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attendant l'arrivée du grand vesir ; il fut reçu en diwan solennel , et parla dans son discours de la liberté de la Pologne qu'il recommanda à la protection du grand ve^ir . Celui-ci lui fituoe réponse que l'historiographe Waszif lui-môme trouve fort étrange ; il reprocha à la confédération sa négligence et son orgueil : « Quant à moi , dit-il , je ne manquerai poiut à ma mission ; je ne cesserai jamais, ni à présent , ni plus tard, ni eu été, ni en hiver, de chercher l'ennemi partout où il pourra se trouver , et je le briserai de mon sabre victorieux. Je suis le gendre et le fils de sa majesté le souverain du monde , qui le maintient en ordre ; je suis son serdar, un autre lui-même, un second Alexandre dans mes expéditions et la certitude de mes triomphes. Mes mouvements sout aussi rapides que l'éclair ; si votre amitié est pure , bien assurée, faites savoir à la république qu'elle sépare comme des élus tous les Polonais qui ne suivent point l'ennemi ; et toi , prépare-toi avec les tiens à franchir le Dniester à la suite de Mohammed, pascha de Kumili , nommé serasker en Pologne. » Le grand vesir ue parla point avec plus de circonspection dans le conseil tenu relativement à la marche sur Bender. Le manque de vivres et les nuées d'insectes qui tourmentaient l'armée déterminèrent, suivant Uesmi- Ahmed, le mouvement des ottomans du côté de cette ville. Après avoir reçu quelques centaines de voitures d'orge , l'on se mit en route et l'on alla camper à Jaszidépé ; là on trouva aussi peu d'approvisionnements qu'à Chandepe , les tourbillons de moucherons et de taons n'étaient pas moins épais [ G juin 1709 J. Le grand vesir était malade ; les médecins attendaient sa mort d'un jour à l'autre , mais lui-même disait : a Mou nom est émm, c'est-à dire le nom de Gabriel , le messager des joyeuses nouvelles ; l'heureuse étoile du padischah ue peut l'abandonner, d Le projet de marcher sur la Pologne , et de la traiter désormais en pays ennemi fut maintenant approuvé par un quadruple felwa,qui légitima le ravage du territoire polonais et l'asservissement des habitants. | Celte résolution fut notifiée au comte Potocki et aux interprètes des puissances européennes qui se trouvaient dans le camp. Potocki , an nom «le la confédération , avait
promis des vivres pour soixante mille hommes; quand le conseil fut levé, il remit une nouvelle note dont la lecture, jugée inopportune, fut ajournée à un autre moment. Kaplan-Giraisade, fils du chnn de Krimée, fut revêtu d'une pelisse d'hermine, et le juge du camp, qui av^it lu les quadruples fetwas , fut nommé grand juge d'Anatoli. La Porte notifia à tous le? ministres résidant à Constantinople son manifeste contre la Pologne, te defterdar de Bcnder, Ahmed, fut révoqué et incarcéré pour n'avoir pas procuré à l'armée les approvisionnements suffisants. Le commandant de Bënder, Ssarisadc- Mohammed-Pascha , étant venu à mourir, eut pour successeur Elhadsch-Ali , fils de Kel-Ahmed-Pascha. Le grand vesir manda le chan pour se concerter avec hirsur le choix d'un serasker en Moldavie [ 19 juillet 1769]. Dix jours après, le chan , pourvu de 86,000 piastres, retourna à Kauschan.
Cependant arriva la nouvelle que les Russes avaient franchi le Dniester, et que, tournant celte fois la forêt de Bukowina, ils étaient parvenus par Czernewicz, jusque sous les murs de Chocim. A cette annonce , le secrétaire ducabinet du grand vesir fnt expédié à Kauschan pour déterminer le prince tatare à se porter lui-même au secours de la place attaquée ; le chan demanda les magasins de Chandepe et l'engagement de la part des Turcs de préserver Jassi de toute surprise ; puis il renvoya l'efendi et se mit en mouvement vers Chocim. Le grand vesir nomma Moldowandschi-Ali-Pascha commandant en chef des forces destinées à protéger Chocim, et lui donna 5,000 ducats ainsi que des décorations pour être distribuées aux troupes. II envoya également 10,000 piastres à Abasa, paseha de Meraasch, en lui enjoignant, comme à Moldowansdchi , de se conformer aux ordres supérieurs du chan. Abasa fut investi du commandement de Bender, et le (ils de Kel-Ahmed-Pascha nommé serasker dans la nouvelle Servie. Toutes ces dispositions étant prises, le chan commença un mouvement de retraite sur Chandepe ; dans un combat à Basckiwizi, la cavalerie turque S'efforça en vain d'enfoncer le carré formé par les escadrons russes[26 juillet 1769]. Le chan avec vingt-cinq hommes attaqua le prince Prosorowski; mais il n'eut pas plus
I de succès que la garnison de Chocim dans une sortie contre les assiégeants. Le prince tatare rallia Moldowands< hi , le serasker de Chocim , le beglerbeg de Meraasch et D>chanikli-Ali-Beg avec trente mille hommes. Le prince Gallizin, dans l'attente d une bataille générale, réunit dans son camp lortifié, les forces sous les ordres du prince Prosorowski et du général Kennenkampf ; le serasker se trouva ainsi en communication avec la place et alla planter son camp sur le lieu même abandonné par Prosorowski (t). Gallizin repassa pour la deuxième fois le Dniester. Quand le grand vesir fut parvenu à Chandepe , le commandant de Chocim .
Kahreman-Pascha vint lui présenter ses hommages, et, comptant sur l'effet produit par la retraite des Russes, il espérait bien avoir effacé l'impression de la manière dont H avait enlevé la dignité de vesir avec le commandement de la place; il s'attendait donc à un bon accueil. Son écuyer , voyant les officiers de la maison du grand vesir se saisir violemment de son maître derrière la tente , abattit d'un coup de pistolet le gardien de la nappe; mais il partagea le sort de Kahreman-Pascha qui fut percé aussitôt de mille coups. Quand le commissaire, chargé d« recueillir la succession du pascha mis à mort , voulut en opérer la confiscation , de tous côtés accoururent des malheureux qui avaient été spoliés et ruinés par Kahreman ,etle grand vesir ordonna la restitution de ce qui leur avait été enlevé.
Abasa-P.wha, jadis premier chambellan do grand vesir Ati-Hekkimsade, qui s'était ensuite signalé par son énergie à frapper les rebelles de Siwas, reçut maintenant la troisième queue de cheval. Le grand écuyer Mustafa-Beg, qui avait apporté des somms d'argent au camp, produisit ensuite un chatti-schérif en vertu duquel il était nommé kiaja-beg. Hasan, pascha d'Achiska, gouverneur de Chocim , au dernier siège de cette place avait été tué par un boulet : sa mort fut vengée par Ali-Pascha , qui tailla en pièces sur le pont un corps de cavalerielégère russe. Chocim avait été délivré , gra-
(i; Buturlin, dans le Journal de Pélroboorg, p. 1*
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ces aut efforts réunis du chan , du seraskcr Mohammed, de Moldowandschi , d'Abasa- Mohammed Pasrha cl de Dschanikli-Bcg ; ces chefs ou d'autres, avaient en môme temps fait connaître à Conslatitinople l'incapacité absolue du grand vesir, et sa jalousie contre Moldowandschi ; quant aux faibles résultats obtenus d'ailleurs, ils en avaient rejeté le tort sur la trahison de l'interprète de la Porte, vendu aux Russes, et du prince déposé de Moldavie, Callimachi dont les tôles furent abattues.
Maintenant arriva le second écuyer Ficsibeg, fils aussi de Kcl-Ahmed-Pascha , avec un chatti-schérif contenant la déposition du grand vesir et son bannissement à Deroitoka. 11 descendit dans la tente du Kiajabeg qui, accompagné de son secrétaire et du grand écuyer, annonça au grand vesir le coup dout il était frappé. Celui-ci fut emmené à Andrinople et décapité [ 12 août 1769]; sa tête, envoyée à Constaotinople , fut exposée devant le sérail avec cette inscription : « Ceci est la létc de l'cx-grand vesir Mohammed-Emin-Pascha qui, égaré par l'orgueil, n'a pas attaqué l'ennemi, a perdu un temps précieux en mouvements sans but , a refusé au chan tatare les renforts nécessaires devant Chocim, a prêté une foi trop entière à l'interprète de la Porte naguère rais à mort ; le châtiment a été appliqué en vertu d'un felwa (1 ). » Près de la tète du prince de Moldavie , placée contre le cadavre, entre les deux pieds, on lisait ces mots : « Voici la tête abattue du maudit Gligori-Callimachi , woiwodc de Moldavie , qui s'est approprié 100 bourses qui lui avaient été remises pour acheter des vivres, et qui a trahi l'empire (2). » Eniin , çrcs de la tôte de l'interprète, placée*, derrière le cadavre , on avait écrit : « Ceci est la vile charogne de Nieolas-Drakoraja, interprète, qui a été décapité en punition de sa trahison et de ses intelligences secrètes avec le woiwode de Moldavie (3). »
(1) Dans le Rapport de Thugut, du 18 septembre 1769.
(2) Paru l'Histoire tic Valachic d'Kngel ,1. n , p. 28 , cl daus le Rapport de Thugut , du 18 seplembre.
(3) Ibidem, du 17 septembre.
Ces trois exécutions excitèrent vivement l'attention publique et provoquèrent les propos du peuple. Ni dans les biographies des grands vesirs, ni dans l'histoire de l'empire , le grand vesir Emin-Mohammed n'apparaît avec un caractère aussi méprisable que dans la satire amère intitulée: Choix des considérations. Mais les relations officielles, comme les rapports des ambassades, attesteut son entière ignorance dans l'art de la guerre , et le détournement inqualifiable de l'énorme somme de 25 millions de piastres à lui confiée à l'ouverture des hostilités, et qu'au lieu d'appliquer à des achats d'approvisionnements, selon la destination bien arrêtée, il retint dans sa caisse ou elle se trouva avec 10 autres millions de sa propre fortune (l).Cet argent lui venait de son père Jusuf, avec lequel il avait fait cinq, fois le pèlerinage de la Mecque et le voyage de l'Inde. Après la mort de Salim, ambassadeur ottoman qu'il avait accompagné dans ce pays (2), Jusuf étant revenu à Constantinople, chargé de la réponse du grand Mongol , obtint facilement une place dans la chancellerie pour son fils qui avait une magnifique écriture , et dont la beauté remarquable mérita la main de la princesse Schahsultan. Emin-Mohammed se recommandait aussi par son talent à écrire eu prose et en vers , comme l'atteste son ouvrage intitulé : Le parterre des roses de l'imagination j qui le place au-dessus de tou,s les vesirs dont l'histoire n'a rien à raconter, sinon, suivant la remarque de son biographe, leur entrée au ministère et leur sortie, comme s'il s'agissait de pièces administratives à enregistrer. Investi de la confiance suprême du sultan, honoré de sa plus haute faveur, il tomba, victime de sa propre cupidité et de son inexpérience dans la guerre. On a vu par ses discours dans les conseils combien il avait lui-même la conscience de son incapacité militaire; dans les derniers temps il sollicitait vivement le sultan de le délivrer de la direction des affaires, jusqu'à ce qu'il subît le destin commun aux grands vesirs malheureux.
(1) Rapport de Thugut du 17 septembre 1 7<i9. (S) 11 mourut à Oicngabad. Wastif, I. n,p. 43.
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Cette môme année la princesse Mihrmar fut enlevée à l'âge de sept ans par la petite vérole; le juge du camp, Abdullah-Efendi , tout récemment nommé grand juge d'Anatoli, descendit aussi dans la tombe , laissant sur cette terre un grand renom de savant et d'habile écrivain en vers et en prose. Il est auteur de gloses marginales sur le commentaire du Koran de Beidhawi, et de diverses poésies publiées sous le nom d'Abdi. A Bender, mourut le gouverneur Ke)-Ahmedsade-Elhadseh-Ali. Élevé dans le sérail , puis, devenu successivement écuyer et grand écuyer sous le règne d'Osman III, il avait obtenu du sultan Mustafa la main de sa nièce chérie Nuri-Chanum. Tombé dans la disgrâce à l'époque où il gouvernait la Rumili, envoyé eneiil à Stanchio, il s'était vu rappelé et mis A la tète de la province d'Itschil,puis du gouvernement de Dscbidde.
Des débats avec le schérif de la Mecque l'avaient déterminé à se retirer en Égyple sans avoir reçu préalablement l'autorisation du sultan. Envoyé à Adana, à Aidin, en Anatoli, il avait su dans cette dernière province dompter les lewends qui avaient déserté leurs drapeaux. Relégué à Diarbekr par le grand vesir Bahir-Mustafa, il alla administrer Alep et revint encore a Itschil. Gouverneur de Siwas à l'ouverture de la campagne contre les Russes, il avait été nommé serasker dans la Nouvelle-Servie , ensuite commandant à Bender. C était un homme d'une beauté remarquable, d'un esprit vif et brillant, plein de savoir, passionné pour la justice, généreux et magnifique. L'historiographe Waszif, qui se trouva pendant trois ans dans sa suite , lut avec lui pendant ce temps les poésies persannes d'Urfi et les stances arabes d'ilariri.
Le successeur d'Emin-Mohammed dans le grand vesirat fut Ali, surnommé Moldowandschi, non point comme l'ont cru les historiens européens parce qu'il était né en Moldavie et qu il s'y était signalé par ses exploits, mais parce que, sous le règne d'Osman , n'étant encore que bostandschi , envoyé à la poursuite de voleurs de grand chemin en Moldavie, il avait vendu des courtisanes moldaves prises dans cette expédition, ainsi que leurs enfants; en appelant Ali, Moldowandschi , on lui avait appli-
qué ainsi la qualification de marchand d'esclaves moldaves. Au reste, après sa triste expédition, Ali devint successivement chaszeki et bostandsc lii-baschi ; plus tard , il s'éleva à la dignité de gouverneur de Rumili et de vesir, en recevant la mission de percevoir les impôts d'Aidin. Commandant en chef les forces de Moldavie, ses services dans la délivrance de Chocim le désignèrent pour remplaçant à Emin-Mohammed.
La retraite de Gallizin au-delà du Dniester ayant ranimé le courage de l'armée, Moldowandschi résolut de profiter de ces dispositions et de la mener en Podolie ; il fit donc établir un pont à Chocim pour franchir le fleuve. Quatre mille hommes retranchés sur la rive gauche du Dniester furent attaqués par Gallizin et mis en fuite [2 septembre 1769]. Mais les Russes échouèrent dans leur tentative pour brûler le pont; sept jours après, le grand vesir voyant son armée élevée par divers renforts -à quatre-vingt mille hommes, passa le fleuve et fit attnquer les Russesà la fois par les gouverneurs d'Anatoli, de Diarbekr et de Rumili , par le chan du côté de Caminiec, tandis que lui-même dirigeait une cinquième division contre eux du côté de la forêt. Quatre redoutes, six canons, deux voitures de munitions, tombèrent entre les mains des Turcs, qui abattirent huit cents tètes; néanmoins, en définitive, Moldowandschi se retira dans son camp avec perte , ainsi que fit le général russe Bruce, qui pendant ce temps avait livré un assaut à Chocim [9 septembre]. Le grand vesir jeta de l'autre côté du Dniester douze mille vaillants volontaires désignés par le nom de sabres-minces. Mais dans la nuit, le fleuve ayant gonflé subitement, emporta le pont formé en partie avec des voitures, faute de bateaux (1). Beaucoup de Turcs périrent sous le tranchant du glaive ou dans les flots, las autres se dispersèrent; quelques-uns seulement regagnèrent le camp, a Un nombre immense d'infidèles, dit l'historiographe de l'empire.
(1) \Vas«f, I. il, p. 39. Ilistoirede la guerre entre la Russie et la Turquie, et particulièrement de la campagne de 1769 , avec neuf caries. Pélersbourgi 177.1 , p. 146.
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