LIVRE
de mai, le camp du grand vesir était parvenu à lsakdschi, où l'on s'arrêta plus de vingt jours pour compléter les approvisionnements. Enfin le grand vesir, fort inexpérimenté dans la guerre, appela les généraux de l'armée à un conseil , qu'il ouvrit par les paroles suivantes : « De quel coté pensezvous que nous devions nous diriger? je ne connais rien à la conduite de la guerre. Parlez sans détour , exposez votre avis sur la marche la plus utile pour les armes de la Sublime Porte. » La surprise glaça toutes les langues, les assistants se regardèrent les uns les autres sans trouver une parole ; enfin le président de la grande chambre des comptes , Schehdi-Osman-Efendi, entama un long discours, dont le sens était en résumé que l'ennemi ayant échoué dans son attaque sur Chocim, se montrerait vraisemblablement du côté de Bender:a Assez, assez, interrompit le grand vesir ; d'autres doivent avoir aussi leur tour de parler. » Quelques-uns furent d'opinion qu'Oczakow et Bender étaient à l'abri par leurs fortifications et qu'il fallait marcher sur Chocim; d'autres, que si l'on franchissait le Danube , on agirait ensuite suivant les circonstances. Le dernier parti fut adopté par le grand vesir , pour qui déjà l'interprète de la Porte avait rédigé par écrit un mémoire sur la meilleure route à suivre pour aller à Chocim et en revenir (I). Le passage du fleuve s'opéra le 1" juin sur un pont de bateaux construit à Kartal, en face d'isakdschi , et , au bout de quatre jours, l'on campa a Chandepe, appelé par les habitants du pays Rjabaja-Mogila,sur le Pruth, au dessus de Jassy, à cinq lieues de cette ville et quinze de Chocim. Son nom turc , qui signifie colline du camp , lui est venu de le grande masse de terre que Mohammed IV fit amonceler au milieu de la campagne de Caminiec , en ordonnant d'y pratiquer sur ses flancs de vastes souterrains destinés à servir de magasins (2).
A Chandepe parut l'ambassadeur de la confédération, Potocki, qui s'était arrêté quelque temps auprès du chan tatare en
(1) Un mémoire de ce genre se trouve dans le Kanport de Brognard, du premier décembre 1768.
(2) Traduction de Kesini-Aunied ; l>ie«, p. 100.