‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 336 sur 384 · LXX1I · texte numérisé non relu

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furent plongés dans l'enfer, et quelques vrais croyants s'abreuvèrent à la source du paradis. » Parmi ceux-ci , deux lieutenantsgénéraux des janitschares, le kulkiaja et le turnadsebi-baschi [ 18 septembre]. Ce désastre jeta l'effroi dans la garnison de Chocira. Le vesir Abasa - Pascha, abandonné avec quelques hommes seulement , finit aussi par prendre la fuite , et les Russes occupèrent la place. Deux jours après, le grand vesir dut commencer son mouvement de retraite. Au moment où il arrivait à Chandepe , ainsi que lechan, se présentait l'écuyer du sultan, Mohammed-Emin , avec des marques de satisfaction du souverain pour les braves qui s 'étaient signalés aux deux premiers passages du Dniester. Le grand vesir, sans plus tarder, réunit un conseil de guerre dans lequel le chan attribua la perte de Chocim à la force irrésistible du destin, et le grand vesir se rangea à cette opinion. Pour la défense de la Moldavie , mille hommes de renfort furent envoyés à Abasa-Mohammed-Pascha ; à Soroka l'on chargea le kulaga de Bender de garder le gué de Mogila ; le gouverneur d'Anatoli, Feisullah, de couvrir le parc d'artillerie dirigé sur Isakdschi, et le beglerbeg de Karamanie reçut l'ordre de se réunir avec Abasa-Pascha pour protéger la Moldavie.

A basa- Pascha et le woiwode de Valachie durent exterminer sans pitié tous les rajas qui s'entendaient avec l'ennemi. Ensuite le grand vesir se porta sur Isakdschi , s'arrêta quatre jours è Loposchta alin de payer la solde et surveiller les mesures nécessaires pour le transport de la grosse artillerie, et porta sur le Pruth le percepteur des impôts de Dschanik, Ali-Beg, qui devait avec ses troupes empêcher la dispersion de l'armée ; car les soldats, manquant de vivres et glacés de froid , se hâtaient de quitter la Moldavie et se pressaient sur le Danube. Les gouverneurs de Rumili et d'Anatoli furent dépouillés de la dignité de vesir, parce qu'on leur attribuait les principales fautes de la retraite. Ainsi Ton calma le mécontentement de l'armée et du peuple ; mais les esprits s'irritèrent de nouveau quand Mohammed-Pascha, serasker en Moldavie, et le chasinedar Ali- Pascha, qui tous deux avaient été battus par les Russes à Jassy et à Galacz, reçurent jes trois queues de cheval. Romanzolî, suc-

cesseur do Gallizin dans le commandement supérieur de l'armée russe, reçut à Jassy l'hommage des bojards au nom de l'impératrice, comme les généraux Tottleben et Medem avaient vu s'incliner devant eux les chefs des populations de l'Arménie, de la Grusie , de la Tscherkessie , la Kabartai, et la petite Abasie (1). Le lieutenant-colonel Kabricius , détaché par le général Stoffeln , enleva à Galacz le prince de Moldavie , Constantin Maurocordato, qui ensuite mourut à Jassy (2). Le lieutenant-colonel Karasin, avec quatre cents hommes seulement, conduit par l'archimandrite d'Ardschisch et par le bojard Cantacuzéne, élevé au grade de général au service de Russie, se porta sur la résidence du prince Grégoire Ghika, qui se tint caché pendant deux jours et finit par être pris. La ville fut pillée; tous les Turcs furent taillés en pièces; l'archimandrite guidait les assaillants une médaille russe autour du cou , un pistolet à chaque main ; dans tout Bukarest retentit le cri de guerre russe : En avant ! (3). Cet événement détermina le fetwa du mufti, en vertu duquel c'était une chose légitime de verser le sang de tous les Moldaves et de tous les Valaques attachés à l'ennemi , de confisquer leurs biens, de traîner leurs femmes et leurs enfants en esclavage (4). C'était nécessairement rattacher les Moldaves et les Valaques à la Russie, comme le reconnaît l'historiographe de l'empire lui-même. Il en résulta que les bojards à Bukarest livrèrent à des commissaires russes les insignes de la dignité princière , prêtèrent , ainsi que le métropolitain , serment de fidélité à l'impératrice , et envoyèrent des députés à Petersburg , tandis que le général Bauer cadastrait le pays [ novembre 1769]. Le grand vesir avait quitté Isakdschi pour regagner bien vite ses quartiers d'hiver de Babataghi , où le kiajabeg Jasidschi-Ibrahim-Paschasade fut nommé gou-

(i; Uisloire de la guerre actuelle , enlre la Russie, la Pologne et la Porte Ollomanc; Francfort et Leipzig, 1771, 4* partie, p. 05.

(2) Ibidem, p. G9. Engel , UisL delà Valachie. p. 29, de la Moldavie, p. 303.

(3 ) Ibidem.

(4) Wassif, I. ii, p. 50. Rapport de Tbugut, do h décembre 1769.

verneur de Bander, et Resmi-Ahraed-Efeudi ministre de l'intérieur. L'inspecteur des magasins d'isakdschi, le chambellan Daghistaui Ali-Aga, et celui d'Ismail, Iskenderoghli , Mustafa-Beg , surprirent l'escorte d'un con - Toi russe et la taillèrent en pièces , puis pénétrèrent dans (îalacz , tandis qu'Abdi-Pascha, commandant d'Ibrail, accouru pour les renforcer, était aux prises avec des troupes russes. Il fallut que L'ennemi se retirât entièrement de Galacz, où il mit le feu. Abdi-Pascha , en récompense de cet exploit, devint serasker de Moldavie; son kiaja devint beglerbeg , son secrétaire , fut élevé au rang de chodscha du diwau impérial ; mais le sceau fut retiré au grand vesir, qui ne l'avait tenu que quatre mois.

Le nouveau grand vesir, Chalil-Pascha, fils du grand vesir Aiwas-Mohammed, né douze années avant la paix de Belgrad , conclue par son père, n'avait ni la pratique des affaires, ni lexpérience de la guerre, ni facultés éminentes. Toutes ses dignités antérieures, il les avait dues à son père et à la faveur du sultan, et s'était montré bien peu digne des fonctions de serasker dout l'avait dépouillé son prédécesseur à cause de la retraite de Chocim. A peine eu possession du pouvoir, il opéra une infinité de changements dans les emplois publics; les plus importants furent la déposition du ministre de l'intérieur Resmi-Ahraed, du tschausch-bascbi Jesi- Ahmed-Elendi, et celle du ehan tatare Dewlct-lîirai, qui, dans ses onze mois de pouvoir, n'avait pas reudu le moindre service , malgré les sommes considérables qu'il avait reçues; on lui reprochait surtout, quand le pont du Dniester se rompit, de n'avoir secouru que les guerriers qui pouvaient payer au passage, laissant les autres se noyer sans aucune assistance, et de n'avoir opposé ensuite aucun obstacle à l'occupation de la Moldavie et de la Valachie par les Russes. Il fut banni à Chypre, et on lui donna pour successeur Kapl;in-(jirai , (ils de Selim-tiirai [ 2 mars 1770]. Le serasker de Moldavie , Abdi-Pascha , informé que tes Russes réunis en force à Fokschan, Chomela, Ismatl, lbrail, menaçaient Kulke et (îiurgewo , prenant avec lui l'ajan de Rusdschuk, Tschelebi Elhadsch-Sulciman-Aga, marcha droit sur Bukarest. Arrivé près de

Fokschan , il lit une allocution aux troupes, et leur recommanda de ne songer ni à saisir des prisonniers ni à couper des têtes avant la défaite entière de l'ennemi , ajoutant que le butin ne venait qu'après le combat. Ensuite il fit un mouvementrétrograde pour couvrir (îiurgewo, où il fut attaqué par le général Stofleln , et battu avec uuc perte de trois mille hommes ; les Russes mirent le feu à Giuxgewo et rentrèrent triomphants dans Bukarest [ 27 février 1770 ]. Par la trahison des prêtres moldaves, Slatina sur l'Ait était aussi tombée entre les mains des Russes , et Crajovt a , chef-lieu de la petite Valachie, aurait subi le même sort si elle n'avait été sauvée cette fois par la Gdélité du ban. qui agit de concert avec le gouverneur de Widdin , Mohamracd-Pascha. Mais ces faits se passèrent pendant l'hi ver avant que les étendards du grand vesir fussent arborés à Babataghi le premier avril. Vingt-quatre jours après ou les planta sur la rive orientale de Babataghi , ou se concentra l'armée sous la direction du kiajabeg et quartier-maître général. Le premier jour de l'année lunaire, 27 avril, on se mit en mouvement vers Isakdschi; l'aga des janitschares, Suleiman- Pascha,fut déposé pour n'avoir envoyé à lbrail que trois cents janitschares au lieu de mille qu'on lui demandait, et avoir complété arec des habitants de Babataghi les rôles ou manquaient des soldats morts à la guerre. On lui donna pour successeur le gouverneur d'Aidin, Kapu-Kiran-Mohammcd^Ie briseur de portes], qui reçut en outre le titre de serasker de Krimée. Le kapudan-pascha Ibrahim Pascha fut relégué dans le sandscliak de Nég repont , lieu de sa naissance . et le grand amiralat fut donné au petit-fils du fameux Dschanum-Chodscha, Hosarocddin, qui reçut ordre de se rendre au plus tôt en Morée. De grandes promotions eurent lieu parmi les radias, par suite de la mort du grand juge Paschmakdschisadc et de celle du mufti Pirisade-Osman-Efeudi. Ce dernier, dans la triple carrière delà science, de la magistrature et de la politique , avait marché sur les traces de son glorieux père, le mufti Pirisade. Il savait exposer ses >ues scientifiques avec un langage ferme et abondant , et déployait surtout ses avantages dans la discussion. Il laissa des ghascles et des

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