‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 37 sur 384 · LIVRE LUI · texte numérisé non relu

LIVRE LUI

Kallo. Celui (fui n recours à la clémence ne sera pas offensé dans un seul de ses cheveui. Songe que Kœvar et Bot ko forment les limites de la Transylvanie; Munkacs, Patek, Tokai, appartiennent au padischah. Commandant de Kallo, comment te trouves-tu?

comment dors -tu? Nous irons bientôt te rendre visite. Gouverneur de Szathmar, toi, aveugle chien, pourquoi rester stupidement paisible, avec le commandant de Gusdiu?

Celui qui se disait ton maître est mort, et Gusdin appartient aussi au sultan ; sachez le donc bien , et hâtez-vous d'agir en conséquence. Donné à Wardein. Moi, Husein- Aga, ceint depuis treize ans du sabre que je trempe chaque jour dans le sang hongrois.»

Sidi-Pascha dans son expédition contre Wardein avait dû se passer du secours du chan ta tare, qui était en guerre ouverte avec les Russes et les Cosaques. L hetman des Cosaques Zaporogues, que les histoires ottomanes appellent roi d'Ocsakowou du Dnieper, avait donné avis au chan tatare de l'envoi d'émissaires russes chargés d'exciter ses peoples , comme chrétiens et compatriotes, à s'armer pour attaquer de concert les Tatares. Aussitôt le prince tatare se mit en mouvement, et une armée russe de dixsept mille hommes, à laquelle s'étaient joint* cinq mille Cosaques, assiégea le château de Mnichli. Le chan allait franchir le Wolga quand il reçut cette nouvelle; alors il se tourna du côté de Mairhli , et détacha en avant quinze mille Tatares «nus la conduite du beg Firasch [ juin 16(i0 ]. Le lendemain cette avant-garde atteignit un corps mise dont il ne s'échappa que mille hommes environ ; les cinq mille Cosaques du Dnieper furent exterminés. Informé de ce succès, le chan fit halle, tira des renseignements des prisonniers, puis ordonna de les massacrer. L'hetman des Zaporogues , avec soixante mille Cosaques , s'approcha pour présenter aes hommages au chan. Six prisonniers amenés devant le vainqueur déclarèrent qu'une nrmée rus^e de cinquante mille hommes assiégeait Maichli , et que des corps non moins considérables protégeaient les gués du Wolga, pour empêcher le passage des Tatares et des Cosaques; que toutes les forces militaires des Russes avaient été ainsi convoquées. Il fut résolu d'attaquer d'abord les

cinquante mille hommes postés pour couvrir les gués , et de se porter ensuite sur le camp. Les Cosaques chargèrent les premiers, puis les Tatares. Le chan, placé sur une hauteur d'où il contemplait la bataille , implorait le Ciel pour qu'il lui accordât la victoire. Pas un homme des défenseurs du gué n'échappa vivant ou libre. On traita de la rançon de trente mille captifs. Les principaux guerriers qui se trouvaient entre les mains du chan furent évalués au moins A 100,000 ducats. Dans le conseil les plus anciens des Tatares exprimèrent l'opinion que, ne pouvant se fier entièrement aux Cosaques alliés, le plus sûr était de massacrer tous les prisonniers. Ce parti ayant été adopté , d'abord on amena les officiers russes devant la tente du chan, où ils furent décapités, puis on immola les trente mille soldats. Alors on se porta sur la forteresse ; en avant marchaient les Cosaques, puis venaient les Tatares ; une effroyable bataille s'engagea ; elle dura trois jours sans que la victoire se décidât ( 27 juin 1660 ). Le quatrième jour enfin les Russes prirent la fuite. Les Tatares se mirent à leur poursuite, les atteignirent sur la rive d'un grand fleuve et les anéantirent ; ceux qui ne tombèrent pas sous lo tranchant du sabre périrent dans les Dots. L'armée victorieuse s'arrêta là quelquesjours pour soigner les blessés, et se dirigea ensuite vers la place frontière de Rumnia,dont les habitants se réunirent spontanément à l'hetman des Cosaques. Néanmoins, amené avec cinq cents hommes de la garnison devant le

j chan tatare, le commandant fut massacré en sa présence. Les châteaux des alentours tombèrent successivement et furent occupés par les Cosaques. A partir de la montagne de sable de Poschon, des troupes de cavaliers tatares, rapides comme le vent, furent lancées dans l'intérieur de la Russie, et, comme il ne se trouva nulle part de force pour leur résister, tout le pays, dans un cercle immense, fut dévasté par le fer et par le feu pendant quinze jours , et les Tatares revinrent chargés de butin auprès du chan. Les bulletins de victoire arrivèrent à Constantinople en même temps que trou cents têtes envoyées par le pascha de Bosnie, Melek- Ahmed-Pascha , qui les avait prises dans un

J combat livré à trois mille Hongrois. La joie

du sultan fut si grande qu'il ordonna des réjouissances publiques de sept jours, et durant sept nuits de brillantes illuminations éclairèrent la capitale.

Les opérations des Ta tares et des Cosaques déterminèrent l'envoi d'ambassades par les parties belligérantes. Le général Wichowski, au nom des Cosaques, et la nation elle-mêmême firent solliciter des secours contre la Russie. Un envoyé russe vint apporter des lettres du czar, qui se plaignait des irruptions des Tatare*», et priait la Porte d'interposer son autorité pour préserver l'intérieur de la Russie de désolations telles qu'elle venait d'en éprouver. L'ambassadeur polonais, au contraire , était chargé d'offrir des remerclments pour les secours portés par le chan tatare , et des félicitations sur la prise de Grosz-Wardein. Le jour où lui fut donnée audience [26 mai 1661 ], furent plantées sur des piques, devant le diwan, cent têtes de Cosaques appartenant aux hordes qui avaient voulu surprendre , pour les détruire, les trois nouvelles forteresses élevées sur le Don. Szomovski , dans son discours , s'étendit sur la prospérité que la Pologne devait aux exploits des Tatares et è l'abaissement des Russes. Le grand vesir ne réclama pas moins, d'un ton menaçant, l'extradition du woiwode de Valachie, Constantin, qui s'était réfugié à Caminiec. Szomovski rapporta à Lemberg un manuscrit précieux sauvé du grand incendie de l'année précédente de l'Hedajet, l'an des ouvrages les plus estimés de la jurisprudence de l'Islam , que le renégat Bobowski envoyait aux jésuites de sa ville natale. L'ambassadeur polonais, è son retour, fut accompagné par un tschausch qui devait protester contre l'élection du jeune Rakorzy au trône de Pologne. Trois mois auparavant était aussi arrivé à Constant inople un envoyé algérien avec des présents d'une valeur de 10,000 ducats. Ces présents ne furent point accueillis gracieusement par le grand vesir; car le dey d'Alger, Ramadhan, qui les envoyait, était, à vrai dire, un rebelle succédant a un autre rebelle , son cousin Chalil , qui avait arraché ce pouvoir au gouverneur nommé par la Porte pour trois ans, selon la coutume, et s'était paré le premier du titre de dey. Le diwan de cette espèce de , souverain consistait en vingt^juatre buluk-

baschis, chefs commandant chacun à vingtquatre soldats, en vingt-quatre capitaines et dix-huit anciens. A la fin de l'année précédente Ramadhan avait conclu , avec l'envoyé anglais de Charles II , le comte de Winchelsea , un traité en sept articles pour la sûreté du commerce de la Grande-Bretagne (1). Winehelsea vint è Conslantinople remplacer l'ambassadeur anglais sir Thomas Bendish. Pourlui plaire, le gouvernement fit renouveler l'ancien présent de bienvenue qui avait été offert au premier représentant de l'Angleterre. Ce présent consistait en dix moutons, cinquante poulets, cent pains, vingt pains de sucre, vingt cierges, dont dix de cire blanche et dix de cire jaune. Audience fut accordée è l'ancien et au nouvel ambassadeurs suivant le cérémonial accoutumé ; mais Winchelsea reçut dix kaftans au lieu de dix-huit qu'on offrait ordinairement aux ambassadeurs européens. Pour lui, au nom de son roi , et aux frais de la compagnie du Levant, il offrit cinquante habillements : dix de velours , dix de taffetas , dix d'étoffe d'or, dix de soie, dix de drap anglais, et quatre dogues. L'interprète de l'ambassade lut une lettre dans laquelle le roi Charles notifiait sa prise de possession du trône et le pardon accordé par lui aux complices du meurtre de son père , recommandait la protection du commerce , et sollicitait , comme témoignage d'une faveur spéciale, l'affranchissement de tous les esclaves anglais. L'ambassadeur visita le mufti et le kapudan-pascha, offrit au premier six pièces d'étoffe , et au second cinq pour habillements. En témoignage de gracieuse bienveillance, la Porte fit mettre en liberté trois esclaves anglais , qui furent renvoyés sur la frégate qui avait amené l'ambassadeur. Le représentant du roi de France dut quitter Constant inople , non-seulement à cause des ressentiments personnels du grand vesir, mais aussi parce que la Porte était irritée de ce que la Franc»* envoyait des renforts en Crète aux Vénitiens. Après l'enlèvement du rocher de Skiathos, au nord de Nèg repont, par Morosini, la flotte combinée

(1) Le traité d»ns Rjcaut , Ap. Knolles, I. ti, p.

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