‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 42 sur 384 · LIVRE LIV · texte numérisé non relu

LIVRE LIV

et les 100,000 ducats furent repris sur les cornent s du mont Alhos. En récompense d'un tel service, le grand ve^r actuel , Derwisch-Mohammed, nomma le dénonciateur chambellan et lui donna rang au-dessus des fonctionnaires les plus anciens de cette classe. Poussé par les mêmes sentiments, l'ex-métropolitain , sous Mohammed -Kœprili, avait fait frapper de mort deux juges de Rhodes; et sur h confiscation de leurs biens il s'était réservé 30,000 piastres. Le frère de l'un des deux juges exécutés prouva la soustraction du chambellan , qui pour ce délit fut décapité.

Quant aux affaires de Transylvanie et de Hongrie, à la continuation des opérations militaires contre les Vénitiens et à l'attitude à prendre en face de l'Allemagne , avec laquelle la guerre men.içait d'éclater, Ahmed- Kœprili suivait complètement le système adopté par son père. Dix jours encore avant sa mort. Mohammed avait mandé devant lui le résident impérial Reningcr, et lui avait déclaré énergiquement , en présence d'Ahmed, que La Porte ne souffrirait pas l'intervention de l'empereur dans l'élection du prince de Transylvanie, ne rappellerait pas les troupes de la principauté, et qu'elle reconnaîtrait comme souverain de ce pays, non pas Kemeny, mais Apafy. En conséquence, Ali-Pascha, gouverneur de Silistra , reçut ordre, ainsi que le chan tatare, de poursuivre les opérations militaires en Transylvanie, et de soutenir Apafy comme prince [juillet 1661]. Ismaïl , pascha d'Olen, et Ali-Pascha avaient dévasté la vallée d'Ualzeg par le fer et par le feu , réduit en cendres les villes saxonnes de Szaszvaros et de Szaszsebes; déjà les Tatares de Bessarabie étaient à Alvincz , quand Kemeny, se portant rapidement sur les rives du Szamos, se retira ensuite vers Negerfalva. Les Tatares le poursuivirent, et, laissant à droite les montagnes d'Emberfœ. poussèrent du coté de Nagy-Banya jusqu'à Szathmar, et ramenèrent plusieurs milliers de prisonniers, qu'ils entassèrent dans un parc avec de nombreux troupeaux de bétail à Domahida. Ali- Pan ha , suivant les traces des dévastateurs tatares, franchit la frontière hongroise et campa près de Nyalabvar dans le comilat dlUgocs, a un mille à peiue de Huszt. En-

traîné par l'espoir de se saisir de Kemeny , il envoya Uusein-Pascha vers Huszt; mais le commandant, qui était du parti de Kemeny, flt tirer sur le parlementaire. Ali-Pascha vengea cette violution du droit des gens en ravageant le comitat de Marmaros, revint en Transylvanie, « ampa entre Bethlen et Des, et dévasta tout le pays le long de la Maros jusqu'à Maros-Vasarhely. Des centaines de villages furent incendiés, les hommes massacrés, les femmes et les enfants entraînés en esclavage. De son camp de Maros-Vasarhely, Ali-Pascha offrit la dignité de prince de Transylvanie à Étienne Petki ; furieux d'éprouver un refus , il brûla les villes de Maros et d'Advarhely peuplées parles Szeklers, puis nomma prince de Transylvanie Michel Apafy, noble transylvanien, qu'on long esclavage chez les Tatares de Krimée avait assez humilié pour qu'il voulût bien courber la téte sous le joug ottoman. Le jour même où Apafy était institué woiwode de Transylvaine par la masse et le kaftan , Kemeny, qui déjà s'était avancé avec des troupes impériales jusqu'à Klausenburg, se replia sur la Hongrie. Du camp d'Udvarhely. Ali-Pascha somma les villes de Sepsi , Kezdi , Orbai et Czik, habitées par des Szeklers, de rendre hommage et de prêter serment au prince [ 17 — 19 octobre 1661 ]. Elles s'y refusèrent, comptant sur l'époque avancée de la saison; les gens de Czik se confiaient en outre à leur situation protégée par les montagnes. Ismaïl , pascha d Ofen , marcha contre Czik avec une armée, dont l'aile droite était formée par la cavalerie turque, l'aile gauche par la cavalerie tatare. Ni les retranchements élevés sur le front de la ville, ni les abattis d'arbres, ni les montagnes auxquelles elle était adossée ne parent la préserver du fer et du feu. Les autres paisibles cités s'abîmèrent aussi dans les flammes, et Petki s'enfuit à grand peine dans les forêts. Partout les hommes furent massacrés, les femmes outragées. Cependant Ali-Pascha s'avança des rives de la grande Kukel , vers celles de I Alt. Ne pouvant presser longtemps Fogaras, il se dirigea sur Hermaosladt , après avoir brûlé les ponts de l'Ait et de la Scheuerna. De là il réduisit les villes saxonnes à payer 250,000 écus pour la moitié des frais de guerre , Ht réunir la diète lie

KUselik, où le prince prêta serment devant les États, où les États rendirent hommage au prince et consentirent à ce que le comitat de Szathraar fût rattaché à Grosi-Wardein. 11 laissa au prince deux mille Tares avec dixhuit enseignes de Valaques, sous les ordres d Ibrahim , et ramena le reste de son armée à Temeswar. En dépit de toutes les observations contraires de ses sept partisans les pins dévoués, les deux Haller, les deux Bethlen, Etienne Petki, Denis Banfly et Jean Szentpali, au commencement de l'année 1662, Kemeny ouvrit sa dernière campagne, sa malheureuse entreprise contre Megyes, résidence d'Apafy. Ali-Pascha, se voyant maintenant imploré par Apafy, qui avait besoin de prompts secours, lui envoya le sandschakbeg de Jenœ, le petit Mohammed-Pascha , qui alla s'enfermer avec deux mille cavaliers dans Schœsburg(l). Kemeny vint camper à une faible distance de celui-ci , à Fejeregy-Has ; des auxiliaires allemands se postèrent à Valkanz, Szentpali , près de Segesd. Cependant Kutschuk-MohammedPascha s'avança de Megyes vers Schœsburg. Tous les gens de guerre virent le danger qu'il y avait pour Kemeny a rester dans la même position , et lui conseillèrent d'attaquer brusquement ou d'opérer bien vite sa retraite sur la Hongrie. Pierre Haszar prédit hautement que Kutschuk-Mohammcd allait tomber sur les Hongrois avec cette même audace qu'il avait montrée la veille, dans son mouvement, vers Schœsburg. Personne ne le crut ; vers midi la cavalerie turque se montra [23 janvier 1662]. Kutschuk-Mohammed, sortant de Schœsburg, s'avança sur Hetur, attaqua les auxiliaires allemands et croates, et les culbuta. Radak s'enfuit avec l'infanterie dans la forêt , et bientôt la cavalerie suivit cet exemple. Kemeny, précipité de son cheval , foulé aux pieds , périt dans cette effroyable déroute.

L'hiver que le sultan et le grand vesir passèrent à Andrinople vit des mutations dans les emplois et le supplice de Mohammed-Efendi , l'ancien teskeredscht d'Ipschir-Pascha, qui, long-temps caché et revenu maintenant à Gonslantinople , tomba

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principalement sous les coups du reis-efendi Schamisade, qui montra contre lui bien plus de haine que le grand vesir. Au commencement du printemps le sultan reprit la route de Constantinople. Il s'arrêta deux jours à Tschalaldsche pour une partie de chasse ; mais n'ayant point eu autant de gibier qu'il en espérait, il retira au bostandschi-baschi ses fonctions de grand-maître des forêts. Le mufti , auquel on reprochait une excessive cupidité, fut déposé , et sa place donnée à Minkarisade. Le gouverneur d'Egypte, Ibrahim-Pascha , envoya la tête du scheichol-beled Ahmed-Beg, de Nicopolis, qui, par de nombreuses innovations dans les finances et l'administration , s'était attiré la haine du pascha. Il avait obtenu un chaltischérif , en vertu duquel les Arabes ne devaient plus être admis dans les sept corps de troupes du pays; nulle pension ne serait accordée désormais aux femmes et aux enfants; les rentes, déjà constituées, étaient réduites de 10 aspres à 3, de 8 à 2, de 6 à 1; en outre il s'était attribué la dispensation exclusive des fermes et des pensions. Le gouverneur l'avait accusé pour ce fait è Constantinople , et avait obtenu d'autant plus facilement l'ordre de le mettre à mort qu'Anmed-Beg n'avait pas tenu la parole par lui donnée au grand vesir Moharnmed-Kœprilt de rendre un compte annuel des deniers publics. Averti par un page du pascha, il avait long-temps évité le danger qui le menaçait en s'abstenant de toute visite auprès du gouverneur; mais enfin il vint offrir ses félicitations à l'occasion de la fêle des sacrifices, et aussitôt il fut massacré avec les siens [ 27 juillet 1662].

Dans l'île de Chypre, à Nicosie , le gouverneur Ibrahim, surnommé l'Ivrogne, avait fait tuer, dans la mosquée, plus de deux cents soldats rebelles réfugiés en ce saint lieu, et envoyé leurs têtes à Constantinople , où arrivèrent aussi celles des insurgés de Diarbekr, appelés Ufted-Liwa. L'émir arabe Ali- Haris, qui vint plein de confiance à Constantinople, fut décapité, ainsi qu'un des princes d ruses de la famille Schehab , caché dans la capitale et que l'on découvrit. Potur-Ali, defterdarde Damas, fut puni de mort a cause de ses extorsions. Le bourreau frappa aussi les trois begs d'Hamid, d'Aidio et de Ma-

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