LIVRE LUI
à la bienveillance de l'empereur (I ) ; mais la haute Hongrie soutint contre loi Rakoczy, condamné parla Porte, et l'empereur fournit des secours a ce dernier, qui les implorait au nom du Christ. Déjà , cinq mois auparavant , le grand vesir s'était plaint, dans une lettre adressée par un aga au premier maître de la cour prince Porcia , que l'on eût laissé à la mère de Rakoczy la faculté de faire des enrôlements dans les provinces mêmes de l'empereur ; à cela il fut répondu que la cour impériale avait approuvé la conduite de Rakoczy, sans pourtant blâmer le choix du nouveau prince François Rhedei ; que l'Autriche ne prêterait son concours è aucun parti, mais que rien ne devait être changé en Transylvanie. Après la soumission de Jenœ et la fuite de Rakoczy. le gouverneur d Ofen.Kenaan-Pascha , chargé de maintenir la Transylvanie, écrivit au palatin que la désobéissance de Rakoczy avait appelé sur lui un châtiment, mais qu'il s'était dérobé aux poursuites des Ottomans en passant la Tbeys; que lui, Kenaan, fidèle aux dispositions de la paix, ne transporterait pas un seul de ses soldats au-delà du fleuve , pourvu que de son côté le palatin respectât non moins scrupuleusement les traités. L'aga envoyé par le grand *esir à l'empereur, à son retour, rapporta que sous ses jeux l'on avait permis à Rakoczy et aux deux woiwodes de Valachie et de Moldavie de se rendre è Frankfurt auprès de l'empereur, tandis que luimême avait dû rester â Vienne. Kœprili adressa de rudes paroles à Reninger et à l'interprète impérial Panajotti , déclara que Auprès la capitulation accordée par le sultan Suleimm au prince de Transylvanie , il était expressément interdit à celui-ci d'entretenir des intelligences avec aucune autre puissance; que maintenant Rakoczy avait violé ces articles pour la troisième fois ; que les woiwodes de Moldavie et de Valarhie réfugiés en Transylvanie devaient être livrés en vertu de la capitulation. L'année suivante Auguste de Mayern vint comme internonce â Constantinople . notifier le couronnement de l'empereur Léopold ; puis il se rendit à
(I) La lettre eat insérée dans le rapport de Jte- ■inger.
tofc. fit*
Brusa, oû depuis Bajesid-llderim H n'avait été donné audience à aucun ambassadeur européen. Il remit ses lettres de créance [12 août 1659], et se montra très-réservé dans ses présents , parce qu'il apprit que la lettre de son maître était restée sans réponse. Le grand vesir réclama l'extradition de Rakoczy ; l'internonce répondit : c Que ce prince n'était pas entre les mains de la cour de Vienne, et que, fût-il même à la discrétion de l'empereur, l'honneur interdirait à ce monarque de le livrer. Le reisefendi Schamisade, homme très-versé dans la connaissance de l'histoire et conseiller intime du grand vesir, dans un souper qu'il donna à l'internonce, laissa entendre que l'empereur pourrait bien agir avec Rakoczy comme le pape avait fait jadis à l'égard de Dschem, comme le schah s'était conduit envers Bajesid. L'internonce objecta que le cas était différent ; que d'ailleurs le pape'et le schah avaient été flétris pour leur criminelle violation de l'hospitalité. Pour répondre à la mission de Mayern, Suleiman-Aga fut envoyé à Vienne, oû il devait complimenter l'empereur è son couronnement. Le sultan et le grand vesir écrivirent en outre : que Rakoczy s'était rendu coupable de crime* en Transylvanie , patrimoine du sultan ; que la Porte était résolue à poursuivre son châtiment par les armes, et qu'en se défaisant de ce rebelle l'empereur pouvait détruire un obstacle â la paix. Le sultan s'était exprimé d'une manière analogue à l'audience de congé de Mayern ; et l'ambassadeur français fit savoir bien vite è sa cour que le seul moyen d'envelopper l'empereur dans une guerre serait de soutenir Rakoczy (1). Cependant la Transylvanie succombait sous le poids énorme du nouveau tribut de 80,000 écus. L'agent de Barcsay, Michel Serenyi , venu seulement avec 40,000 écus, fut jeté dans les Sept-Tours , quoiqu'il apportât en même temps de l'argenterie pour une valeur de 20,000 écus; l'arrivée d'un courrier chargé du reste de la somme lui procura enfin la liberté. La Transylvanie avait* dû en outre verser 5.000 écus â compte sur les 15,000 exigés pour les frais de guerre.
(1) Rapport de Reninger; Mohammed Chalifc, fol» 101.
Le négociateur de Barcsay, Sigtsmond Buday » dans une conférence chez l'envoyé turc Suleitnan-Aga , apprit que Sidi-Ahmed- Pascha et le chan tatare avaient reçu ordre de marcher contre Rakoczy, qui mourut cinq mois après des suites de blessures reçues sur le champ de bataille (1). Quand Suleiman-Aga fut de retour à Constantinople, le reis-efendi se montra blessé du style de la chancellerie impériale, qui disait : « Nous lui avons permis de s'approcher de notre trône impérial ; » cela était d'un orgueil inaccoutumé. Panajotti fit observer que dans la lettre du sultan se trouvait cette phrase : « Après qu'il eut prosterné son front devant Tétrier impérial ; » ce qui était dur à entendre (2). Bientôt après arriva un messager d'état du nouveau gouverneur dOfen et serdar Se id-Ali-Pascha, adressé au duc de Sagan à Vienne. Il apportait une liste de seize griefs, dont les principaux étaient: l'incendie de Jossol .des enlèvements de bestiaux , des excursions de corps de partisans sur le territoire ottoman. Cependant Souches , commandant des troupes impériales en Hongrie , en vertu du traité conclu avec Rakoczy, avait mis garnison dans les places deSzathmar, Kallo et Tokai, et occupé les deux comitats, que Barcsay sollicita plus tard pour lui-même auprès de la Porte (3). Vischer de Rampelsdorf , qui avait été envoyé à Sidi-Ali , pascha d'Ofen , pour s'entendre avec lui, rapporta une lettre de ce pascha , dans laquelle était recontée la défaite de Rakoczy, et qui contenait des plaintes sur les irruptions dans les comitats de Szathmar et de Szabolcs. Souches écrivit pour la seconde fois à Sidi-Ali-Paseha par le commandeur Larobach , qu'il s'était avancé sur la frontière seulement afin de maintenir la paix et d'assurer le pays contre les courses des Tatares. Le duc de Sagan écrivit dans le même sens. Malgré toute cette correspond
(1) Relaiione di qncllo clie b passato Snleimau- Ago, inlernuniio otlomario, e Sigistnondo Buday, huomo del s. Acbatio Barczay nel congrcsso scguiio fra lero nella casa del modcsimo aga, 15 doc. 1659.
(2) Rapport de Panajotli.
(S) Kalona, 1. xxxiu, p. 199; d'après Ka»y, I. yui , p. 2S9 , et Belhlcn , I. m, p. 8.
dnnce, Sidi-Alise préparaità marcher contre Grosz-Wardein. L'envoyé de Barclay, liai— 1er, vint solliciter la remise des 50 000 écus imposés à la Transylvanie pour les frais de guerre; Sidi-Ali le fil charger de chaînes du poids de soixante livres, parce qu'il ne voulut pas remettre au serdar la forteresse de Grosz-Wardein, confiée à sa garde (1). Alors Barcsay se rendit en personne au camp turc, situé entre Lippa et Jenœ; là il fut accablé de reproches à cause des troupes auxiliaires envoyées à Rakoczy, et fut retenu prisonnier (2) ; et Ali-Pascha poursuivit sa route vers Grosz-Wardein. A son approche, François Gyulay s'enfuit à Patak avec le cadavre de Rakoczy. La garnison , composée seulement de huit cent cinquante hommes, mit le feu aux faubourgs, et Ali-Pascha commença le siège, dont Souches, fut spectateur [juillet 1660]. La trahison fournit au serdar les moyens de détourner l'eau des fossés au moyen de canaux secrets ; et le magaMti a poudre, ayant fait explosion, renversa une partie de la forteresse. Après six semaines de siège et un échec éprouvé dans un premier assaut, le serdar accorda à la garnison la liberté dé se retirer; à son grand étonne* ment, il ne vit sortir qu'une faible troupe de trois cents hommes. Alors il renvoya le commandeur Larobach à Souches , en s'excusant de son retard à congédier l'envoyé hongrois, sur les occupations que lui avait données le siège de Wardein C'était là une conquête importante, qui avec celle de Jenœ offrait en Transylvanie des succès comparables à la prise de Lemnos et de Ténédos dans l'Archipel. Le fils du grand vesir Na*~ zuh-Pascha, l'historien, décrit les triples murailles de la place , ses fossés larges de cent aunes sur vingt de profondeur. Un sandschakbeg écrivait aux comtes Adam et Ladislas Karolyi , commandants des forteresses de Szalhmar et de Kallo : « Moi , Husein , champion héroïque du plus invincible empereur, grand palatin de Bihar, Szalh* mar, Szabolcs et Grosz-Wardein, jeté salue, Adam Karolyi. Je te prends en pitié . car Szathmar appartint au padischah le plus invincible, et tu essaies en vain de soulever
(1) Le même d'aprts les mêmes.
(2) lbid.