‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 33 sur 384 · LIVRE LUI · texte numérisé non relu

LIVRE LUI

banda devant lui. « Qu'on lui donoe vite un costume d'homme , dit le kislaraga ; il est digne de paraître devant le padischah.»

Revêtu d'un doliman, Deli-Husein fut mené en présence du sultan , qui sut apprécier la vigueur et l'adresse du coupeur de bois , d'autant plus qu'elles faisaient tourner le déû de l'ambassadeur persan à la confusion de ce diplomate. Le coupeur de bois fut nommé grand écuyer, et après la conquête d'Eriwan reçut le gouvernement de l'Egypte. Sa renommée de vigueur et la beauté imposante de sa personne lui gagnèrent surtout les affections des femmes, qui, lorsqu'il traversait à cheval les rues de Constanlinople , accouraient en foule pour contempler le bel Husein , le héros, le valeureux champion de la foi en Crète. Il était digne de cet empressement par sa force militaire , ses manières et sa grâce toutes chevaleresques. S il rencontrait une troupe de femmes , il leur criait : a Salut à vous, fleurs du paradis cueillies pour orner le front des rois ! salut à vous, anges de la terre! vous nous donnez de précieux sujets qui deviennent des légistes et des champions de la foi ! Que Dieu répande sur vous ses bénédictions. Ne nous oubliez pas dans vos prières. » Aussi toutes les classes lui criaient du fond du cœur : « Que Dieu te conserve long-temps au padischah ! Si le vesirat doit appartenir à un héros , il doit être aussi la propriété d'un homme illustre tel que toi. » Tous ces hommages accélérèrent sans doute la vengeance de Kœprili.

Quoique élevé à la première dignité de la loi par Kœprili , le mufti avait pourtant refusé avec fermeté le fetwa pour légitimer l'exécution de Deli-Husein. Pressé de sollicitations à ce sujet, il faisait toujours la même réponse : • Je ne vois aucun tort dans cet homme, qui peut encore rendre tant de fervices à la foi et à l'empire. » En outre, il * était permis de remettre au sultan une repré«ntation écrite contre le voyage de br<isa, récemment conseillé par le grand |e>ir, prétendant que les préparatifs contre les Vénitiens en Crète étaient beaucoup plus Pressants que les dispositions à prendre en Asie contre les rebelles. Le sultan transmit la ^présentation au grand vesir en disant : « Je te laisse libre de bannir ou de mettre à

mort le molla (le mufti), ton ancien protégé. » Kœprili se contenta de la déposition et du bannissement à Michalidsch. Mohammed , juge de Brusa , fut nommé mufti. Le gouvernement de Rumili, devenu vacant par la mort de Deli-Husein , fut conféré à Chiszim-Mohammed ; celui de Bosnie , à l'ancien grand vesir Melek-Ahmed-Pascha ; celui d'Ofen, à Sidi-Ahmed-Paacha. Le gouverneur de Crète, Kœr-Hasan, qui avait été soupçonné de complicité dans le mouvement insurrectionnel de Nakkasch-Hasan à Audrinople, et alors avait échappé à la sentence de mort, parce qu'il était en route pour sa destination , avait maintenant appelé sur lui cette terrible condamnation , par une lettre remise par le précédent mufti Bolewi au sultan , et par le souverain au grand vesir, dans laquelle il disait : a Tant que le grand vesir ne viendra pas lui-même en Crète, il ne faut pas penser à la conquête de l'île, Kœprili regarda cette opinion comme une insinuation indirecte pour faire adresser le sceau de l'empire au gouverneur, et il expédia l'ordre d'exécuter le donneur d'avis ; mais la mort naturelle de Kœr-Hasan prévint le supplice. Le commandement supérieur en Crète fut don né à Taukdschi-Mustafa-Pascha, qui se trouvait sur les lieux. L'ancien kapudan-pascha Topal-Pascha, dont la mort avait été ajournée , grâce à sa participation à la reprise de Lemnos , fut maintenant appelé par son successeur Ali à bord du vaisseau amiral , où les esclaves attachés aux bancs de rameurs l'étranglèrent, conformément à la sentence. Le kapudan-pascha Ali-Hasansade , qui se trouvait investi pour la seconde fois du commandement général de la marine turque, mourut de la peste. Son fils, Abdulkadir-Pascha , lui succéda, et reçut ordre d'aller avec la flotte châtier le sandschakbeg rebelle d'Attalia, Kœrbeg-Mustafa-Pascha , qui , d'accord avec le juge Wehhab, immolé dans le massacre d'Alep, avait déjà plusieurs fois dressé l'étendard de la révolte , et avait mis le château en état de défense contre les habitants. Le kapudan-pascha s'était rendu de Chiosà Rhodes ; mais , ayant intercepté des lettres de Morosini à Priuli sur les plans de la flotte vénitienne, il revint à Chios, d'où il fit voile pour Zéa et l'île Longue. Là les deux flot-

tes ennemies étaient en vue l'nne de l'autre, lorsqu'une effroyable tempête les sépara et détruisit plusieurs bâtiments turcs. Au point du jour, le 26 août 1661 , l'escadre vénitienne trouva les vaisseaux ottomans dispersés devant Milo , et les attaqua. Dix galères se sauvèrent démâtées dans le port de Milo; six s'étaient échouées, deux furent capturées par la capitana et les galères vénitiennes. Les Turcs perdirent plus de quatre mille hommes tués ou faits prisonniers. Un galion vénitien , avec cent dix esclaves moslims. tomba entre les mains des Ottomans. Le kapudan-pascha poursuivit sa route vers Attalia , où il déchargea de l'artillerie pour assiéger la ville. Des députés vinrent le prier d'épargner un siège à la ville, qui était disposée à lui livrer le pascha. En effet, Kœrbeg se laissa persuader qu'il pourrait expier ses torts nu moyen de quelques milliers de ducats. Il se mit donc dans une chaloupe avec ses frères, son kiaja et Bulukbaschi, pour se rendre à bord du vaisseau amiral ; à peine se trouvèrent-ils sur le pont qu'ils furent étranglés ; on les décapita , et les corps furent jetés à la mer. Les tètes , envoyées à Constantinople avec 100 bourses d'or arrachées aux habitants d'Attalia, adoucirent l'irritation de Kœprili sur la perle de la bataille navale ; il écrivit même au kapudan-pascha une lettre de condoléance sur le malheur que Dieu avait laissé tomber sur ses entreprises, promit de détourner de lui la disgrâce, et lui ordonna de ramener la flotte à Constantinople. En effet, il sauva sa tête ; mais sa place fut donnée à Mustafa-Pascha, gendre de Kœprili.

Dans le temps qu'A basa agitait l'Asie, le feu de la révolte menaçait d'embraser la Haute- Égyple. Mohammed, beg de Dschirdsche, supérieur à tous les autres chefs par ses troupes et ses richesses , avait conçu le projet, au moment où le gouverneur d'Egypte, Schehsuwar-Moharomed-Pascha , lui remettrait le kaftan en signe d'investiture , de le renverser violemment pour se venger de n'avoir pu obtenir la dignité d'émirolhadsch , ou chef des caravanes de pèlerins. Dans ce but, il avait semé de l'or parmi les janitschares, les Arabes et autres soldats des sept milices établies au Kaire. Le gou-

verneur arma les janitschares, envoya au beg le kaftan , et, sans le voir, lui fit enjoindre de se rendre à Dschirdsche. Sur le rapport adressé à ce sujet à Constantinople , un chatti-schérif que reçut le gouverneur des ■ titoa Mohammed et conféra le beglik de Dschirdsche à Ahmed-Beg. Les chefs des mameluks, les agas des sept odschaks, les kaschifs et les anciens firent acte de soumission à cet ordre. Quant à Mohammed-Beg, il refusa d'obéir à la décision qui lui retirait le gouvernement de Dschirdsche, pour lui donner celui d'Abyssinie , et résolut d'opposer la force à la force ; il fondit des canons et lit môme peut-être frapper de la monnaie en son nom. Le gouverneur fit des levées pour augmenter la force des sept corps réguliers du Kaire, et l'émirolhadsch, Katias-Beg, entra en campagne avec la sainte bannière. Le beg de Dschirdsche s'était avancé devant Manfalut, et le scheich des Arabes de la tribu dTlawwaré avait cependant reudu à la Porte l'immense service de vider les magasins de Dschirdsche. Près du village de Milo, non loin de Manfalut, on en vint aux mains. Le beg de Dschirdsche fut battu et s'enfuit vers l'oasis où il avait envoyé à l'avance cinq cents dromadaires et trois cents juments chargés de ses trésors. Kaitas-Beg le poursuivit et l'atteignit avant l'Oasis près des anciennes ruines égyptiennes de Kaszr. Le combat dura depuis le matin jusqu'à midi. Le beg de Dschirdsche , faisant agenouiller ses dromadaires se retrancha derrière leurs corps ; néanmoins il fut pris avec les principaux provocateurs de la révolte, conduit au Kaire chargé de chaînes et décapité. Les tôles des Égyptiens arrivèrent à Constantinople au moment où celles des rebelles d'Asie étaient jetées aussi devant la porte du palais impérial. Pendant une année on voyait ainsi chaque jour vingt à trente de ces horribles trophées ex posé* à l'entrée du sérail, et les historiens élèvent à plusieurs milliers le nombre des rebelles frappés par la hache du bourreau. Le gouvernement de Dschirdsche fut maintenant conféré à un page de la chambre intérieure, Turna-Mustafa , qui fut remplacé lui-même par le poète Abdi, tiré de la chambre des seferlis. Précédemment Abdi avait obtenu de passer de la grande-chambre dans celle des cavaliers, en

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