‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 348 sur 384 · LIVRE · texte numérisé non relu

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tous les ulémas tatares , capables d'être élevés à la magistrature, seraient pourvus sans difficulté des diplômes nécessaires par les grands juges. Il ne s'agissait plus que de la cession des deux forteresses de la Krimée, Kerlsch et Jenikalaa , que les Russes réclamaient , et que le reis-efendi déclarait ne pouvoir accorder; pour éviter la rupture des négociations, Ton convint d'attendre quarante jours pendant lesquels les plénipotentiaires devaient demander à leurs cours respectives leurs dernières résolutions.

Après l'expiration de ce délai , dans la vingt-septième conférence [ k — 15 février 1773 ] , ObreskofT présenta comme ultimatum une nouvelle déclaration en sept articles, après l'adoption desquels de la part de la Porte, la Russie renoncerait à l'indemnité réclamée : 1* pour garantie de l'indépendance des Tatares, la cession de Kertsch et de Jenikalaa à la Russie ; 2° la libertéde la navigation sur la mer Noire et dans l'Archipel pour les vaisseaux de guerre et les bâtiments marchands; 3* la remise des places fortes de Krimée aux Tatares; kn l'installation de Grégoire Ghika, woiwode de Valachie, alors prisonnier chez les Rosses, dans la principauté héréditaire, à la condition d'un tribut à payer tous les trois ans comme faisait Raguse; 5a l'abandon de Kiiburun à la Russie et la destruction des ouvrages d'Oczakow ; 6a le titre de padischah pour le souverain russe, et 7* le droit de protéger les sectateurs de la religion grecque dans l'Empire Ottoman. Le reis-efendi déclara que la sublime Porte ne pouvait adhérer à aucun de ces articles; qu'il fallait mieux sacriûer ses biens et verser son sang pour la foi et pour l'empire que de les accepter. ObreskofT insista encore pour que le reis-efendi en référât à la Porte. Atallah fut expédié an camp du grand vesir qui aussitôt communiqua les propositions russes aux seigneurs du diwan et aux généraux des troupes. Toutes les voix se réunirent sur ce point : • Que le but principal des Russes était d'occuper Kertsch et Jenikalaa ; que tout le reste n'était que du galimatias et un amas de sophismes ; d'ailleurs on pensa que l'article de la navigation pouvait donner lieu à un accommodement ; que la liberté et l'indépendance des tatares n'étaient pas pires que l'état présent, et qu'a-

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vec le temps les choses pourraient être ramenées à leur ancienne forme ; qu'il serait possible de se procurer les 50, 000 bourses d'indemnités réclamées par les Russes au lieu de ces conditions; que si l'on soutenait la guerre dix années encore, il serait impossible d'obtenir une paix avantageuse. » Avec celte opinion rédigée sous forme d'acte authentique et judiciaire, Atallah partit pour Constantinopie. Dans plusieurs conseils tenus successivement, l'indemnité, les cessions exigées pour garantie de l'indépendance des tatares, l'abandon des forteresses, la liberté de la navigation furent rejetées grâce aux bruyantes exclamations d'Osraan-Efendi. Atallah revint à Bukarest avec ce refus ; mais il avait des instructions secrètes du grand vesir qui lui recommandaient de ne point rompre les négociations. Les plénipotentiaires se réunirent encore ; durant trois heures, les débats furent soutenus très-vivement de part et d'autre ; personne ne voulait céder un pouce de terrain : Obreskoff déclara que si les sept articles n'étaient pas adoptés en masse, il n'était pas autorisé à se rendre à des réunions subséquentes. Le lendemain, le reis-efendi, avec Beglikdschi et Waszif, se transporta encore une fois à la demeure d'Obreskoflf où pendant quelques heures il combattit sur l'ancien terrain. Obreskoff laissa entendre que si la Porte acceptait les articles, la Russie ne serait pas opposée à la construction d'une forteresse sur les rives du Taman; qu'au reste le congrès était clos, et que lui-même devait craindre s'il restait plus long-temps à Bukarest, d'y être témoin de quelques circonstances pénibles et désagréables. Le reis-efendi avait reçu en secret une lettre autographe du sultan qui l'autorisait à offrir 70 millions de piastres pour le retrait de la réclamation relative à Kertsch et Jenikalaa (l). A cette offre Obreskoff répondit ; « Je garantis que ma cour dont vous croyez les Gnances dans un état désastreux , n'hésitera pas un instant à vous compter cette somme si vous acceptez les quatrè articles de la liberté et l'indépendance des Tatares, de l'abandon de

(I) l,etlrc de M. Obreskoff à rinlernouce; Buka rest, le U (22j mari 1773.

Kertsch et Jenikalna, la destruction des fortifications d'Oczakow, la liberté de la navigation et du commerce. » Le reis-efendi, Chairi et Waszif restèrent muets d'étonnement, et dès-lors désespérèrent du succès des négociations (1). Une autre fois, le plénipotentiaire ottoman dans la chaleur de la discussion rappela la paix du Pruth et la situation désespérée du czar Pierre. « Qnand votre czar Pierre . dit-il , était réduit à couper des écorces dans la forêt, la Sublime Porte s'abstint de le mettre à mort ou de le prendre vivant; elle se contenta de la restitution d'Assow; les choses restèrent en suspens quelques mois, et tant que vous ne vîtes pas qu'on était sérieusement résolu à recommencer la guerre , vous ne tîntes pas votre parole, c'est pourquoi depuis ce temps vous avez bien mérité le nom de menteurs. » c Votre général Ilaltadschi-Mohammed-Pascha, répondit Obreskoff, était un grand vesir d'une haute intelligence , qui réfléchissait à la fin des choses ; il craignait la force d'une armée désespérée combattant pour sa vie, et de la sorte il ne laissa pas échapper de sa main le fil de la victoire (2) ». Le rcisefendi demanda encore une dernière réunion pour le lendemain dans sa demeure ; elle n'amena pas plus de résultat, et la séparation des plénipotentiaires fut définitivement arrêtée. L'on s'entendit par écrit pour signer les articles sur lesquels on s'était accordé précédemment et pour échanger dans l'île de Jerkoi les actes de cette adoption, dans le cas où elle serait confirmée. Le 22 mars 1773 , lendemain du jour où expirait l'armistice, le reis-efendi partit de Bukaresl avec sa suite. La Porte exposa dans un long manifeste les motifs de la rupture du congrès (3). Dans les conseils qui précédèrent à Constantinople le retour du reis-efendi, avait été vivement agitée la question de l'abandon de Kertsch et de Jenikalaa , et quelque fussent les dispositions pacifiques du sultan et du ministère, les ulé-

(1) Waszif, I. ii, p. 245.

(2) Wasiif. I. il. p. 245.

(3) Traduction d'un manifeste de la Porte, du 16 avril 177S; le 53 moharcm 1187; dans le Rapport de Tbugut, 20 avril 1773.

mas ne voulaient en aucune façon de la paix au prix de ces deux places, qui leur était encore plus sensible que l'indépendance des Tatares. Le pouvoir de ces légistes et l'impuissance du sultan, qui pourtant voulait exercer une autorité absolue par lui-même, sont bien représentés par ce que rapporte l'historiographe de l'empire d'après un molla, frère du reis-efendi. L'un des deux kadiaskers, Mohammed-Molla, disait à son collègue : a Que fait ton frère? J'ai entendu le padischah lui-même déclarer que le mieux serait de terminer les négociations par la paix, et qu'en amenant cette conclusion le reis-efendi rendrait un excellent service à l'empire; ensuite le peuple murmura que le sultan déporterait le plénipotentiaire sur une île. » Ces dispositions communiquées au reis-efendi amenèrent un résultat tout opposé à celui que l'on désirait ; le plénipotentiaire craignant d'être séparé de sa famille, aima mieux rompre la conférence que de conclure la paix (1).

Dans le cours de cette année, la Porte, an milieu de ses infortunes, goûta une faible consolation ; il arriva quelques nouvelles favorables de Krimée et d'Égypte. LesTatares avaient élu pour leur chanSsahib-G irai doot le frère Schahin-Girai fut nommé kalgha ; Behadir-Girai devint nureddin. Dans une supplique signée par cent cinquante des principaux habitants de la Krimée , les Tatares, protestant de leur fidélité, se plaignirent qu'on leur eût arraché une déclaration écrite. L'année suivante, les réclamations s'élevèrent bien plus haut encore, lorsqu'un général russe parut avec un ukase qui appelait dix mille Tatares sous les drapeaux, pour les conduire contre les Suédois. Les mirsas répondirent qu'ils n'étaient obligés qu'à la défense de leur propre pays. Dans cette guerre, la Russie avait frappé l'empire ottoman avec ses cent bras, au Sud et an Nord, à l'Est et à l'Ouest, sur le Danube, en Krimée , sur le Kuban , en Géorgie et en Morée, sur la mer Noire, dans l'Archipel , dans les mers de la Morée, de Syrie et d'Égypte. Déjà il a été question d'Ali-Beg, ce puissant scheichol-beled en Égypte , et

(1) Wasxif, 1. n, p. 246.

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