‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 38 sur 384 · LIVRE LUI · texte numérisé non relu

LIVRE LUI

des Vénitiens, da pape, de Malle et de France, parut devant Suda, et s'empara du fort de Santa- Veneranda [ 22 août 1660]. Les alliés se virent trompé* dans leur espoir de surprendre la Canée ; mais les troupes de débarquement , conduites par le prince Almérich, enlevèrent les châteaux de Calorejo, Calama et Apricorno. On retira quatorze canons trouvés dans ce «iernier fort, dont les muraille» furent rasées. Le capitaine général essaya ensuite ses forces contre le serdar de l'Ile , Kaiirdschioghli , dans un combat près de Cicalaria , dont l'artillerie prenant les Turcs à dos, leur fit éprouver des pertes considérables; pas un d'eux n'aurait échappé si les neuf cents cavaliers vénitiens avaient fait leur devoir. En dépit de tous les efforts des Vénitiens, les Turcs parvinrent a jeter six mille fantassins et six cents cavaliers dans la Canée, et l'on résolut maintenant de se porter vers Candia-Nova (la nouvelle forteresse établie par les Turcs en face de Candie ), dont la garnison était affaiblie de quatre mille hommes qu'en avait tirés Katirdschioghli. L'entreprise échoua par la cupidité de quelques officiers et soldats qui se mirent à piller avant le temps (I). Katirdschioghli, accouru de Candie, contraignit les Vénitiens A renoncer à leur tentative et A se rembarquer. Le supplice de Taukdschi-Pascha et la nomination de Katîrdschi-Pascha à sa place donne quelque crédit aux bulletins de triomphe des historiens ottomans (2).

La nouvelle du siège deGrosz-Wardeinqui devait plus tard allumer une guerre si furieuse , arriva dans la capitale de l'empire ottoman au moment où un incendie né du hasard dévastait une grande partie de la ville [24 juillet 1660]. La flamme dévora les quartiers autour des mosquées de Bajesidet de Mohammed II, s'étendit le second jour vers le besestan de Mahmud-Pascha et de Tahtulkalaa , dévora d'un côté tout ce qu'elle rencontra jusqu'à l'hippodrome , de l'autre toutes les constructions jusqu'aux casernes des janitschares, en face des magasins aux farines, exerça ses ravages aussi la nuit

(() Brnsoni, I. xvn, p. 8$.

(J) Wcd*ebibi, fol. 119 et no.

suivante, jusqu'à la porte de Kumkapo et de Psamatia, gagna même le débarcadère de Daud-Pascha , et ne ralentit sa fureur que vers le soir du troisième jour. Non-seulement les choses précieuses et tous les effets transportés dans les mosquées y furent consumés, mais encore des hommes qui s'y étaient réfugiés; il en périt vingt-huit dans la mosquée de Dscherrah-Mohammed-Pascha, vingt-six dans celle de Mahmud-Pascha ; dix -sept dans l'enfoncement de Vlanga-Psostan , plusieurs dans l'ancienne citerne de Mocisia appelée fiodran; un écroulement de murailles entraîna la mort de trois mille personnes dans un seul temple ; dans un chan , trois cents furent écrasées ou suffoquées; il y eut eu tout quatre mille victimes , et l'incendie détruisit deux cent quatre-vingt mille maisons, trois cents sérails , cent chans et karavansérails. L'extension de l'incendie fut due principalement au kiajabeg Suleiman, qui ne sut pas maintenir l'ordre ni préparer les moyens de combattre le fléau. Un des vesirs de la coupole, Dabbagh-Mohammed , adressa un rapport dans ce sens sur l'incendie au sultan. C'était une violation du kanun ; car c'était seulement au kaimakam à connaître de ces faits. Aussi le grand vesir punit ce délit par la mort de Dabbagh-Mohammed. Presque au même temps on apprit que des incendies avaient éclaté dans beaucoup de parties de l'empire; à Brusa, Tokat, Sofia, Silistra, Yassy, Kanischa. L'année suivante fut désolée par la peste et la famine. Chaque jour plus de mille cadavres sortaient de la capitale par la porte d'Andrinople. Des villages entiers furent dépeuplés dans la Rumili. Cette province et l'Anatoli étaient frappées par les trois fléaux du feu, de la famine et de la peste. Dans l'incendie de Kanischa , l'explosion du magasin à poudre ayant fait sauter une grande partie des murailles , le comte Zrinyi vint assiéger la place ; mais des ordres de Vienne le forcèrent à lever le siège. Alors, transporté de fureur, il jeta son sabre à terre , et à une lieue de Kanischa , sur la Mur, il éleva une forteresse que de son nom il appela Zriowar (I). La colère de Kœprili ne connut plus de bornes, à la

(1) Bycaut, p. ttO; Valicro, p. 518. Orlhélic

nouvelle de la construction de Zrinwar ; mais comme le résident impérial se plaignait de la marche de Sidi-Ahmed sur Wardein, première violation de la paix , comme satisfaction apparente, on transporta Sidi- Ahmed d'Ofen à Kanischa, et le gouvernement d'Ofen fut donné à Ismail-Pascha (le grand inquisiteur) ; tous deux furent soumis à Ali-Pascha , nouveau serdar contre la Hongrie, qui était en pleine marche vers la frontière hongroise. Vischer de Rampe isdorf fut envoyé auprès du serasker Ali- Pascha , à Temeswar , afin de l'arrêter dans marche [ 17 juin 1661 ]. Sidi-Ahmed- Pascha était l'un des vesirs poursuivis par les ressentiments implacables du vieux Kœprili, l'un de ceux dont le supplice n'avait été ajourné que faute de bonne occasion. Depuis qu'il avait été rappelé d'Ofen et subordonné au nouveau serasker, seize chatti-schérifs avaient été adressés an chef suprême pendant qu'il se dirigeait vers la frontière; et tous lui demandaient la tête de Sidi-Ahmed. Enfin se présenta une occasion pour Ali-Pascha de faire immoler la victime désignée , sans courir lui-même aucun danger. Sidi-Ahmed atteint de cinq balles dans le corps , avait pu encore s'élancer à cheval , et serait parvenu a s'échapper , quand un de ses propres gens lui porta le dernier coup : «Traître, ingrat!» s'écria Sidi-Ahmed en «'enveloppant dans son manteau, et il fut achevé par les gens de la suite d'Ali , qui le frappèrent avec les piquets de la tente (l) [26 juin 1661 ]. Le jour où la tête de Sidi- Ahmed arriva à Constantinople , le pascha d'Alep, Chaszeki-Mohamroed, époux de la plus jeune sœur du sultan, fut étranglé ainsi que son kiaja. Aucune alliance , aucun mérite, aucun service ne pouvait mettre à l'8bri des coups du grand vesir. Le juge de Constantinople, Sendeddinsade-Ruhallah, le secrétaire d'état Widschdi , le chambellan Kemalsade Mohammed, furent immolés tous trois, sous la vague accusation de calculs cabalistiques et de prédictions astrologiques ; mais la véritable cause de leur mort, ce fut le ressentiment que Kœprili avait conçu, étant encore gouverneur de Chypre , contre

(l) Relation de Vùcher de namj>dsdorf.

le poète Ruhi, leur maître, et la haine que le reis-efendi Sihamisade nourrissait contre le poète Widschdi. A ces victimes furent ajoutés le gouverneur d'Ég) pte, Schehsuwar, sous le faux prétexte du détournement de quelques bourses dans la succession du beg de Dscherdscbe , le gouverneur de Crète , Taukdschi-Mohammed-Pascha , qui avait éprouvé des revers dans les combats. Le beglerbeg de Silistra , Mustafa , qui remplaça Suleiman , assassin de Sidi-Ahmed , fut envoyé a Diarbekr; et à peine y arrivait il qu'il y trouva l'eiécuteur; on avait déjà tué son kiaja sur la route [août 1661 ]. Kœprili, depuis long-temps frappé d'infirmités, semblait aspirer de plus en plus le sang et la guerre. Afin de donner une impulsion plus vigoureuse aux opérations militaires en Hongrie, il détermina le sultan à se rendre encore à Andrinnple, et il établit en qualité de kaimakam dans la capitale son fils Ahmed' Kœprili, jusqu'alors gouverneur de Hamas. Le sultan se dirigea par Gallipoli sur les Dardanelles pour visiter les nouveaux châteaux, et au bout de vingt jours il campa devant Andrinople.

Dans l'avant-dernière année de sa vie, Kœprili, octogénaire, exerça son esprit d'activité par de grandes constructions. Il éleva des fortifications sur la frontière du nord , aux frais de l'État; dirigea des travaux entrepris avec l'argent de la sultane Validé pour l'embellissement de la capitale, en commenta ou en acheva de ses propres deniers. De même qu'il avait fait protéger les Dardanelles par de nouveaux châteaux , il ordonna maintenant d'élever des ouvrages sur les rives et aux embouchures du Don et du Dnieper. Le premier de ces forts était bâti non loin d'Assow , à l'embouchure du Don , pour empêcher ou surveiller l'entrée en mer des tschaïks des Cosaques. Pour obéir à un chatti-schérif impérial, le rhan se mit en marche vers Assow. avec vingt mille Tatares; le kalgha se tint avec quarante mille hommes à Pcrekop. Le nureddin fit des courses avec le reste. Cinquante mille Polonais, ennemis des Cosaques, entrèrent également en campagne ; faisant leur jonction avec les Tatares, ils parcoururent le pays des Cosaques, qui perdirent vingt mille . morts et deux, chate aux, où se logèrent les

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