LIVRE
mandée par le général Saborowski, défit l'ancien segban-baschi , Jusuf-Pascha , qui devait défendre dans les Balkans le passage de Tchalikawak. Le septième jour après son apparition devant Schumna, Kaminski divisa son armée en trois camps , qui couvraient l'espace entre Bulanik ( sur la route de Jenibasar à Schumna ) et Kasanlar ( sur la route de Schumna à Parawadi ). Le général Miloradowitsch , avec deux régiments, passa le ruisseau, qui, descendant de Schumna, se jette dans le Kamtschi. Le IV juillet, le grand vesir se trouva enveloppé dans Schumna par les Russes, qui atteignirent pour la première fois le Kamtschi ( le Pamisus ) , limite de l'empire byzantin dans le quatorzième siècle , et qui arrose en se jouant les vallées de l'Hœmus.
Aussitôt après la bataille de Kosiidsche, Romanzoffet Orloff avaient écrit au ministre prussien Zegelin, que d'après les propres instructions du grand vesir, le feld -maréchal s'était vu conduit à proposer comme préliminaires , qu'à l'égard des Tatares il ne fût rien demandé d'inadmissible pour l'Islam ; qu'en dédommagement pour la restitution de tant de conquêtes, Kilburun, Oczakow, Kertsch et Jenikalaa fussent abandonnés aux Russes; et que néanmoins le grand vesir avait repoussé ces bases du traité (1). Mais quand les Russes furent devant Schumna, que l'armée ottomane se débanda de tous côtés , et que la situation devint de plus en plus critique, te grand vesir manda de suite un interprète russe qui se trouvait dans le camp comme hôte du président du contrôle de la cavalerie, pour traduire la dernière lettre du feld-maréchal ; car le drogman de la Porte attaché au camp avait disparu avec la plupart des sous-secrétaires d'état, dont quelques-uns s'étaient enfuis vers Karinabad, d'autres du côté d'Andrinople. Ce n'était plus le moment de considérer avec ironie les propositions du feld-maréchal , ainsi que beaucoup de personnes l'avaient fait jusqu'alors, et de dédaigner de les faire traduire. Maintenant, à leur premier aspect, on se hâta de
(1) Lettre de Romanioffel d'Obrcskoff, du 8-20juiii , dans le rapport de Tbugut.
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dépêcher un message au feld-maréchal pour obtenir un armistice [ 3 juillet 177V ]. En même temps on nomma aux emplois de la chancellerie d'état devenus vacants par la fuite des titulaires. Le nouvel adjoint au secrétaire du cabinet du grand vesir, Nahifi- Efendi, devint beglikdschi ( chancelier ), et ses fonctions actuelles durent être remplies par Eerri-Efendi. Schehri - Efendi , gendre d'Halim, fut nommé secrétaire du kiajabeg. Quand arriva la réponse du feld-maréchal qui refusait l'armistice et demandait l'envoi de plénipotentiaires, le grand vesir rappela Munib devenu reis-efendi depuis la fuite d'Abdurrissak , pour l'envoyer muni de pleins pouvoirs auprès du feld-maréchal.
Le reis-efendi se défendit d'y aller seul; en conséquence le kiajabeg Resmi- Efendi fut revêtu du rang de nischandschi et de la qualité de premier plénipotentiaire ; le reisefendi ne fut plus que le second. Le diwan rassemblé reçut communication de toutes ces circonstances ; et après qu'il eut approuvé à l'unanimité le départ des représentants ottomans même sans armistice , et la paix à quelque condition qu'elle pût être conclue , le juge du camp, Muftisade-Ahmed- Efendi, consulté sur la légalité de la décision, déclara que s'il était possible d'obtenir la paix telle qu'elle avait été offerte précédemment au reis-efendi Abdurrissak, la conclusion en serait légitime. Les deux plénipotentiaires se mirent donc en route pour Kainardsche, et le maître des revues des janitschares , Laleli - Mustafa, partit pour Constantinople avec une supplique signée par tous les ministres et les généraux des troupes, qu'il devait déposer devant l'étrier ' impérial ainsi qu'un exposé de l'état des choses. Le 1G juillet, les ministres de l'intérieur et des affaires étrangères eurent avec le prince Repnin, plénipotentiaire russe, une conférence de quatre heures, et dès le lendemain la paix était conclue [17 juillet 177V]. Toutefois la signature du représentant de l'impératrice ne fut apposée que le 21 juillet, anniversaire du traité du Pruth, aûn que le souvenir de la paix la plus humiliante pour la Russie, fut effacé par l'éclat d'un acte si glorieux. C'est dans des vues semblables que Romanzoff avait choisi Kainardsche pour le lieu du congrès ; là était tombé
le vaillant général Weiszmann sons les coups des Tares; son sang et celui de ses frères d'armes était noblement racheté. La paix de Kainardsche comprenait vingt-huit articles. On y ajouta deux dispositions secrètes concernant le paiement de quatre millions de roubles par la Turquie , et la prompte évacuation de l'Archipel. Le ministre de l'intérieur, Resrai-Ahmed, àtm\e Iieeueil de considérations sur cette guerre, se contente de dire, à propos de la première des deux clauses secrètes, que le grand-vesir avait d'abord autorisé les plénipotentiaires à offrir seulement 20,000 roubles, et qu'ensuite il leur avait permis d'aller jusqu'à M),000. Sur tous les articles publiés étaient consacrés les points déjà reclamés au congrès de Fokachan et de Bukarest : la liberté des Ta tares de la Krimée, de la Bessarabie, des cantons du Kuban, sous la réserve de la dépendance religieuse de l'Islam ; la restitution des pays enlevés au chan , à l'exception des ports de Kertsch et de Jenikalaa ; la remise des conquêtes faites par les russes en Moldavie, Valachie , Bessarabie , Géorgie , Mingrélie et dans l'Archipel, à l'exception encore des deux Kabartnis, d'Assow et de Kilburun ; la délivrance de tous les prisonniers; la liberté de la navigation sur la mer Noire et dans la Méditerranée ; les plus grands avantages pour le commerce ; la sécurité des voyages et surtout des pèlerins de Jérusalem; les traitements les plus honorables pour les ambassadeurs, les consuls et les interprètes; une administration plus équitable pour la Valachie et la Moldavie stipulée en dix dispositions spéciales; le titre de padischali pour le souverain de la Rnssie; la construction d'une église grecque à Pera ; le droit pour l'impératrice de protéger la religion grecque et ses églises. Enlin, de tous les traités conclus précédemment entre les deux empires, celui d'Assow de l'an 1700 sur la délimitation , devait seul rester en vigueur ; tous les autres, notamment celui de Belgrad, étaient abrogés et annulés ; désormais l'acte signé à Kainardsche servirait de base à toutes les relations entre la Hussie et les états du sultan. De la Pologne , cause principale de la paix , il ne fut pas dit un mot (1 ).
(1) Fcrrand, I. H, p. 249.
Arrivés à la On de la sixième période de cette histoire, terminée par la paix de Kainardsche sur laquelle le premier plénipotentiaire ottoman a laissé des considérations importantes , c'est le moment d'exposer 1m réflexions suivantes : Quoique la paix de Carlowicz eût pour jamais brisé en Europe la force envahissante de l'empire oltoman, nous avons pourt*'» vq dans la période qui nous occupe, le croissant embrasser momentanément de nouveaux territoires en Asie par le traité de partage u'c la Perse , et la Porte conclure deux fois la paix à des conditions avantageuses , sur le Pruth et à Belgrad. Des six règnes qui remplissent cet espace, le premier et le dernier sont marqués par les plus grands désastres; la révolte renversa Mustafa II du trône; Mustafa 111 subit les tristes défaites qui mirent la Russie en état de dicter In loi à Kainardsche. Osman III et Abdulhamid apparaissent comme des ombres; mais les règnes d'Ahmed III et de Mahmud I*r offrent plusieurs aspects brillants sous le point de vue des institutions et du développement de la civilisation. Les deux grands vesirs, Ibrahim, qui régna an nom d'Ahmed III, et Raghib , la dernitre colonne de l'édifice chancelant, jettent un assez vif éclat sur la nuit qui descend sur l'empire ottoman. Les lumières et les talents de ministres de la Porte , tels que le reis-efendi Mustafa qui avait commencé sa carrière politique par une ambassade à Vienne , et le grand vesir Mohammed-Seid qui avait débuté par des missions à Pétcrsburg et à Stockolm , les efforts quelquefois heureux de protégés comme Rakocry et Bonneval , l'action de représentants européens éclairés et habiles, tels que Villeneuve. Porter, Obrcskoff, Penkler et Thugut, l'établissement de l'imprimerie par Mohammed Tschelebi ancien ambassadeur en France, à l'aide du renégat hongrois Ibrahim, les améliorations intraduites dans l'art des fortifications et le système de l'artillerie par le fil? du rebelle hongrois, le baron de Tott; l'alliance avec la Suède , la médiation de la France à l'occasion du traité de partage de la Perse entre la Porte et la Russie ; les excitations de celte même puissance occidentale à la guerre contre la Russie, fondée sur l'obligation de protéger la Pologne; l'offre