‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 40 sur 384 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

de lecture de la tradition pour les pauvres et le tombeau de ce grand vesir, le tout à ses frais. Il paraîtrait que sur son lit de mort il recommanda au sultan de ne point prêter l'oreille aux femmes , de ne laisser aucun sujet devenir trop riche, de remplir le trésor par tous les moyens possibles, de se tenir lui-même toujours en mouvement avec les troupes (1). Après la prise de Grosz- Wardein, le résident impérial Reninger lui faisant observer qu'il devait redouter la réunion des forces de mer et de terre des puissances chrétiennes , il répondit dans l'esprit de la véritable politique turque : « Que le lion sou maître ne craignait ni le feu ni l'eau; que tous les chrétiens pouvaient se réunir pour attaquer l'empire, s'ils voulaient apprendre à connaître sa puissance (2). » Deux ans auparavant, dans les comptes du sérail , il avait refusé de solder un gros morceau d'ambre, parce qu'un lion irrité comme son maître ne devait pas être ainsi efféminé (3). Ces paroles sont bien dans la nature de Kœprili, qui était certes un grand homme (ilélat , d'une humeur austère et inflexible. Daus l'espace de cinq années de son grand vesirat, il fit périr environ trente-six mille hommes de mort violente ; et ce nombre ne paraîtra pas exagéré si l'on se rappelle l'aveu de i'aga qui seul en frappa quatre mille , le massacre d'Alep et les vingt à trente têtes qui pendant une année entière étaient jetées chaque jour devant le sérail. Il semblait qu'en s'avançant vers la tombe le vieillard sentit s'accroître sa passion de châtiments sanglants, et qu'il voulut se faire précéder par de nombreuses hécatombes. Toutefois , en se reportant au temps où il administra diverses provinces, qui conservèrent de lui le souvenir d'un gouverneur juste et bienveillant, on arriverait à penser que cette cruauté n'était pas un penchant naturel , mais qu'elle entrait dans un système réfléchi , d'après une opinion bien arrêtée, que l'hydre de la rébellion ne pouvait pas être autrement enchaînée , et que par ces moyens seuls on pouvait maintenir l'obéissance absolue. Puis on se

(1) Valiero, I. n.p. 518; Rycaut , p. 123.

(2) Le môme, p. 515.

(3) Le même, p. 4%.

demande si , dans le cas où l'anarchie , le changement continuel, les insurrections incessantes des soldats se seraient prolongées pendant cinq années , moins de sang aurait été répanda? sileût été possible d'atteindre le double but politique du repos intérieur et de la gloire au dehors par des moyens pins doui^t plus hamains? Avec les éléments fournis par l'histoire la première question se résout négativement; mais il en est tout autrement de la seconde : car au temps même où la révolte dévorait l'empire , alors que Murad le creuseur de puits tenait le sceau de l'état; que le trône était occupé

par Murad IV, le sang ne fut pas versé à si grands flots ; des voies plus douces pouvaient conduire aussi à de glorieux résultats politiques; car le fils même de l'impitoyable grand vesir qui vient d'expirer sous nos yeux , Ahmed Kœprili, plus grand que son père, dont l'administration dura quinze années, se couronna de lauriers immortels dans les guerres d'Allemagne , de Crète et de Pologne, conquit Ujwar, Candie et Caminiec ; nous allons le voir dans les trois livres suivants acquérir la gloire du guerrier et de l'homme d'état, et montrer à la fois son amour pour l'ordre et les sciences.

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