‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 329 sur 384 · LXXI · texte numérisé non relu

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résident danois M. de Gœssel , que la Porte ne voulut pas reconnaître tant qu'il n'eut pas reçu les lettres de créance comme ambassadeur. L'envoyé suédois Celsing s'abstint de donner suite au traité d'alliance entre la Suède et la Turquie, que la Porte invoquait, ou d'adopter les projets de médiation qui occupaient l'Autriche , la France , la Prusse et l'Angleterre, mais dont la Porte ne voulait pas entendre parler. Alors la France était représentée à Constantinople par le chevalier de Saint-Priest ; Tott, brigadier au service de Louis XV , fut envoyé en Krimée avec le titre d'agent français auprès du chan tatare, pour le seconder dans ses préparatifs militaires. A cette époque, la Porte était si peu respectée en Égypte qu'elle ne put faire obtenir à l'ambassadeur français aucune réparation de la conduite violente de Chalil , scheichol-beled , et de Mohammed- Tschausch , qui avaient contraint les négociants français du Kaire à payer 33,000 écus, parce que trois d'entre eux s'étaient amusés à tirer quelques coups de canon aux environs de la ville. Ce Chalil-Beg, que l'on a vu chassé du Kaire avec ses partisans et réfugié à Ghasa , était revenu au printemps suivant avec des forces imposantes , et avait frappé la ville de Damiette d'une contribution de 20,000 écus. Les troupes d'Ali- Beg, d'abord victorieuses à Manszurje, avaient succombé ensuite, et les têtes des chefs des vaincus avaient été envoyées à Constantinople.

L'ambassadeur d'Angleterre, lord Murray , avait reçu deux lettres de son maître : l'une pour le sultan , auquel le roi Georges offrait sa médiation ; l'autre pour le grand vesir , contenant des félicitations. Il sollicita la permission de les remettre en audience publique ; mais le sultan étant bien résolu à ne recevoir les ministres étrangers que lorsqu'il s'agissait de nouvelles lettres de créance, ou de notification d'avènement d'un souverain au trône, Murray se vit obligé de donner les lettres au grand vesir. Le ministre, comme le Grand-Seigneur, dans leur réponse reproduisirent les griefs de la Porte contre la Russie, et refusèrent , pour le moment du moins , toute médiation offerte par les puissances, déclarant que de telles offres ne devaient venir qu'après une première bataille. L'ambassadeur fit valoir surtout dans une

note le refus de l'Angleterre d'entrer dans une ligue avec la Russie contre la Porte , et exprima l'espérance que la médiation de son roi aurait plus de chances d'être acceptée ; après un refus nettement articulé sur ce point, il s'employa pour obtenir la mise en liberté d'Obreskofff. Le ministre de Prusse, qui , peu de temps avant la déclaration de guerre, avait , sur Tordre exprès de son roi, fait passer à la Porte une note tendant à prévenir les hostilités , en présenta sans plus de succès deux autres , pour offrir la médiation de Frédéric II et demander la délivrance d'Obreskoff. L'ambassadeur prisonnier représenta lui-même h la Porte combien il y avait d'injustice à le tenir renfermé avec dixhuit personnes de sa suite dans un cachot étroit, humide et sombre, après dix-huit années de bons et loyaux services ; il ajoutait que cette captivité avait altéré déjà sa santé. Ensuite il demanda la remise d'une lettre de change de 42,000 roubles , envoyée pour lut par sa cour, et remercia le gouvernement turc d'avoir fait droit a cette requête. Le drogman de la Porte, après avoir notifié aux interprètes prussien et anglais le rejet de leurs demandes , quant à la mise en liberté d'Obreskoff, transmit à la Porte la protestation de ces deux interprètes sur les intentions paciQques de la Russie, qui, dans son désir de prévenir la guerre, aurait recherché la médiation de la Prusse et de l'Angleterre, ajoutant que cette guerre venait surtout des excitations de l'ambassadeur français ; que la France entretenait des intrigues continuelles avec le chan de Kriméc, dont le chargé d'affaires , Hamid , avait rendu des visites à la femme du consul de France, et que des interprètes français avaient été appelés en Krimée.

Le 27 janvier 1769, les queues de cheval avaient été arborées dans le sérail ; au milieu du mois de mars, défilèrent les corporations pour accompagner les troupes au camp, suivant la coutume. Six jours après, l'on promena l'étendard du Prophète pour enflammer le fanatisme des mosliros. La veille, après midi , l'internonce Brognard se rendit avec une suite nombreuse , sa femme et celle de l'interprète Testa, ses quatre filles et deux femmes de chambre, dans une maison située dans le quartier du couvent, devant la porte

des Canons , pour voir passer le cortège. A peine y étaient-ils arrivés que l'imam du quartier se présenta pour les expulser, attendu que les habitants ne voulaient pas souffrir d'infidèles au milieu d'eux; à la porte, la populace ameutée les accabla d'insultes et de menaces ; une troupe de soldats effrénés les poursuivit le sabre au-dessus de la tôle , le pistolet sur la gorge , à travers le cimetière jusqu'à la porte de la ville, que l'internonce atteignit enfin avec la moitié de sa suite, tandis que l'autre partie s'était échappée plus loin vers Pera. Brognard resta toute la nuit dans la maison d'un Arménien contre la porte , où ses inquiétudes se calmèrent enfin , grâce à l'arrivée d'un commissaire de police que lui envoya le lieutenant-général des janitschares : mais, auliea de retourner la nuit à Pera ou de se tenir le lendemain paisible et cachée sous la protection des gardes de la porte, celte société curieuse, avide de spectacles , se rendit dans une boutique de barbier voisine et grillée, devant laquelle se rangèrent les deux janitschares de l'ambassadeur et quelques Jamais chargés de veiller à sa sûreté. On sut que les chrétiens étaient là : un ramas de femmes et de mauvais garnements se mit à pousser des cris, à proférer des injures contre la présence des infidèles, et déjà défilait le cortège , quand parurent les religionnaires ardents , les émirs fanatiques et la canaille , les portefaix , les garçons d'écurie , coiffes de turbans verts , comme signe de parenté avec le Prophète. Les clameurs devinrent plus violentes : a Tuez les giaurs , sinon vos visages noirciront au jour du jugement. - La haine contre les chrétiens éclata furieuse, et atteignit non-seulement la maison où se trouvait l'ambassadeur, mais encore toutes les maisons et les boutiques de la rue , occupées par les adorateurs de Jésus : les boutiques furent pillées, plus de cent personnes tuées', plus de cent autres blessées. La populace assaillit la retraite de Brognard, force les fenêtres , brise les grilles, et telle est la fureur de ces misérables que ceux qui ne sont pas armés mordent les barreaux de fer avec les dents. Les portes une fois renversées , la populace se répand partout , chasse hommes et femmes à coups de poing et u'c bâton ; dans la rue, les femmes sontdépouil-

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