‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 352 sur 384 · LIVRE LXXII · texte numérisé non relu

LIVRE LXXII

n'avait plus été reproduit depuis l'exécution du puissant et orgueilleux Beschir , gouverneur du palais sous le sultan Mahmud ; il fut exilé enÉgypte. Ridschaji-Efendi étaitdoué d'une si faible intelligence , qu'avant d'arriver à la fin d'un discours il en avait oublié le commencement ; au bout de quatre semaines, on le réduisit au rôle de tschauschbaschi , et Ismail-Raif fut réinstallé dans son ancienne dignité. Sur sa demande , on lui adjoignit le nischandschi pour la discussion des affaires d'état» de sorte que la direction du gouvernement se trouva entre les mains de ces deux dignitaires et du kaimakam. La mort de la sultane Seineb , épouse du précédent kaimakam, fit entrer 11,000 bourses dans le trésor du sultan [ 25 mai 1774 ]. Le grand écuyer alla porter ces sommes au camp du grand vesir et aux seraskers de Nicopolis et de Rusdschuk. 11 y avait en outre une division sous les ordres du reisefendi du camp , Abdurrisak , à Babataghi , et le grand vesir se tenait lui-môme immobile à Schumna. Là s'était montré un oflicier russe avec des lettres de félicitation sur l'avènement d'Abdulhamid , et apportant des paroles de paix. De plus, Romanzoff avait écrit aux envoyés d'Autriche et de Prusse, qu'autorisé à reprendre les négociations, il avait proposé au grand vesir d'adopter, comme bases du traité futur, les articles signés au moment de la rupture des conférences de BukarestU). Thugut et Zegelin, infatigables dans leu» s offres de bon>oflles, dont Roraanzofl' et Obre>koff affectaient au moins de tenir compte dans leur correspondance écrite , proposèrent d'envoyer des interprètes dans le camp du grand vesir ; mais celui-ci déclina ce parti, sous prétexte de l'ouverture prochaine de la campagne. Dans le camp du grand vesir parut, de la part des confédérés polonais, le noble Kosakowski avec deux officiers, et la nouvelle que Pulawski était en route pour le camp; le grand vesir les fit partir pour Conslantinopte , où ils ne furent point écoutés, où l'ambassadeur français lui-même , qui jusqu'alors

(I) Lctlrc du feld-maréchal Romanzoff, à l'internonce, 29 avril (10 mai 1778). Rapport de Tbugnt du 7 juin 1773.

availété le protecteur de leur parti à la Porte, évita de les voir. Le prince Radziwil annonça de Raguse qu'il se dirigeait vers Constantinople. Ces députés espéraient en vain être reconnus par la Porte en qualité d'envoyés de la république . comme le maréchal de la confédération Czerni , adressé avec des présents aux frais de la Saxe, avait été reconnu au moment même où la guerre éclatait (l).Plus tard , quand le camp turc fut levé , Pulawski se sauva a Andrinople, d'où il fut banni à Rodosto, lieu de déportation de tous les agitateurs hongrois et polonais ; mais Pulawski ne laissa point consumer le temps en vaines suppliques, en projets inexécutables, comme avait fait Uakoczy avant lui, et il quitta ce lieu , où l'on voulait laisser éteindre sa vie, pour aller combattre en Amérique. A peine Thugut et Zegelin eurent-ils besoin de représenter à la Porte qu'elle ne devait nullement accueillir les rêveries de ces nobles polonais, car le gouvernement turc n'était préoccupé que des moyens d'obtenir la paix : le sultan, le grand vesir, l'armée, les ministres voulaient la paix à tout prix; les ulémas seuls persistaient à soutenir qu'il n'était pas possible de consentir à un traité où serait consacrée la cession des forteresses moslimes de Kerlsch et de Jenikalaa , contiairemeutaux principes de l'Islam : ainsi la cnquième campagne fut ouverte.

Vers le milieu d'avril , les queues de cheval furent arborées dans le camp d'Andrinople avec une pompe inaccoutumée ; on lut un hymne sur la nais>ance du Prophète et une partie de la tradition de Burhara. Le reis-efendi AbdurrUak dut marcher avec la division de ses troupes contre Chirsowa. Rcili-Ahmed-Aga fut revêtu de la dignité de vesir à Andrinople , pour arrêter les déserteurs qui fuyaient du camp. Mohammed- Pascha-Ispanakdschi passa d'Asie en Europe en franchissant le caual avec six mille hommes; Osman-Pascha , l'ancien négociatenr de Fnlcsrhin, annonça de Stanchio qu'il avait repoussé, avec une perle de trois cents hommes, une tentative de débarquement faite par quelques vaisseaux russes à Bo-

(1) Histoire des trois démembrements de la Pologne, 1. i, p. »27.

HISTOIRE DE L'EMPIttE OTTOMAN.

dron ( Halycarnasse ). C'était la seconde entreprise de ce genre essayée parOrloff; la première de l'année précédente avait été bien plus malheureuse pour les Russes, qui avaient abandonné sept canons, cent quintaux de poudre, beaucoup de bagages et perdu deux mille hommes. A peine se livrait-on à Constantinople à la joie du succès de Bodruo, que le bruit se répandit des défaites sur le Danube, qui se succédaient coup sur coup. Le général Kamenski repoussa de Bnsardschik l'avant-garde du reis-efendi , fit sa jonction avec Suwarow à Uschenli, le lendemain attaqua les Turcs au nombre de vingt-cinq mille hommes dans leur camp de Koslidsche[8-lG juin 1774 ] , et enleva les lignes avec vingt-neuf canons; le chambellan Turachan-Aga resta prisonnier. Le reis-efendi, qui accourait avec Bacht-Girai vers Koslidsche, rencontra les janitschares qui revenaient en masse : c Camarades, leur dit-il, pourquoi avez-vous quitté la sainte lutte? — Nous emmenons nos blessés. — Mais pour cela quelques hommes suffisent , et il n'est pas besoin d'une escorte de cinquante personnes pour un blessé ; les autres doivent retourner. Allons ! je marcherai à votre tête. — Tu en parles à ton aise, tu es à cheval tandis que nous marchons à pied , et à la première occasion, tu t'échappes. — Qu'à cela ne tienne; si vous voulez, je retourne avec vous à pied. » Un coup de fusil mit fin à ce dialogue ; les janitschares, au lieu de répliquer, firent une décharge sur le reis-efendi , qui maintenant piqua son cheval pour se soustraire à cette attaque où périrent quelques-uns de ses gens. Une partie des troupes d'Abdullah- Pascha , blessé dans le combat de Koslidsche , s'enfuyant loin de l'ennemi, franchirent le Balkan et se précipitèrent vers Karinabad , répandant le bruit de la défaite. Aussitôt après, arriva l'avis, envoyé par le serasker Daghistani-Ali , que l'ennemi en marche vers Schumna , était déjà parvenu à Jenibasar. Dans le camp il n'y avait pas plus de huit mille hommes; on résolut de se défendre derrière les retranchements. Daghistani-Ali-Pascha, qui était aussi arrivé dans le camp , dut se mettre à la tête des éclaireurs. Le reis-efendi Abdurrisak, dont la cavalerie avait été la première à se débander à Kos-

lidsche » essaya d'enflammer le courage des troupes et des habitants de Schumna ; déjà il avait été convenu qu'habitants et soldats défendraient la ville en commun , que les femmes et les enfants ne seraient pas éloignés, et les défenses les plus rigoureuses Turent publiées contre les fuyards. Le secrétaire du kiajabeg , Rashet-Efendi , qui désirait retirer son épouse de l'enceinte menacée, l'amena jusqu'à la porte de la ville sou? des vêtements d'homme ; leur allure excita des soupçons. Aussitôt l'on saisit la femme déguisée, elle est traînée dans une chambre au-dessus de la porte , et la vérité se découvre ; tous les sabres se lèvent à l'instant , le secrétaire et son épouse sont mis en pièces. Comme le malheureux , épouvanté aux approches de la mort , afin de protéger sa vie , s'était écrié : « Je suis un serviteur du reisefendi dont cette femme est une esclave », les meurtriers résolurent maintenant de s'attaquer au reis-efendi lui-même. Abdurrisak , averti de ce qui se passait , s'enfuit aussitôt sous la tente de la bannière sainte; cependant les meurtriers courent au pavillon du chef menacé, pillent tout ce qu'ils rencontrent , et, en apprenant quel est son refuge, prétendent l'en arracher [26 juin, 7 juillet J. Cependant le grand vesir avait fait ranger mille Arnautes devant la tente de l'étendard, et les mutins se retirèrent ; le reis-efeodi s'échappa grâce à l'assistance des généraux de la cavalerie. Quand le bruit de ces événements se répandit à Constantinople , l'on expédia au reis-efendi l'ordre de rester à Scherkoi ; déjà il était arrivé dans la capitale , d'où il se rendit secrètement à sa maison de campagne. Le sultan voulait le faire eiécuter ; il fallut de puissantes intercessions pour décider le maître à commuer la peine en une captivité à Kutahije; le frère d' Abdurrisak, Aaschir-Efendi, fut banni à Brusa. Pendant que les Turcs se livraient à tous ces désordres, Kaminski, marchant de Jenibasar vers Schumna, était déjà parvenu jusqu'à la portée du canon. Le grand vesir se tenant immobile derrière les retranchements, il résolut de manœuvrer pour lui couper la route de Constantinople; durant trois jours, il déploya sou aile gauche sur les hauteurs qui dominent Schumna, du côté de Jenibasar. Une division, com-

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