LIVRE L1V
AIIMEIV-K0EPR1LI. — IL DEVIENT GRAND YESIR. — MORT DE KEMENY. — LB SULTAN RE- TOURNE A CONSTANTINOPLB. — IL TARAIT VOULOIR GOUVERNER PAR LUI-MÊME. — ON NE LAISSE PAS RECONSTRUIRE D'ÉGLISES GRECQUES. — RAPPORTS DIPLOMATIQUES AVEC LES AGENTS DE VENISE, D'ANGLETERRE, DE FRANCE , DB TRANSYLVANIB , D* AUTRICHE.
— GUERRE CONTRB LA HONGRIE. — NÉGOCIATIONS AVBC LES PLÉNIPOTENTIAIRES IMPE- RIAUX A DELGRAD, ESZEGG , OFEN. — EXPÉDITION VERS NEUHAECSBL. — DÉFAITE DB FORGACS, PRISE DE NBUHAEUSBL. — * EXÉCUTION DU REIS-BFBNDI ET DB SON BBAU-PÉBB.
— APAFY AU CAMP TURC. — CONQUETE DB NEUTRA , LEWBNCZ , NOVIGRAD. — LBS TA— TARES EN MORAVIB ET EN S1LÉSIB. — RETOUR DB L'AMBASSADEUR IMPÉRIAL. — RÉCEP- TION D'UN ENVOYÉ POLONAIS. — EXPÉDITION DE ZRINYI CONTRE SZIGBTH BT FUNFKIRCHEN.
— EXÉCUTIONS. — NAISSANCE DU PRINCE MUSTAFA. — PRIÈRES PURL1QUES. — SCHE1CH- WANI. — LA SCLTANB VALIDÉ ET LA CIIASZEKI. — DÉPART DU GRAND VES1R. — CHCTB DE NEUTRA. — LEVÉE DU SIÈGE DB KANISCHA. — SIEGE, PRISE BT DESTRUCTION DB ZRLXWAR. — MARCHE DU GRAND VfiSIR SUR LB RAAB. — BATAILLE DB LEWBNCZ. — MOUVEMENT DES DEUX ARMÉES SUR LE RAAR. — NOUVELLES PROPOSITIONS PACIFIQUES.
— BATAILLE DU SAINT-GOTHARD. — PAIX DE VASVAR. — NOMINATION D'UN AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE A VIENNE. — SOULÈVEMENT MILITAIRE AU KAIRB ÉTOUFFÉ. — GRIEFS RELATIFS A CUYPRB ET A CHIOS. — LBS CATHOLIQUES EXPULSÉS DB LBURS ÉGLISBS PAR LES GRECS. — NÉGOCIATIONS D'ALGER AVEC L* ANGLETERRE , LA HOLLANDE, LA FRANCE.
— SUPPLICE D'UN PHILOSOPHB. — GOUT DU SULTAN MOHAMMED POUR LA LITTÉRATURE.
— MARCHE DU SULTAN. — CONSÉCRATION DE LA MOSQUÉE DE LA VALIDÉ. —AMBASSADE EXTRAORDINAIRE DU COMTE LESLIB. — GRANDE AMBASSADE TURQUB A VIENNE.
Ahmed-Kœprili , alors âgé seulement de vingt-six ans, avait reçu dès son enfance les leçons d'Osman-Efendi, légiste d'une grande autorité , plus célèbre néanmoins parmi les ulémas par son surnom de Chodscha-de- Kœprili que par les gloses marginales dont il a grossi ses nombreux livres , et par la fondation d'une bibliothèque attachée comme wafk ou propriété religieuse inaliénable à la mosquée de Sélim à Constant! nople. Quoique ne sachant lire ni écrire , Mohammed- Kœprili appréciait assez les avantages de la science pour faire cultiver l'intelligence de son fils , et, dans on temps où les têtes des bcgs et des vesirs étaient toujours plus exposées qu'à des époques paisibles, il jugea prudent d'assurer la vie et les biens d'Ah-
med en le poussant dans la carrière des ulémas. Ahmed-Kœprili fut donc placé dès son enfance ( 1 ) sous la protection du fameux mufti historien Karatschelebisade- Abdulasis-Efendi , en qualité de mulasim ou candidat à une place de muderris , et à l'Age de seize ans, par l'avancement naturel résultant de vacances dans les emplois , il était déjà l'un des huit muderris attachés à la mosquée de Mohammed H. Pendant dix années il parcourut cette carrière, quand
(I) Dans l'excellente lettre de Tollio Miglio, qui accompagnait le comte Goesi Belgrad : le parlicolarila dell' Impero ottomano. llistor. prof, p. S&a ; Relation du SI mars, p. 644. se trouve tu» por trait d'Àhmcd-Pascb*.
des mésintelligences avec ses confrères, on, ce qui est plus vraisemblable, les impulsions de l'ambition le jetèrent hors du corps des légistes pour l'attacher aux emplois politiques ; en sorte que, trois ans avant la mort de son père, il avait été nommé gouverneur d'Erserum, et l'année suivante il devint gouverneur de Damas. En abandonnant deux impôts dont les paschas avaient tiré jusqu'alors annuellement de 3 à 400,000 aspres, il attira sur sa tête les bénédictions des pauvres de Damas, et mérita les félicitations de son père et du sultan par les succès de son entreprise contre les Druses. Pour cette expédition il mit en campagne les troupes de Damas , Tripoli , Jérusalem et Gaza , auxquelles se joignirent les woiwodes de Ssaida, Ssafed et Beirut, avec dix mille hommes. Se trouvant ainsi à la tête de treize mille guerriers, il évita les déûlés où Ipschir-Pascha avait été battu par les Druses, atteignit par des marches rapides Dschisr-Jukab (le pont de Jacob), Merdscbolujuu (plaine des sources), Chaszije et Reschid, où s'élevaient les palais des fils de Schehab de la bannière blanche, adversaires déclarés des fils de Maan de la bannière rouge. Les fils de Schehab s'enfuirent ; les fils de Maan envoyèrent leurs hommages et des Otages , afin de préserver leur pays de la dévastation. Sur la proposition du gouverneur, le pays des fils de Sthehab et de Maan, le territoire de Ssaida , Ssafed , Beirut, furent convertis en un beglerbeglik de la Porte ( 1 ). Ahmed n'était pas investi du gouvernement de Damas depuis un an que, d'après des chatti-schérifs, il fut rappelé au plus vite à Constantiuople, où la santé toujours plus menaçante de son père réclamait sa présence. Nommé kaimakam de la capitale , il y dirigea le gouvernement tandis que le grand vesir et le sultan étaient allés à Andrinople. A peine était-il ainsi occupé depuis quarante-huit jours qu'il lui fallut courir à Andrinople, où il reçut le sceau de l'empire le 1er novembre 1661, le lendemain de la mort de son père (2). Ses pre-
(1) Dscbewahiret-Tcwarich, p. 10.
(S) Raschid, fol. 7; Abdi, fol. SS; Dschehwahirel-Tcwaricb, Rycaut , p. lia.
miers actes montrèrent aussitôt qu'il était résolu à faire rigoureusement justice et à maintenir sa haute dignité dans toute la plénitude de son pouvoir. Deli-Hafis-Uasan, rayé de la liste dés chambellans par le vieux vesir qui venait d'expirer, ayant vu passer devant sa maison le cadavre de son ennemi, se mit à faire des plaisanteries inconvenantes ; il fut aussitôt exilé à Chypre ( 1 ) . L'aga de turkmans, Dal-Abmed, reconnu coupable de grandes iniquités, fut décapité (2) ; le mufti Esir-Mohammed-Efendi , de Brasa, le même qui , nommé seize ans auparavant juge de la Mecque, avait été pris sur le vaisseau de l'eunuque Sunbuili-Aga , par les Vénitiens , pour être relâché ensuite , s'était permis, en présence du sultan et du grand vesir, quelques remarques sur l'excessive rigueur du vieux Kœprili et sur le sang innoceut versé en si grande abondance ; Ahmed-Kœprili lui dit : a Si mon père a mis à mort, il l'a fait d'après tes felwas. — Je rendais des fetwas, reprit le mufti , parce que je redoutais ses mauvais sentiments pour moi. — Efendi , répondit le grand vesir , convient-il à un lettré formé à la science divine de craindre l'homme, au lieu de Dieu? » Le mufti se tut, mais il fut déposé et banni à Rhodes (3). Sa place fut donnée à Ssanisade. La première sentence de mort légitimée par un fctwa fut rendue contre le renégat grec, ancien métropolitain de Rhodes, jadis renfermé au bagne en même temps qu'un eunuque avec lequel il s'était lié d'amitié, et qui, remis eu liberté, lui avait fait obtenir un emploi après sa profession de l'Islam. Par suite d'anciennes relations, il visitait encore une Grecque du Fanar, chez laquelle il cacha un jour le portefeuille de l'agent du prince de Moldavie, qui venait en sortant de l'oublier sur un sofa. Dans ce portefeuille se trouvait une lettre des moines du mont Athos, accusant réception de 100,000 ducats que leur avait envoyés Lopul, prince de Moldavie. Le renégat métropolitain porta la lettre à la sangsue financière , au defterdar Morali ,
(1) Subdcl, fol. ISi.
(2) Ibid. ; Abdi, fol. 387.
(3) H y professa tandis que Nasmh-Pascbasade y écrivait ton histoire en 1660 ( 1080 )«