‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 327 sur 384 · LXXI · texte numérisé non relu

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destitution fut tellement précipitée que le ministre de Naples n'eut pas même le temps de lui adresser sur son élévation les félicitations d'usage. Le sultan , bien connu pour son économie, ne pouvait lui pardonner son goût pour la dépense , et le peu de capacité qu'il avait montré à l'époque des troubles d'Égypte avait aussi excité le mécontentement du nouveau chan des Tatares. Toutefois nulle mention de ces griefs ne fut faite dans le chatti-schérif qui annonça sa révocation ; elle fut attribuée à la faiblesse de sa santé, que le Grand Seigneur désirait ménager.

Mohammed-Emin, surnommé Jaghlikdschisade , c'est-à-dire le fils du marchand de mouchoirs, le remplaça dans la dignité de grand vesir. Vingt-quatre ans auparavant il avait fait avec son père un voyage dans l'Inde pour son commerce ; six ans après * son retour il avait obtenu une place de molasim, puis avait passé par les postes de secrétaire du cabinet du grand vesir , retsefendi , nischandschi , kaimakam et de gouverneur d'Aidin. Fiancé à la princesse Schah- Sultane , et nommé gouverneur d'Alep , il avait été rappelé de cette résidence pour être investi une seconde fois des fonctions de nischandschi etde kaimakam. Enfin son alliance avec le sultan l'avait porté au grand vesirat. A quelques jours de là mourut le mu f ti Welieddin, fondateur de la bibliothèque de la mosquée du sultan Bajesid , que son fils Mohammed-Emin a enrichie d'ouvrages précieux. La première dignité de la loi fut conférée à Osman-Molla , fils de l'ancien mufti Pirisade [ 25 octobre 1768 ], recommandé au sultan par l'énergie avec laquelle il s'était prononcé pour la guerre contre la Russie. A peine en possession de sa haute dignité, Osman nomma Abdullah juge du camp. Les instances du chan tatare déterminèrent la révocation du jeune Alexandre Ghika, prince de Valachie, qui avait laissé l'archimanridte d'Ardschisch recruter avec un lieutenant-colonel russe des partisans pour la Russie, et l'ancien prince de Moldavie, Grégoire Ghika , fut investi de l'autorité suprême en Valachie.

L'ancien interprète Karadscha, originairement médecin comme Maurocordato, Callimachi , Ipsylanti , fondateurs de familles principes , était mort à l'âge de quatrevingts ans, et son prédécesseur Suzzo, au-

teur d'une nouvelle race d'hospodars , avait été pendu sept ans auparavant à Constantinople(l). Le jour de la déclaration de guerre contre les Russes, Ibrahim-Efendi , fils du renégat hongrois directeur de l'imprimerie, qui depuis vingt-cinq ans exerçait l'emploi de secrétaire auprès de l'interprète de la Porte, fut destitué comme suspect d'intelligence avec Obreskoff. Ensuite furent opérées des mutations, selon la coutume à chaque changement de grand vesir. Ledefterdar Ssarira-Efendi, détesté pour son humeur grondeuse et sa grossièreté, dut céder sa place au tschausch-baschi Aatifsade-Omer- Kfendi. Jesri-Ahmed-Efendidevinttchauschbaschi. Le kapudan-pascha Mohammed, revenu de sa course dans l'Archipel, fut nommé kaimakam et receveur titulaire des impôts de Morée ; le grand amiralat fut conféré à Ibrahim, fils d'Osman- Pascha, et l'on poussa les préparatifs de guerre avec la plus grande ardeur. Deux cents fermans furent adressés dans toutes les parties de l'empire pour appeler les gouverneurs et les alaibegs des feudataires à* Andrinople au mois de mars. Outre les possesseurs des siamets et des timars l'on mit sur pied en Rumili les juruks et les ewladi-fatihan ( enfants des conquérants ) ; quatorze chambrées de janitschares, trente de dschebedschis, quatre detopdschis, deux de toparabadschis furent expédiées vers la frontière de Pologne; 6,000 bourses furent envoyées en Rumili ; cent cinquante canons de dix, cinquante pifcces de grosse artillerie de siège, cinquante mortiers furent transportés devant la fonderie pour être embarquées sur la mer Noire [4 et 5 décembre 1768]. Quatre mille sipahis asiatiques franchirent le Bosphore. En Moldavie déjà quarante mille hommes étaient rassemblés ; l'on embarqua sept mille sept cent soixante-douze bêtes de somme pour le service du transport des vivres. A l'arsenal maritime deux vaisseaux de guerre furent lancés à la mer et reçurent les noms de la Victoire et de la Conquête. On mit à la disposition du defterdar sept millions et demie de piastres, du chef des bouchers pour la fourniture de la viande un demi -million, du chan

(i) Eiigel, Hist. de la Valachie, I. ti, p. 46.

tatnre deux millions; le manifeste de U Porte fut communiqué aux interprètes des puissances européennes; enfin le grand vesir répondit aux nombreuses lettres de la confédération polonaise. Cette réponse te croisa avec trois autres lettres des chefs de la confédération. Potocki , palatin de Kiow, Kracsinski, Antoine Rulan et le maréchal Pulawski , reproduisaient leurs plaintes sur les attentats des Russes contre la liberté de la Pologne , se déclaraient tous prêts à obéir aux ordres de la Porte, et demandaient l'autorisation d'envoyer à Constantinople on ambassadeur. Le grand vesir répondit à k lettre de Potocki (1), mais n'accueillit pas la demande relative à l'ambassade , parte que, dît-il, l'armée turque étant en marche pour la frontière , on pourrait recevoir l'envoyé à Bender, Isakdsrhi ou Chocim, et qu'en attendant, s'il y avait nécessité, les confédérés pourraient faire des ouvertures an gouverneur de Chocim ou au chan talare. Potocki et Kracsinski avaient aussi écrit à ce prince (2) et même avaient expédié auprès de lui le Staroste Podorski (3) ; mais ensuite ils avaient de nouveau représenté à la Porte que le chan , qui n'avait aucune instrueliou en faveur de la confédération , et devait simplement entrer en campagne contre les Russes, pouvait bien être dirigé spécialement sur la Pologne pour secourir les confédérés (&-).

Le diwan appliquait maintenant tous ses soins à maintenir ses relations d'amitié avec l'Autriche et à détourner cette puissance d'une ligue avec la Russie. Le bruit sVlant répandu d'une quadruple alliance entre la Russie, la Prusse, l'Autriche et l'Angleterre, la Porte alarmée fit sonder l'internooce autrichien sur les intentions de sa cour; en même temps, elle lui offrit le double appât de toute l'assistance possible pour la conquête de la Silésie et l'occupation da trône

(!) La traduction en chiffres est dans le rapixirt de Brognard du 16 décembre 1768.

(î) La Icllre esl au rapport de Brojnard dn 16 décembre 1769.

(3) Ses Lcltrcs de créance au rapport de Brognwd du 16 janvier 1769.

(h) La représentation au rapport de Broptanl du 17 février 1769.

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