LIVRE
présentant an cantique de fête composé par lui; ensuite il avait célébré la défaite des agas rebelles par on chronogramme , et cette fois il immortalisa son entrée dans la chambre intérieure par un hymne qui a été inséré dans son histoire. Né dans la délicieuse vallée des Eaux-Célestes, sur la côte asiatique du Bosphore, les beaux lieux où il était uourri l'appelaient à la poésie ; mais plus tard sa vocation d'historien se prononça hautement ( 1 ).
Le sultan partit pour Brusa afin de surveiller de plus près la destruction du reste des rebelles dont les exécutions se poursuivaient toujours. Quand la tente du souverain était plantée devant Skutari, on jeta devant son pavillon les tètes du sécréta ire d'Abasa, qui s'était tenu caché jusqu'alors, et du kiaja de l'emirol-hadsch qui avait détourné quelque chose du préseut annuel envoyé à la Mecque. L'ancien gouverneur d'Anatoli, Dschan-Mirsa, avait été épargné, grâce à sa trahison envers A basa, qu'il avait aidé à pousser vers Alep ; maintenant une sentence de mort fut rendue contre lui ; et avec sa tète arrivèrent aussi celles du kia~ jajiri ( intendant des janitscharcs) de Diarbekr et de Parmaksb-Ali , qui au temps du grand vesirat d'Ipschir avait été silihdar. On vit aussi rouler dans la poussière, à la porte de la tente impériale , les tètes de l'ex-second écuyer Hasan , conseiller du beg rebelle de Dschirdsche , envoyé d'Égypte , et du neveu de Sochte Mahmud-Pascha , qui pendant quelque temps avait essayé d'agiter la Syrie et Tripoli. L'ancien juge de Brusa, Schami-Nuuman , dont les violences avaient été jusque-là tolérées, à cause des mesures actives prises par lui jadis quand les rebelles s'approchaient de Brusa, fut maintenant exécuté en vertu d'un fetwa rendu contre «es concussions ; l'ancien bostandschi-baschi, PVraama, subit le même sort parce qu'il n'avait pas autrefois mené les bostandschis avec assez de résolution contre les rebelles au temps des événements du Platane. A Brusa, où avait été apportée la plus sainte relique du trésor impérial , la borda ( manteau du Prophète), pour être exposée sur un trône
(ij Ssafaji, 267* biographe.
lui. 6i
aux hommages et au respect du sérail , fut mandé l'ex-kaimakam de Constantinople , Israaïl-Pascha , et il reçut la mission d'aller, comme grand inquisiteur (1) de la capitale, à travers toute l'Asie , jusqu'en Arabie, pour écraser les restes de la rébellion, avec les ordres les plus exprès de rechercher tous janitschnres, sipahis, tschauschs, mutiferrikas, sa i m es, muderris, juges, seids, mollas, begs et beglerbegs, qui auraient pris part à des projets de révolte, sans la moindre considération pour leur position et leur rang, et de les frapper de mort conformément aux dispositions du fetwa rendu à cet effet, en livrant les armes à l'autorité civile et militaire. Il devait toutefois s'abstenir d'exercer son autorité sur les domaines de la couronne à Klis et Asis , dans le voisinage d'Alep, dont les revenus avaient été attribués à la Validé. Avec cinq cents cavaliers formés en deux escadrons qu'il détachait à droite et à gauche, tandis que lui-même suivait la route du milieu, il purgea l'Asie-Mtneuredetousles rebelles. Partout il tenaildiuan et faisait aussitôt étrangler les prévenus de participation à la révolte. Il rectifia les listes des sipnhis et des seids, parmi lesquels s'étaient glissés beaucoup d'intrus, et celles des rajas, dont un grand nombre s'étaient dérobés, attendu que, au moyeu de lettres de protection irrégulièrement accordées, beaucoup de paysans et d'artisans s'étaient soustraits aux impôts (2). Deux cents émirs, qui à IJéraclée portaient le turban vert, furent réduits à vingt (3). A Konia, huit denvischs mewlewis furent arrêtés comme suspects. « Des mcwlewis qui voyagent, dit ce grand inquisiteur, savent lire le rr.<snewi,ou jouer de la flûte, ou danser la valse sacrée ; faites donc preuve de vos talents. » L'un des prévenus lut le mesnewi : un second joua de la flûte , deux autres valsèrent ; ils furent relâchés. Les quatre derniers, qui ne purent faire rien de tout cela , furent considérés comme rebelles et aussitôt mis a mort.
Au milieu de tant de supplices qui enle-
(1) Naima, I. h, p. G97.
(2) lbicl.
(S) Ibid.
MPIKE OTTOMAN.
vaient à l'empire tant de têtes fortes et de bras vigoureux , on doit signaler comme un étrange phénomène la mort naturelle du vieux Gurdschi-Mohammed , l'ancien grand vesir, qui s'éteignit à cent ans. Après avoir noyé la révolte en Asie dans des flots de sang, Kœprili poursuivit avec une ardeur inflexible le rétablissement de l'ordre. A Damas, les janitschares qui avaient été envoyés comme nobetdschis (gardes temporaires) pour trois ans en garnison dans cette ville , afin de recevoir ensuite le nom de jerli-kuli (soldats locaux), avaient refusé d'obéir à l'autorité ; les miliciens envoyés de Constantinople prirent leur place, et immolèrent les soldats indociles (1). AU, instrument de Kœprili dans cet effroyable châtiment, fut en récompense nommé pascha de Saida , où il fit ensuite de vaines tentatives pour attirer les émirs des Druses dans des pièges. Mus de succès était réservé à son successeur Mohammed-Pascha, qui, à l'aide d'une trahison menée par l'Albanais Hasan , parvint à tenir dans ses mains la tôte du puissant émir de la famille Maan ( de la bannière rouge), puis se servit comme alliés des émirs de la bannière blanche , ennemis jarés de la maison Maan (2).
Un ordre fut rendu pour que tous les possesseurs de fiefs de cavalerie (timars et siamets) en Asie, comme en Europe, renouvelassent leurs diplômes», ce qui n'était d'usage qu'aux changements de souverains (3) ; mais on abandonna la moitié de la taxe à payer en cette circonstance. Maintenant Kœprili tourna toute son attention sur la fortification de l'Hellespont au moyen de nouveaux châteaux. Déjà, sous le grand vesirat de Murad-Pascha , la Validé , ainsi qu'on l'a rappelé , avait désiré l'exécution de ce plan ; mais on ne put se procurer les VO.000 piastres nécessaires pour les frais de ces constructions ; d'ailleurs on en fut détourné par les représentations des habitants des villages environnants, qui redoutaient le voisinage des garnisons ; et l'on
(i) Naima, 1. n. p. 686 ; Subdct . fui. 129. ' (2) Voyages d'Arvieux ; Leipzig, 1753, 1" partie, p. 366-396.
(J) Subdcl , fo!. 130.
donna pour motif à cet abandon que les deux pointes de terre du canal étaient trop éloignées pour la portée des canons et que l'on manquerait d'eau. Devant la ferme volonté de Kœprili ces difficultés s'évanouirent ; la flotte reçut ordre d'hiverner cette année aux Dardanelles, et des ouvriers furent employés aux constructions que dirigea l'architecte Mustafa-Aga , sous l'inspection de Frenk-Ahmed-Pascha , commandant des Dardanelles (1). Les deux châteaux furent élevés sur un quadrilatère régulier de trois cents aunes carrées, et reçurent le nom pompeux de Kilidol-Bahr ( clé de la mer) et de Scddol-Bahr (digue de la mer), tandis que l'ancien ouvrage ordonné par Mohammed Il est appelé plus modestement château de la Clef, et le nouveau , établi sur la côte asiatique, château de Sable. Les villages environnants devant fournir de la chaux et d'autres matériaux pour les constructions maintenant entreprises , le commandant des Dardanelles Frenk-Ahmed-Pascha et l'architecte amassèrent des sommes considérables ; le second surtout se rendit odieux par les procédés inhumains qu'il employa pour satisfaire sa cupidité. Un jour il fit périr un Turc sous le bâton , et, Frenk-Ahmed lui demandant pourquoi il avait mis à mort un innocent , il se contenta de répondre : « Cela est nécessaire. » Le sultan, en se rendant de Brusa À Constantinople, alla visiter les travaux (septembre 1659). Quand les constructions furent achevées, on plaça des pierriers, des canons et des fauconneaux sur les remparts. Pour la garnison du château asiatique, les fiefs de cavalerie supprimés des sandschaks de Boli, Kastemuni, Chudawendkïar, Righa, Karasi, furent transformés en flefs de solde (gediktimar), à raison de 3,000 aspres chacun. Pour l'entretien de la garnison du château de Rumili , l'on appliqua Ip même système aux fiefs de faucon flogharvischitimar) de Silistra, Nicopolis, Tsckermen, Kirkkilise et Wise (2). Cette pnnée , Maansade-Husein-Aga, fils de Fackeddio ,
(I Naima, I. n , p. 098 rl G99 ; Subdct, fol. 136; AVtdschihi, fol. 99.
(2) Subdcl , fol. 136; Abdi. fol. 13«î ; Wedschihi, fol. 99; Nairaa, I. h, p. 704; Craliaui , p. $4.