‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 333 sur 384 · LXXII · texte numérisé non relu

LXXII

le -Grand, avaient déserté la domination russe sous la conduite du chef Ignace , et avaient pris dès-lors le nom d'Ignad ou Inad ( mutins ). Ces gens déterminèrent, à l'époque où nous sommes arrivés, les Cosaques Zaporogues à repousser l'autorité du commandant de la forteresse d'Elisabeth (1). Dans cette campagne, lesTatares déployèrent leur prodigieux talent pour réunir le butin enlevé : chaque homme eut pour sa part cinqà six esclaves, vingt-quatre enfants, soixante à quatre-vingt brebis. Les enfants, enfermés dans un sac attaché à l'arçon de la selle , passaient seulement la tête en dehors pour respirer; les jeunes tilles étaient jetées devant les cavaliers, les mères en croupe, les pères et les fils placés sur des chevaux de main , bœufs et moutons étaient chassés devant; tout cela surveillé par des gardiens dont les yeux ne se fermaient pas. D'ailleurs la discipline se maintenait rigoureusement: des Noghais ayant outragé une image de la croix devant la porte d'une église, reçurent cent coups de bâton ; d'autres , qui avaient pillé un village polonais sans permission, furent attachés à la queue de leurs chevaux ettraînésainsi jusqu'à ce que mort s'en suivît. Un mois après son retour en Krimée , le chan mourut empoisonné par le médecin grec Siropulo , agent du prince valaque, en dépit de tous les avertissements de Toit ponr qu'il se mit sur ses gardes. Quand il se sentit près de mourir, il ordonna à sa troupe de musiciens de jouer et rendit lame au milieu des accords d'une musique funèbre. La nouvelle de sa mort atteignit le grand vesir à Siliwrî , et, sur la demande des schirinbe^s et des mirsas , Dewlet Girai , ûls de Selamet Girai , prince dépourvu de talents et d'énergie, fut nommé souverain de Krimée.

Durant l'hiver, l'impératrice Catherine s'était préparée à commencer vigoureusement les hostilités au printemps. Une armée de soixante-cinq mille hommes, dont neuf mille Cosaques, sous les ordres du prince Alexandre M ichailowitsch Gallizin, se rassembla en Podolie ; une seconde , dans laquelle on comptait trente mille soldats réguliers , dix mille Cosaques, vingt mille

(1) Totl.l. », p. U4.

Kalmuks, commandée par le général comte Pierre Alcxandrowitsch RomanzolT, fut destinée à défendre les frontières de Russie entre le Dnieper et la mer d'Assow , et à protéger la reconstruction des forteresses d'Assow et de Taganrog, rasées en vertu des traités du Pruth et de Belgrad ; un troisième corps de dix à onze mille hommes, sous la direction du général Weimarn, devait tenir les confédérés en échec. Du côté de la Kabartai et du Kuban s'avança le généralmajor Modem; le général Totleben marcha sur Tiflis , afin de diriger une attaque contre Erserum et Trébîsonde, de concert avec le prince géorgien de Karthli , Mingrelic, Guriel et Imirette, qui avait reconnu la suzeraineté de la Russie. De l'argent, de l'artillerie, des munitions de guerre et des officiers furent fournis aux Monténégrins pour ranimer leur ardeur belliqueuse (1) : ainsi l'empire ottoman était menacé par les forces supérieures de la Russie au nord , à l'est et à l'ouest. Tandis que le grand vesir s'avançait de Constanlinople sur le Danube , le prince Gallizin passa le Dniester près de Kalus pour attaquer Chocim [ 26 avril 1769 ] , que le commandant Tschetedschi-Jegcn- TTasan , aurait sans doute livré, si un antre Hasan d'Achiska, alors possesseur du snndschak de Salonik, n'était accouru au secours de la place avec vingt mille hommes. Le jour de la pàque grecque, après-midi , l'assaut fut livré sous la conduite du général Olitz f 19-30 avril ] ; mais il échoua , parce que l'on avait affaire , non plus à Tsehetcdschi- Hasan, mais à Kahremnn-Pascha. Le commandant avait été immolé par les Jamaks de la garnison, qui avaient mis à leur téte Kahreman ; celui-ci par sa vaillance se montra digne de leur choix (2). La Porte avait donné pour successeur à Tschetedschi Jegen le vesir Hasan, pascha d'Achiska; mais Kahreman, soutenu par la garnison, ayant sollicité la dignité de vesir, elle lui

(1) Histoire de Butorlin, dans le journal de Pélersbourg , xvi ,6,7.

(2) Voyez Buturlin, el l'Histoire de la guerre entre la Russie et la Turquie, el particulièrement de la campagne de 1769, atec neuf carte*. VHcr%- Ixwrg, 1778.

fut accordée avec le commandement de Chocim , en attendant le moment propre au châtiment. Trois jours après, Gallizin leva le siège de Chocim , et se retira sur Kalus par le Dniester, après que le prince Prosorowski eut rejeté par delà le Pruth le pascha de Tekke , Abasa , accouru avec quelques milliers de cavaliers d'Anatoli , et lui eut enlevé des prisonniers , des drapeaux et des bagages. Un colonel de Cosaques et un Attaman arrachèrent au pascha la masse d'argent , symbole du commandement. L'échec des Russes devant Chocim et leur retraite en-deçà du Dniester retentirent bruyamment à Constanlinople ; aux yeux des ottomans ce furent là de glorieux triomphes, elle sultan crut pouvoir adopter le titre de Ghasi ou champion de la foi [ 5 mai 1709 ] , qui désormais dans la prière publique fut ajouté à son nom. Tandis que le grand vesir campait à Andrinople, le secrétaire du cabinet du chan défunt des Ta tares, Besim Orner, qui dans ses dépêches avait souvent employé de grossières expressions , fut banni à Rihacz en Bosnie, et trois médecins, qui erraient dans le camp sans avoir d'occupation et sur lesquels on trouva du poison, furent exécutés comme empoisonneurs pour le compte de la Russie. A la revue des troupes régulières il se trouva dix mille janitschare*. treize mille armuriers , autant d'artilleurs et huitcentsconducteursd'équipagesmilitaires.

Là mourut le maître aux revues des Janitschares, ancien historiographe de l'empire, Mohammed-Ssubhi , fils de Chalil Fehmi, sous-secrétaire d'état du chancelier au temps du grand vesir Ibrahim, sous Ahmed III, qui , étant historiographe , réunit en un seul ouvrage imprimé à Constantinople les événements recueillis et signalés par ses devanciers Sami etSchakir, de môme que Waszif a classé en un volume les récits des historiographes Hakim , Tschechmisade et Murtesa. La première partie de l'œuvre de Waszif, imprimée en deux tomes à Constantinople et au Kaire , contient l'histoire de la guerre actuelle jusqu'à la paix de Kainardsché , qu'avait déjà tracée avant lui l'historiographe Enweri (1). Au commencement

(t; Wa->zir, I. I. p. 867 , el I. n . p. 3.

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