalées sous ses yeux quand il entra au sérail. A cet envoi de tètes, M ohammed-Pascha , le gouverneur de Bosnie, avait joint une supplique collective dans laquelle les Monténégrins rendaient hommage au pouvoir suprême du grand padisrha , dont les troupes portaient dans leur pays le ravage et la mort ; ils faisaient le serment solennel au nom du tombeau du Prophète et du sang versé par le Christ de livrer à la Porte les agitateurs Etienne et "Waszili , dans le cas où ceux-ci auraient l'audace de se montrer encore chez eux , et réclamaient enfin le droit d'être comptés au nombre des Gdèles sujets de la Porte.

Six semaines après sa nomination, le grand vesir fut dépouillé de sa dignité et exilé à Gallipoli par l'influence du nouveau chan; il mourut dans cette ville trois ans après, ne laissant d'autre réputation que celle d'un homme généreux à l'excès. Sa

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