‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 337 sur 384 · LIVRE LXXII · texte numérisé non relu

LIVRE LXXII

kasides sous le pseudonyme poétique de Sahib, et aimait à passer ses heures en conférences avec les plus profonds légistes de son temps», tels que Kitschu-Abdullah-Molla et Kelenbewi , qui a écrit des commentaires sur plus de cent ouvrages philologiques et théologiques. Comme politique il avait surtout poussé à déclarer la guerre , et dans le cours des hostilités il avait rendu les deux honteux fetwas qui . livraient la Pologne ainsi que les habitants de la Moldavie et de la Valachie au droit de la guerre de l'Islam. Au reste , l'action qu'il prétendait exercer sur les opérations militaires lui avait attiré la haine même des membres de son ordre, et de son vivant les inollas laissèrent éclater une partie de l'horreur que doivent inspirer des sentences d'autant plus infâmes qu'elles étaient dictées , non par le fanatisme, mais par l'ambition ; qu'elles résultaient, non pas d une conviction religieuse, mais d'un système politique, dont les conséquences ramenaient de nouveau la question agitée autrefois sous les tyrans Selira Ier et Murad IV : a Ne serait-ce point une mesure salutaire d'egorger tous les chrétiens de l'empire ? » A la vérité, de telles idées n'avaient été provoquées qu'en haine de la Russie, et grâce à Dieu on ne les verra plus se reproduire. La dignité de scheich de l'Islam fut donnée à Esseid - Mohammed»-Saïd , qui déjà trois fois avait rempli les fonctions de grand juge d'Anatoli. Alors le grand vesir fut frappé d'un coup bien sensible par la mort de son frère chéri Ali-Beg,aga des sipahis, auquel il donna pour successeur le chambellau Kalibsade- Ahmed-Aga. A cette époque mourut encore le scheich du camp Bakaji-Weli-Efendi, et l'on envoya à sa place le scheich Alis-Mustafa pour qu'il attirât par ses prières la bénédiction du ciel sur les armes ottomanes.

Pendant que la proscription était préchée contre la Moldavie et la Valachie , la Russie poussait les gens de Maina À l'insurrection. Des émissaires, déguisés en prêtres, allèrent concéder avec Panajolti Benacki les moyens d'affranchir le Mainotcs du joug turc. Ces peuples se recommandèrent par des députés à la protection russe, qui leur fut confirmée par le comte OrlofT, commandant des troupes destinées pour la Moréc , dont les envoyés

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Georges Papasoghli de Ruroili , Angeli Adamopulo et Jean Palatiuo de Toscane leur apportèrent à Calamata des médailles d'or avec un brevet d'oflicier pour le commandant en chef de la Maina, Morus Nicali ; l'archevêque de Malvasia . alors à Calamata , reçut l'assurance de l'arrivée immédiate d'une escadre et d'une armée russes [ 1769.]. Une flotte russe de douze vaisseaux de ligne, de douze frégates et de plusieurs autres bâtiments , sous les ordres de l'amiral Spiritow , avait quitté Kronstadt à la fin de la première année de la guerre, pour se rendre daus l'Archipel. Le bruit en retentit jusqu'à Constantinople, mais les ministres et les grands ne voulurent pas croire a la possibilité d'une telle entreprise , n'imaginant pas qu'il pouvait exister uue communication entre la Méditerranée et la mer Baltique. Ce fait si souveut raconté et toujours mis eu doute, est pourtant démontré par le témoignage incontestable de l'historiographe de l'empire (1). Quand la nouvelle fut bien constante à Constantinople môme que les Uusses étaient dans la Méditerranée, la Portese plaignit auprès du bayle vénitien de ce que la republique avait laissé les Russes venir ainsi de la Baltique à travers le golfe de Venise. Alors un chalti-schérif fut adressé au commandant de Napoli di Romania, M uhsinsade- Mohammed -Pascha, avec 50,00il piastres, alin qu'il levât des troupes pour la défense de la Morée. Le mutesellim de Dukagin, Chudawerdisade-Ahmed-Beg, qui avait enrôlé des troupes à ses frais, fut nommé beglerbeg, et placé sous les ordres du gouverneur de Lépante, Mustafa-Pascha.

A la (in de février l'amiral Spiritow, avec quatre vaisseaux de guerre de soixante canons et trois frégates chargées de munitions et d'un matériel considérable de construction maritime , aborda la côte de Morée. On employa tout de suite les bois de charpente à construire quatre galioles qui servirent au transport des vivres. Le comte Orloff ne débarqua que cinq cents Russes, nombre insuffisant pour maintenir l'ordre et la discipline parmi cinquante mille Mainotes alors sous les armes. Aussi à Misistra ces hommes se

(i) Wasiif, l. h, p. 70.

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HISTOIRE DE L'EMPlKE OTTOMAN

livrèrent à d'horribles cruautés (1); quatre cents Turcs furent étranglés ; des enfants furent lancés du haut des minarets , écrasés (2). Théodore Orloff entreprit le siège de Koron , mais i! lui fallut le lever faute de forces suffisantes. Son frère Alexis étant arrivé à Navarin avec une autre escadre, détacha contre Patras un corps de troupes qui fut repouisé par des corsaires de Dulcigno venus au secours de la place, où l'on massacra les Mainotes (3). Ensuite les Russes s'avancèrent contre Tripolizza avec quinze mille Grecs révoltés, si confiants dans le succès, que leurs femmes les suivaient avec des sacs vides pour les remplir avec les objets enlevés sur les Turcs [k). Nimclisadede Tirhala, Muderris-Osman-Beg de Larissa, Ali de Tschataldscha, le begsade d'Isdin, réunirent bien vite quelques milliers d'hommes que le serasker-pascha plaça sous les ordres dumutesellimdc Tripoli, tandisque lui-même accourait avec ses propres troupes. Les insurgés furent battus [ 19 avril 1770 ], et les barbaries exercéessur eux jetèrent les semences de haines atroces qui plus tard devaient porter leurs fruits. A Tripoli, tous les G recs furent massacrés, leurs corps livrés aux flammes (5). A Patras s'exercèrent les mêmes fureurs ; quatre cents lewends ayant surpris le château renouvelèrent toutes les horreurs racontées par les Bysantins au temps de la première conquête du Péloponèse par les Turcs. Les femmes ot les enfants épargnés par le sabre, furent charges de chaînes. Navarin se rendit au prince Dolgorucki et au maure Hannibal, brigadier au service russe. Dolgorucki avait aussi conquis Leontari et Arkadia. La capitulation en vertu de laquelle la vie était accordée à la garnison turque, avait clé signée par le consul de France comme par Dolgorucki. Néanmoins les Mainotes égorgèrent les Turcs et mirent le feu à la ville. Alexis Orloff adressa ensuite un manifeste à tous les Grecs courbés sous le joug turc

(1) Histoire de la guerre actuelle , 1. vi , p. 03, et Waszif, I. il, p. 71.

(2) Ibidem.

(3) Essais de géographie p. 220, et Histoire de la guerre actuelle, I. vi , p. 65.

(h) Histoire de la guerre actuelle. I. vi , p. 66.

(i) Ibid. p. 67, et Waszif, I. n, p. 72.

[ 21 avril— 2 mai 1770] pour leur annoncer les triomphes remportés en Moldavie et en Valachie, et les appeler à défendre comme leurs frères la foi et la liberté (i). Ensuite il assiégea en même temps Koron et Modon , mais dut s'éloigner de celte dernière place le 8-29 mai. Les Russes se rembarquèrent et le serasker se posa en nouveau conquérant de la Moréc (2). Mais à ces succès succéda un grand désastre, l'incendie de la flotte à Tschcschme. Les Russes , formés en trois divisions sousSpiritow, Alexis Orloff et Elphinstone, qui réunissaient neuf vaisseaux de ligne et sept frégates, attaquèrent la flotte turque forte de deux corvettes, quinze galions, cinq schebekset huit galiotes, commandée par le kapudan-pascha llosameddin et le capitaine algérien Hasan. Les deux vaisseaux amiraux s'attachèrent l'un à l'autre et prirent feu ensemble. A peine Spiritow et Théodore Orloff avaient-ils été sauvés par les chaloupes que leur bâtiment sauta en l'air avec sept cents hommes. Les amiraux turcs, le kapudnn-pascha llosameddin , le commandant de la kapudana , Uasan d'Alger, le vice-amiral et quelques matelots s'échappèrent à la nage. Le voilier Bekir, s'étant cramponné à l'une des vergues lancées à la mer, fut sauvé. Lui-même , trente ans après, sur la flotte où il commandait la kapudana, raconta dans le port de Rhodes cette bataille et le miracle auquel il dut son salut , à l'amiral sir Sidney Smith et à l'auteur de cette histoire. La nuit suivante les Russes brûlèrent la flotte turque dans le port de Tscheschme. Ce triomphe valut au comte Orloff le nom de Tschesmeskji , et la reconnaissance de la souveraine lui éleva un arc de triomphe dans le palais de Czarskoselo. La bataille de Tscheschme, fameuse dans les annales des guerres maritimes, fut livrée près du cap de Mikale , où les Grecs détruisirent les restes de la (lotte des Perses , non loin de Myonessus où ,E milius Regillns délit la flatte d'Anliochus. Cette défaite de Tscheschme prépara pour la Porte la triste paix de Kainardsche.

Trois mois avant ce désastre, deux inren-

(1) Le manifeste dans l'Histoire de la guerre nielle. I. vi, p. 7.r>.

(2) Wasiil, I. n, p. 72.

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