LIVRE LXXII
por le général Weiszmann , r)ui les repoussa jusqu'à Basardschik, et leur enleva seize canons. De Karaszu, le général Weiszmann marcha contre Silistra, tandis que Romanzoff passait le Danube près de Balia , à six lieues au-dessous de Silistra. L'aile droite était sous les ordres du général Stupidschin, la gauche sous Potemkin ; le feld-maréchal était au centre. Les Turcs du camp d'Osman- Pasrha, serasker de Silistra, attaquèrent l'avant-garde de Stupidschin , commandée par le général Weiszmann ; mais ils furent repoussés ; Osman- Pascha *-e replia sur Silis1tra (1). Là-dessus un chatli - sehérif fut adressé au serasker de Karaszu , Nuuman- Pascha, ainsi qu'à lbrahim-Pascha , commandant de l'avant-garde : a Si tu tiens à ta vie, rassemble les cavaliers dispersés, et vole au secours de. Silistra. [ 2k janvier 1773 ]. »
Silistra fut maintenant l'objet principal des efforts de Romanszoff; mais il échoua dans une attaque qui lui coûta huit cents morts et mille blessés [ 30 mai ]. Romanzoff s'éloigna de la place. Cette retraite, déterminée par les mouvements du serasker Osman-Pascha et du commandant de Silistra , fut le plus brillant exploit des ottomans dans cette campagne ; elle a été décrite en grand détail dans l'histoire de l'empire , et le siège de Silistra par les Rosses a fourni la matière d'un long ouvrage de Mahmud, témoin occulaire des événements. Ce grand succès valut au serasker le surnom de Ghasi, ainsi qu'une pelisse de zibeline , un sabre d'honneur et 10,000 piastres; sept mille décorations furent distribuées dans l'armée. Quand Romanzoff se relira de Silistra, Nuuman-Pascha était à Kainardsche , d'où il pouvait mettre l'armée russe en péril au passage du fleuve. Le feld-maréchal confia l'attaque au général Weiszmann [ 23 juin , ancien style , 2 juillet] ; les janitschares enfoncèrent son carré ; mais les troupes de l'arrière-garde remplirent les trouées ; les Turcs furent battus; vingt -cinq canons tombèrent entre les mains des vainqueurs ; les Russes payèrent ce triomphe par la mort du vaillant Weiszmann. De Rusdschuk,
(1) Bulurlin, l. xvi, p. 143.
le grand vesir avait appris par deux de ses fldèies serviteurs que le serasker de ce poste, Daghistani-Ali-Pascha était en mauvais termes avec les troupes; il le rappela pour l'envoyer à Mardin, à trois lieues de Rusdschuk, et Ismail de Jenischehr fut nommé serasker de Rusdschuk. Après la défaite de Nuuman-Pascha , près de Kainardsche , Daghistani-Ali-Pascha fut placé à Hadschikoi , dans le voisinage de Karaszu ; l'aga des janitschares fut déposé, et chargé de la garde des Dardanelles tandis que Ghasi-IIasan-Pascha fut rappelé de ce lieu où il commandait au camp du grand vesir. Au commandant de Widdin fut conféré aussi la dignité de serasker, de sorte qu'en ce moment il n'y avait pas moins de sept généralissimes ; deux sur mer et cinq sur terre, à Silistra, Hasardschik, Karaszu, Rusdschuk et Widdin, sans compter le grand vesir. Le serasker de Widdin reçut ordre de se porter de Kalafat à Kalla , de rallier les troupes répandues dans ces canton et de les tenir à la disposition du serasker de Rusdschuk pour l'attaque de Giurgewo. On multipliait outre mesure les hauts emplois militaires sur le Danube: ainsi Esseid- Hasan , l'ajan de Rusdschuk, qui avait espéré pour lui la dignité de serasker, reçut les trois queues de cheval et le commandement de Rusdschuk. Au serasker de Karaszu, qui venait d'être battu, fut adjoint le tschaush-baschi Eluadsch-lsperaga , qui dut mener trois mille volontaires de Kainardsche à Karaszu. Quand bientôt après le général Suwarow eut fait échouer la tentative d'arracher Chirsowa aux Russes [3-14 septembre ], quand le serasker eut été repoussé de Karaszu, Daghistani-Ali-Pascha fut nommé serasker, et reçut le gouvernement de la Bosnie ; le serasker de Silistra, Osman, vit placer sous ses ordres la Rumili ; le commandant de Silistra, Hasan-Pascha , alla prendre l'autorité militaire à Oczakow; 1,000 bourses furent envoyées au camp pour les frais des quartiers d'hiver. Mais, avant que les Russes prissent leurs quartiers, Romanzoff voulait frapper encore un coup décisif sur la rive droite du Danube ; le prince Dolgorurki passa le fleuve près de Chirsowa ; le général Ungcr s'avança de Babataghi vers Karaszu. Ils se réunirent à Kara-Murad , et marchèrent sur Karaszu ; les Turcs furest
battus ; les deux commissaires de la cour adjoints auserasker, legouverneurd'Anatoli, Omer-Pascha, et le tschausch-baschi Isper- Aga, restèrent prisonniers. Les Russes se portèrent sur Basaradschik , dout les habitants s'étaient enfuis en partie à Sunna , en partie dans les Balkans. Pour tout butin, les vainqueurs saisirent quinze mauvais canons et deux mortiers. Les femmes et les vieillards, qui n'avaient pas trouvé leur salut dans la fuite , furent massacrés , ou bien maltraités et traînés dans la fange. Quant aux enfants, les soldats russes leur écrasèrent la téte contre les murailles (1). Là, Unger et Dolgorucki opérèrent leur jonction ; puis le premier se tourna vers la gauche pour attaquer Warna, le second marcha contre Schumna. A cette nouvelle il fut résolu dans le camp du grand vesir, jusque-là resté immobile à Schumna , de charger un chef actif de rallier les troupes dispersées, et de réparer les fautes du serasker. L'ardent Abdurrisak s'offrit pour cette tache difficile, courut bien vite à Koslidsche , emmenant avec lui Waszifet le mufti dePhilippopolis, Naszuh-Efendi. Quand ils arrivèrent dans le voisinage de Basardschik, les Russes se retirèrent avec une telle précipitation , que Waszif trouva les marmites au feu avec la viande à moitié cuite. Là le reis-efendi apprit que l'autre division de l'armée russe , sous le général Unger, assiégeait Warna. Les Russes attaquèrent la ville de trois côtés. Le vesir Kelledschi Osman , serasker de la mer Noire, qui était avec son escadre devant Morea, détacha son kiaja avec six cents matelots pour défendre les bastions , et avec ses bâtiments barra l'entrée du Quartier des Chrétiens. Le général Reiser livra l'assaut sur la droite t le prince d'Anhalt Bernburg sur la gauche; mais comme ils n'avaient ni fascines ni échelles, il leur fallut revenir après avoir perdu six canons, trois cents morts et cent voitures de munitions. Ils avaient déjà pénétré jusqu'au Quartier des Chrétiens, quand ils furent repoussés, et, abandonnant les pièces d'artillerie, ils se sauvèrent dans le faubourg par le bastion
(1) Journal militaire Autrichien, I. m, neuvième cahier , p. 98.
du Woiwode. Plus de quinze cents morts restèrent sur la place. Dolgorucki se relira vers Karaszu et Babataghi, Ungern dirigea sa retraite le long de la mer par Baldschik, Kowarna, Mangalia sur Ismail (1).
La nouvelle de la défaite de Karaszu, agita d'autant plus le ministère à Constantinople, que depuis quelque temps le sultan était malade , et que personne n'osait lui présenter la vérité. Enfin le mufti se chargea de lui faire le rapport exact des choses. Le mufti, Mohammed-Molla, chef des émirs, était depuis deux mois et demi revêtu de la première dignité de la magistrature, qu'il devait uniquement à sa complaisance à se soumettre a toutes les vues du ministère. Le belliqueux mufti Mirsasade, qui avait appuyé le parti de la guerre contre l'opinion des ulémas, ne pouvait plus garder son poste, quand le ministère et le sultan souhaitèrent la paix , et que les ulémas ne voulurent entendre parler d'aucune concession menaçante pour les privilèges du chalife et la sécurité de l'empire. L'opioion publique appelait à la plus haute position de la loi, le digne Durrisade qui deux fois déjà l'avait occupée; mais il ne convenait pas au ministère, à cause de la fermeté de son caractère, et l'on choisit le molla Mohammed, qui tout récemment avait rendu un fetwa pour justifier le supplice d'Ali, beg d'Égyte, contrairement aux avis des autres ulémas. Quand maintenant le souple et insinuant mufti , exposa au sultan le rapport sur la défaite de Karaszu, Mustafa déjà aigri par son état maladif, s'écria plein de fureur : « Il est inutile de décrire la manière dont la guerre est conduite par mes seraskers, bientôt je me mettrai moi-même en route pour Andrinople. » Dans la nuit môme, il fit éveiller le kaimakan et le reisefendi, et sur leurs observations que son entrée en campagne devait être décidée dans un grand diwan , il ordonna la convocation de cette assemblée pour le lendemain. Les ulémas s'accordèrent cette fois avec les ministres , pour décider que le départ du sultan n'était pas opportun; et on l'ajourna jusqu'à la guérison de Hustafa. Au milieu de ces circonstances, mourut le scheich Jan-
(t) Buturlin, p. 150.