LIVRE LXXII
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tlîes avaient éclaté à Constantinople , l'un à Ka&im-Pascha, où fut consumé le magasin de sellerie avec tout le matériel qu'il renfermait ; l'autre à Topkapu , qui détruisit environ cinq cents maisons [ 1" mars, 3 avril 1770 ]. Quelque temps après , douze cents maisons furent encore réduites en cendres. Tant de revers et de catastrophes devaient faire craindre quelque explosion : en effet, àSmyrne, trois jours après l'anéantissement de la flotte , éclata un soulèvement terrible ; les Turcs tombèrent sur les Grecs et sur les rajas sans distinction , et en tuèrent plus de huit cents (1). Le kapudan-pascha fut déposé, et sa place donnée au vieux Dschaafer. La capitale tremblait de voir apparaître la flotte russe , et l'ex-grand vesir Moldowandschi partit bien vite avec le colonel français Tott pour mettre les Dardanelles en état de défense ; Tott était accompagné du commissaire turc Mustafa-Beg , petit-Qls , comme le kapudan-pascha Hasan , du fameux amiral Dschanum-Chodscha. Le kapudan-pascha, llosameddin, mourut bientôt après , soit de désespoir de la perte de sa flotte , soit de chagrin d'être tombé en disgrâce auprès du sultan ; son fils Abdu!lah fut conûrmé dans le commandement de la galère qu'il montait, et l'on donna le grand amiralat à Hasan d'Alger, qui s'était signalé par sa valeur au combat de Tschesehme. Moldowandschi commenta ses préparatifs de défense en faisant blanchir en dehors les murs du château des Dardanelles. Tott ordonna des travaux plus sérieux : la construction de quatre batteries, deux sur la cote d'Europe , deux sur la côte d'Asie , dont les feux se croisaient des deux promontoires opposés (2). Neuf vaisseaux de ligne russes canonnèrent sans résultat le premier fort des Dardanelles (3) ; mais vingt bâtiments chargés de vivres tombèrent entre les mains d'Elphinstone , qui fermait l'entrée des Dardanelles près de Ténédos. Le comte
(*) L'Histoire delà guerre actuelle , I. n, p. 43 ''il seulement cinq cents. Le Rapport de Thugul élève te nombre au dessus <le huit cenls.
P) Toit, 1. ii , p. 259.
(3) Théâtre (le la guerre actuelle entie la Hussic * la Porte. Hambourg, 1771, tome n. p. 7.
Orloff assiégea Lemnos ; au bout de soixante jours la garnison s'était rendue, la capitulation en huit articlesélait signée et six ôtages avaient été livrés en garantie de l'accomplissement des conditions, quand le nouveau kapudan-pascha avec vingt-trois vaisseaux aborda à Lemnos et refusa de reconnaître le traité qui avait été conclu sans son approbation. L'on en vint aux mains dans le port de Monderos( Modon ); les deux partis s'attribuèrent la victoire (1 ) , mais les Turcs y prétendirent avec plus de droits puisque les russes se retirèrent après avoir, sur la demande d' Hasan , renvoyé les ôtages [ 22-13 octobre 1770].
Maintenant nous allons détourner les regards de la lutte maritime pour les porter sur un autre théâtre , en Moldavie , où, dès le commencement de mai , le chan s'était avancé afin de franchir le Pruth avec Abasa- Pascha, gouverneur d'Ismail, Seid-Hasan- Pascha , sandschakbeg de Tschorum , et le kapidschi-baschi Daghistani-Ali , qui était soumis à ses ordres; à Chandepe, il fut jointaussi par le serasker de Moldavie, Abdi- Pascha. Mais partout les chefs ottomans trouvèrent le passage de la rivière défendu par des batteries ennemies , et les Russes établis en force au-delà du Pruth, à Faltschin. Romanzoff attaqua les Turcs et les chassa de la position prise en face de Chandepe , derrière la petite rivière de Kalmaszu. Cependant le grand vesir, cédant surtout au conseil de l'aga des janitsdiares, Mohammed- Pascha , avait franchi le Danube, et s'était porté de Widdin à Isakdschi. Au moment où l'aga quittait Kartal et s'avançait sur les bords du lac, les troupes du chan et d'Abdi- Pascha, qui fuyaient devant les Russes, tombèrent sur lui et l'entraînèrent dans leur défaite. Le grand vesir attribua cet échec au destin et releva les espérances des trois chefs vaincus. Lekulkiaja, vieux serviteur dévoué qui avait donné le conseil de se retrancher à Kartal plutôt que de marcher en avant, fut déposé en punition de ses avis salutaires , que le grand vesir avait méprisés en passant lui-même le Danube avec le juge du camp
(1) Dans l'Histoire de la guerre actuelle , I. i, p. 13. Woszif, l.n, p. lis.
Nimetullah, le kiajabeg Seid- Ibrahim , le defterdarlszmct-tsmail , le rcis-efendi Ridsehaji-Mohammed , le tschausch-lnsehi Ibrahim d'Arabgir, ledefteremini Weli-Efendi, le second président des deux premières chambres des finances, Resmi et Jesri- Ahmed, les deux maîtres des requêtes Ibrahim et Mustafa, le secrétaire du cabinet du grand vesir, Elhadsch-Abdurrisak , le beilikdschi Mustafa, le secrétaire du kiaja, Seid- Mohamraed, et le maître des cérémonies AVahdeti-Ebubekr-Elendi , à la tête de trente mille hommes [26 juillet 1770 ]. Deux jours «près, dans un conseil de guerre, il fut résolu que l'on marcherait à la rencontre de l'ennemi; le serasker Abdi-Pascha reçut le commandement de l'avant -garde, Abasa- Pascha celui de l'aile droite , Ilasan , pascha d'Adana, dut diriger l'aile gauche. Des retranchements furent élevés sur tous les points, et le ministre de l'intérieur Ibrahim surveilla les travailleurs pendant la nuit, à la clarté des torches , d'où lui resta le surnom de Meschaaladschi ( porte-flambeau ). Le comte Romanzoff avait en tète le grand vesir , et sur ses derrières le chan tatare ; ce dernier commandait cent mille hommes, ce qui donnait une force énorme au grand vesir. Les trois divisions des généraux Baucr , Plemjanikow et Bruce, formées en carré, attaquèrent en même temps le camp turc. Tentèrent avec cent quarante pitres de cation et firent un butin immense : car les soldats turcs, malgré toutes les défenses des chefs, avaient traîné après eux une quantité considérable d'objets au-delà du Danube. Vers neuf heures et demie du matin, la victoire était décidée: elle avait coûté aux Russes mille hommes à peine ; les Turcs en avaient perdu le double. Dans le butin se trouvèrent deux coffres remplis de décorations d'honneur destinées aux plus braves de l'armée ottomane. Chacune de ces décorations se composait de six plumets d'argent, qui dèsi-lors parèrent la coiffure des olllciers eusses. Telle fut la brillante action que les Russes appellent la bataille de Kaghul , et les Turcs le désastre de Kartal. . Elle se passa le l"aoûl 1770. Après la défaite de Kartal, le grand vesir tint un conseil de guerre dans lequel plusieurs des assistants furent d'avis qu'il fallait se retrancher en-
deçà du Danube ; mais il leur fallut céder à la majorité, qui dans ce cas prédisait au grand vesir et au reste de l'armée la même destinée qu'à Zen ta. Le grand vesir passa le fleuve dans la nuit môme près d'Isakdsehi ; les paschas Abdi et A basa, le reis-efendi et le premier maître des requêtes s'étaient enfuis du côté d'Ismail avec trente mille hommes. Le chan tatare promit au grand vesir de 9e charger de la défense d'Ismail, d'envoyer les femmes et les enfants des habitants de cette ville à Kilia et à Akkerman , les familles de la tribu tatare de Jediszan, qui, après avoir prêté hommage à l'impératrice de Russie , étaient revenues se placer sous la suzeraineté ottomane . au-delà du Danube, pour y servir de gages à la fidélité de cette tribu ; il reçut des vivres et de l'argent pour l'exécution de son entreprise. Cependant les troupes détachées vers Israail envoyèrent des députés au camp pour solliciter la permission de repas>er le Danube, ce qui n'était guère praticable pour le moment , car on manquait de bateaux.
Sur ces entrefaites, Repnin avait été détaché par Romanzoff avec quinze mille hommes contre Ismail, et l'apparition de ces troupes avait suffi pour détermiuer les Tores à se replier sur Kilia. Ensuite l'aga des janitsrhares et le général des conducteurs de l'artillerie furent déposés ; le muhasebedschi reçut ordre de se porter d'Anatoli vers Tultscha, menacée également par les Russes, pour y diriger des tra vaux de fortification et calmer l'agitation des habitants. Enfin survint une heureuse nouvelle au milieu de tant de causes d'alarmes : on apprit de la Krimée que le serasker, avec l'aide du nureddin, auquel avait été confiée la garde de l'isthme de Janitsche et de Tschunkar , avait repoussé une attaque des Russes sur Perekop [ 13 août 1 ; mais la joie de ce succès fut de courte durée. Le bruit se répandit qu'une tempête avait emporté le pont d'Isakdsehi , et que Kilia était tombée entre les mains de l'ennemi [5 septembre ]. Le beglerbeg Mustafa s'était chargé de la défense de celte place et avait reçu à cet effet 70,000 piastres; mais, dès le dixième jour du siège, il la remit au prince Repnin ; il lui fallut au moins restituer les quinze bourses obtenues. Le vieux quartier-maître général Abdi-i'ascha , auquel