LIVRE
notre pays ? » Le sultan demanda an secrétaire du cabinet ce qu'il fallait faire. Celuici lui conseilla de rendre un chatti-scherif , pour enjoindre de laisser le camp à Hadschibasaroghli. Aussitôt Tordre fut donné. Abdi-Pascha partit pour Karaszu comme serasker ; Daghistani-AH-Pascha , eut ordre de se porter sur Kœstendsche ; en même temps le grand vesir fut déposé (1).
Le nouveau grand vesir, Muhsinsade, celui-là même que le sultan avait destitué au moment de la déclaration de guerre , parce que ce ministre voulait, non pas éviter, mais ajourner les hostilités, fut maintenant choisi pour diiiger les opérations militaires; car il était recommandé par les preuves données tout récemment de sa capacité dans la défense de la Morée. 11 commenta sa nouvelle administration par des mesures salutaires et des actes d'une rigueur nécessaire pour le rétablissement de la discipline , et lit décapiter les officiers qui, lors de la surprise du camp de Babataghi , avaient pris si honteusement la fuite. Quand il arriva de Rusdchuk à Schumna , il y trouva Waszif dont il connaissait la haute capacité et qu'il éleva à la dignité de chodscha du diwan impérial. En moius de quinze jours il rassembla un corps de dix mille hommes tirés des juridictions d'Osmanbasari , Schumna, Selwa , et Eskidschumaa , et convaincu de la nécessité de transférer le camp d'Hadschibasaroghli à Schumna, il envoya aussitôt à l'agent de cette ulle 25,000 piastres pour l'acquisition des vivres nécessaires, et eipédia un corps de mille Bosniens qu'il avait auprès de lui au serasker de Rusdchuk, Iset- Mohammet - Pascha. Schumna, généralement appelée Schumla, est située au centre de rilémus , et par sa position est considérée comme la place la plus forte qui protège les défilés du Balkan. Dès la fin du quatorzième siècle elle avait été conquise par le quatrième grand vesir de l'Empire Ottoman, Ali-Aga , non par la force des armes, mais au moyen d'une convention conclue avec les habitants (2). Ce fut seulement dans le cours du dix - septième siècle que le kiaja-
(1) Wastif. p. 18£.
(2) An de l'IliJg. Gb9; de Jésus-Chrisl 1*87.
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beg chalil agrandit la ville, ajouta à ses ouvrages de défense et y fonda une mosquée. Plus tard son exemple fut suivi par Hasan d'Alger, kapudan-pascha , puis grand vesir, dont le tombeau est un des monuments les plus remarquables de Schumna.
Là, Muhsinsade Ut distribuer 70,000 piastres, à titre de gratification parmi les employés de la chancellerie du camp, que les dernières campagnes avaient totalement ruinés. La nomination la plus importante alors fut celle du nouveau chan de Krimée. Les ta tares auraient voulu avoir pour prince Bacht-Girai,tilsdeKrim-Girai ; mais la Porte nomma Mak*zud-Girai qui dut prendre Bacht-(iirai pour kalgha, et le frère de celuici , Mohammed-Girai, pour nureddin. Le nouveau chan fut reçu au quartier général de Schumna avec toutes les solennités accoutumées ; ou lui fit un présent de 16,000 piastres, et on lui en assura 35,000 pour l'entretien mensuel des tatares assemblés autour de lui , qui néanmoins portèrent le pillage dans tous les villages des environs.
L'âge et les maladies ayant réduit à l'incapacité le reis-efendi Mohammed-Ridscha- . ji , on lui donna pour successeur l'actif et fidèle Abdurrisak qui avait déjà donné des preuves de ses lumières et de son courage. Fils du célèbre reis-efendi Mustafa , l'un des signataires de la paix de Belgrad , Abdurrisak avait été recommandé pour la place de maître des requêtes à Raghib, devenu grand vesir. « Je n'ai pas oublié les liens d'amitié qui m'unissaient à son père, mon ancien collègue dans les négociations de Belgrad , répondit Raghib ; je connais également le talent et le zèle d' Abdurrisak; mais il est trop petit , et c'est la taille qui assure au moins pour moitié l'autorité et la fortune. Je provoquerais les railleries si je voulais employer au service du diwan un tel magot, carré, trappu , porté sur de si courtes jambes. Dans de tels emplois, il faut des hommes qui imposent. » Par ces paroles qui prouvent l'importance d'une haute taille chez les turcs , le grand vesir paraissait fermer à jamais la carrière des dignités au fils de son ancien collègue. Néanmoins Abdurrisak, aussitôt après la mort de K8ghib-Pascha , devint maître des requêtes , puis secrétaire du cabinet du grand vesir AlohammetPascha
et enfin reis-efendi.Chalil-pascha, gouverneur de Belgrad fut nommé pour la seconde fois serasker dans la mer Noire, contre la Krimée. L'ex-commandant de Nikopolis , kaimakam Ahmed-Pascha, fut envoyé dans le gouvernement de Widdin, et Mohammed-Pascha fut transféré de Widdin à Belgrad. Le defterdar Elhadsch-lsmaïl étant mort de chagrin de la détresse des finances, fut remplacé parle maître des requêtes dans cette branche. Le kaimakam Ahmed - Pascha mourut sur la route de Widdin ; signalé tout à la fois par sa piété et sa passion pour le vin , l'armée le désignait tour-à-tour sous les surnoms du saint et de l'ivrogne. Le serasker de Rusdchuk, Iset-Mohamraet- Pascha, obtint le gouvernement de Widdin , et le vesir Daghistani-Ali-Pascha celui de Silistra avec la place de serasker de Rusdschuk. Le commandant de Sistow, le beglerbeg Suleiman l'Albanais, qui avait équipé mille fantassins et sii cents cavaliers à ses frais , le mutesellim de Kutahije, qui avait ramené à l'ordre un ramas de lewends déserteurs de leurs drapeaux, le beglerbeg de Dschidde, sur les instances du schénf de la Mecque et de l'émirol-hadsch , recurent les trois queues de de cheval ; l'on en conféra deux au fils du grand vesir Topal-Osmau -Pascha, arslanbeg.
Maintenant nous reprenons le fil des négatiations diplomatiques près de la Porte, au point où nous les avion» laissées, c'est-a-dire au moment du traité *eeret de subsides entre l'Autriche et la Turquie, pour suivre les deux parties belligérantes jusqu'à la signature d'un armistice, qui devait être suivi de la conclusion définitive de la paix. Le mystère du traité de subsides dont il vient d'être parlé avait été percé d'abord par l'ambassadeur d'Angleterre, Murray, quand se fit le premier transport d'argent à Belgrad; ce diplomate était même parvenu a force d'or à se procurer une copie de l'acte passé entre les deux cours, et l'avait communiqué aux cabinets de Berlin et de Saint-Pétersbourg (1). Frédéric, très- impatient de voir de voir terminer une guerre qui faisait pc-
(1) Ferrond, Histoire des trois démembrements de U Pologne, I. i, i», 251.
ser sur lui un lourd fardeau, en raison du million d'écus qu'il s'était obligé à payer annuellement à la Russie pendant la durée des hostilités (t) , ne fut pas fortement ému de cette découverte, car il espérait que la Russie serait d'autant plus facilement conduite à des idées de conciliation. Catherine, au contraire, agitée de vives inquiétudes, insista d'autaut plus énergiquement sur le renouvellement du traité de subsides avec la Prusse, et enfin par une note que le comte Panin remit À l'ambassadeur impérial, elle fit connaître à l'empereur qu'elle renonçait à la première des deux conditions posées comme bases de la paix, savoir : l'indépendance de la Moldavie et de la Valachieet celle des Tatares (2) [ 17 décembre 1771 ]. En même temps , l'ambassadeur prussien Zegelin , par un mémoire donné au kaimakam, demandait que la Porte reçût un plénipotentiaire russe et nommât elle-même un commissaire chargé de discuter avec l'envoyé de Catherine les bases de la paix future dans quelque ville de la Moldavie (3). La Porte répondit que si le plénipotentiaire russe venait avec la promesse de sa souveraine de renoncer à l'indépendance de* deux principautés, et muni de pouvoirs suffisants pour négocier avec les ambassadeurs des deux puissances médiatrices, il pouvait compter sur un bon accueil ('»). Cependant l'adhésion de l'Autriche aux propositions de la Russie et de la Prusse concernant le partage de la Pologne avait complètement changé la position de l'empereur Joseph envers Frédéric et Catherine comme à l'égard de la Porte. Les instructions du prince de Kaunitz avec le plan du traité secret de subsides furent remises au moment môme où le prince Henri de Prusse était à Pétcr?-
(1) Instruction du prince Kaunilx à Tlmgtil. (ï) Pièce justificative dans Ferrand, I. i, p. SUA.
(3) Tradutione delta memoriu présentais dal >ignore inviato di l'russia, à S. E. il caimacjn, 9 décembre 1771. Dans le «apport de ThuguU du 5 décembre 1771.
(4) Traduzione délia memoria data dalla fulgiria Porta al S. inviato di Russia , qticsla di i décembre 1771. La copie de l'original turc dans Lsarchi vçs de la ma^ou impériale.