‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 349 sur 384 · LIVRE LXX1I · texte numérisé non relu

LIVRE LXX1I

de la trahison commise sur lui à Damas par son gendre Ebu-Scheb. Ali-Beg avait eu l'audace de déposer le schérif de la Mecque , à l'aide de faux fermans. s'était emparé de Jenbuu , et avait installé pour son compte un receveur des douanes à Dschidde. Par toute l'Égypte et la Syrie furent répandues des lettres en arabe , rédigées dans un style à l'imitation du Koran, ornées de versets du livre saint et de passages de la tradition opposés à la tyrannie et à l'oppression , et qui semblaient dirigés contre les gouverneurs de la Porte au Kaire et à Damas , tendaient à détruire leur domination, en même temps qu'à fonder la sienne. La perte de quelques bâtiments enlevés par un corsaire russe en vue de Damiette avait établi une sorte d'union entre le scheicho-beled et le commandant russe de l'escadre de la Méditerranée, et amené une alliance en vertu de laquelle les Russes le soutinrent avec des troupes et lui fournirent des munitions de guerre (1). Ali-Beg, défait par son adversaire et rival Ebu-Sehel devant la porte du Kaire, s'enfuit en Syrie auprès de son fidèle ami et allié , le schetch Tahir, qui , bravant dans Akka le pouvoir de la Porte et s'appuyant sur sa propre force, se montrait le digne précurseur de Dschesar , le boucher devenu si fameux de nos jours par sa tyrannie et la défense d'Akka ( Saint- Jean-d'Acre ). Ali et Tahir s'avancèrent réunis devant Saïd qu'assiégeait Osman-Pascha, gouverneur de Damas, avec les Druses", ses alliés. Scheich-Tahir entra en négociations avec des commandants de vaisseaux russes, qui, favorisés par les mouvements de ce rebelle , prirent des vivres sur la côte syrienne, et , moyennant 600 bourses, soutinrent ses entreprises du côté de la mer. L'armée de Tahir était composée de six mille cavaliers de Ssafed et de Muteweli, de huit cents mamluks d'Ali, et de mille barbaresques à pied. Du côté des Turcs et des Druses , il y avait environ dix mille cavaliers et vingt mille paysans.

A l'approche de Tahir, ils levèrent le siège et lui livrèrent bataille près de Saïda sur la côte maritime, là où l'action avait été enga-

(4) Volnev, Voyage, I. i, chap. vin. Préci» de l'histoire d'Alibck.

gée par une frégate russe. Les Druses s'enfuirent ; les Russes canonnèrent Bairuth , et incendièrent trois cents maisons. Attiré par des lettres perfides, Ali-Beg se leva en avril avec cinq cents mamluks et quinze cents cavaliers de Ssafed conduits par le fils d'Ahmed-Osman, sans attendre les renforts promis par les Russes. Ali et Tahir marchèrent sur Nablus et Jaffa pour châtier les habitants. JafTa se défendit et n'ouvrit ses portes qu'en février de l'année suivante; néanmoins Ali et Tahir furent encore joints par quatre cents russes devant Ssalihije. Là Ali était attendu par mille mamluks sous les ordres du jeune Murad-Beg, auquel Ebu~ sehel avait promis la main de la belle épouse d'Ali-Beg pour la tête de celui-ci (mai 1773). Murad fit Ali prisonnier et le mena dans la tente d'Ebusehel. Trois jours après il mourut, soit des suites de ses blessures, soit de poison. Parmi les captifs se trouvèrent quatre officiers russes ; les soldats avaient été hachés en morceaux. Les quatre officiers et la tête d'Ali-Beg furent envoyés par Ebusehel à Constantinople comme attestations de sa fidélité. Le supplice d'Ali avait été déclaré légitime par un fetwa du mufti qui rencontra une forte opposition parmi les ulémas, mais fut adopté, grâce aux efforts du grand-juge Mohammed-Molla, qui, A force de complaisance pour le sultan, se frayait le chemin à la première dignité de la loi. Scheich-Tahir continua dans les murs d'Akka de braver l'autorité de la Porte ; c'était un rebelle obstiné ; mais on ne peut le taxer de tyrannie comme son successeur le sanguinaire Dschesar.

Le congrès de Bukarcst avait été rompu bien contrairement aux intentions pacifiques du sultan et de ses ministres , aux désirs ardents du grand vesir et du reis-efendi Abdurrisak , par la seule obstination des ulémas , qui , dans aucun cas , ne voulurent abandonner Kertsch et Jenikalaa. Des chatti-schérifs recommandèrent instamment la poursuite énergique de la guerre , et les ministres de la Porte , dans le camp , rivalisèrent de zèle pour équiper des troupes à leurs frais. Le grand vesir arma mille fusiliers, le defterdar deux cents, le reis-efendi, le tschauschbaschi , les agas des sipahis et des silihdars chacun cent cinquante; ceux des dschebed-

schis, des topdschis, des toparnbadschis chacun cent. La (lotte prit la mer en deux divisions, Tune sous les ordres du kapudanpascha Hasan-Pascha , comme serasker des Dardanelles, d'où Moldowandschi avait été transféré à Rodosto pour cause de maladie ; l'autre, composée de quatre vaisseaux de guerre de cinquante à soixante canons, montés chacun par quatre cents lewends, onze karavelles de trente à quarante canons , portant chacune deux cents hommes, cinq schebeks et quarante autres petits bâtiments, fut conduite dans le Pont-Euxin par le pascha Kelledschi-Osman. Cette escadre était destinée à reconquérir la Krimée ; mais il n'y eut pas môme de tentative, parce que l'on n'était pas d'accord sur les ordres à donner à Dewlet-Girai, nommé serasker, et parce qu'Osman-Efendi voulait encore pousser à l'exécution de son ancien plan d'une entreprise sur le Kuban ; l'été se passa ainsi sans que rien fût essayé contre la Krimée ou contre le Kuban. Dschaniklu-Ali-Pascha et Dewlet-Girai perdirent leur temps en se tenant oisifs à Trébisonde. La Porte était irritée contre Bacht-Girai et Makszud-Girai. Le premier n'avait pas répondu à la confiance placée en lui ; et le second , jaloux de la préférence donnée sur lui à Bacht-Girai , avait quitté secrètement le camp du grand vesir [avril 1773]. Aussitôt après la rupture du congrès de Fokschan , par les mouvements des Russes, il était devenu clair qu'ils avaient le projet de franchir le Danube entre Silistra et Chirsowa , près de Balia-Boghasi , et plus bas près de Tuldscha. Le grand vesir engagea donc à une surveillance des plus actives le serasker de SilUtra, Osman-Pascha , celui de Basardschik, Abdi-Pascha, et le beglerbeg Tscherkes-Pascha, qui était chargé de la garde de Babataghi. Mais leurs troupes s'étaient en grande partie débandées, et l'apparition des Russes jeta l'épouvante dans toute la population de ces cantons, qui s'enfuit jusqu'aux environs de Basardschik. Les Rosses pénétrèrent jusques à Karaszu, firent sauter Karakerman, et «vinrent à Ismail (I). Tout le pays entre

(1) Buturlin, Journal de l't-tcrsbourg, ivi, p. 44».

Babataghi et Basardschik , sur une étendue de quarante lieues, fut livré à toutes les horreurs de la guerre, et devint une affreuse solitude. Bacht-Girai , qui était en quartier d'hiver à Karaszu , entre Babataghi et Basardschik, détruisit quelques partis ennemis répandus dans les villages et arracha des'maim des Russes quelques voitures de Tatares Dobruzes dont ils s'étaient emparés. Le grand vesir quitta son camp de Schumna vers le milieu de mai , après que diverses mutations eurent été opérées ; la place do juge du camp, qui était mort, fut donnée au juge de Galata, Muftisade-Ahmed-Efendi, et le premier lieutenant-général des janitschares fut déposé sur la dénonciation de l'aga-pascha qui l'accusait de sentir mauvais de la bouche ; mais le véritable motif de cette destitution , c'est qu'Aga-Pascha était envieux des richesses et de l'influence du chef qu'il attaquait , dont la place passa au second lieutenant-général Jegen-Mohammed-Pascha. Le premier succès de cette campagne, plus heureuse pour les ottomans que pour les Russes, fut remporté à Rusdschuk, où trois canons, beaucoup de radeaux et plus de mille prisonniers tombèrent entre les mains des Turcs. Parmi les captifs se trouva le jeune frère du dernier ambassadeur russe à Varsovie , le prince Repnin, qui fut emmené en triomphe à Constantinople et jeté dans les Sept-Tours. Le serasker de Rusdschuk reçut en récompense une pelisse de zibeline et un sabre d'honneur; aux beglerbegs et aux autres officiers furent envoyés des vêtements d'honneur et des marques distinctives à placer sur le turban. Le serasker de Karaszu, au contraire, Abdi- Pascha, fut déposé, et le gouverneur de Siwas fut transféré à Misiwri; le commandant de Warna, Nuuman-Pascha, dont la faiblesse était de notoriété publique, devint gouverneur de Rumili et serasker de Karaszu, et le commandement de Warna fut confié au beglerbeg Seid-Ahmed-Pascha.

Nuuman-Pascha mit une certaine lenteur i se transporter à son poste. Bacht-Girai fit savoir au grand vesir combien le danger était pressant ; mais avant que des dispositions eussent été prises, les Turcs, commandés par Bacht-Girai , Abdullah-Pascha et Tserkes-Uasan-Pascha , fuient surpris à Karaszu

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