‹ Histoire de l'Empire ottomanChapitre 43 sur 384 · LIVRE LIV · texte numérisé non relu

LIVRE LIV

gnesia, qni n'avaient pas pargé leors provinces des bandes de brigands qui les infestaient. Dans l'Asie-Mineure le sandehakbeg de Kanghri s'était laissé battre par un chef de rebelles qu'il devait exterminer, et qui désola les cantons de Kaughri et de Modreni. Le grand vesir, pour mettre un terme à ces désastres, appela Bùklu-Mohammed-Pascha, l'ancien kapudan-pasrha, qui, redoutant les ressentiments de Mohammed-Kœprili , s'était réfugié à Venise, et qni maintenant, conflant dans les protestations du gouvernement, était revenu dans la capitale de l'empire. Bùklu délivra le pays, y rétablit l'ordre, et , en récompense d'un tel service , reçut le gouvernement de Rumili avec la mission de préparer les routes de Cattaro , Sebenico et Spalatro, pour la prochaine campagne. L'ancien grand vesir Melek-Ahroed- Pascha était mort de la peste dans le gouvernement de Bosnie , qui fut conféré au serdar Ali-Pascha, avec les sandschaks de Posega, Zworoik, Banyàlnka, Heluni. Le capitaine Dellak-Mustafa, qui commandait une station navale à Mitylène , fut exécuté pour avoir laissé publiquement éclater sa joie sur la mort du vieux grand vesir. Le gouverneur de Bagdad, Murtesa-Pascha , avait été rappelé et envoyé en Crète ; sur sa route, il essaya de provoquer à la révolte les agas de Moszul et de Diarbekr ; mais ceux-ci repoussèrent ces tentatives; alors, se voyant vivement poursuivi , il se jeta dans l'Eupbrate et eut beaucoup de peine A se réfugier auprès de Seidchanoghii , commandant kurde d'Amadia. Il envoya son imam à Constantinople pour implorer sa grâce ; mais ce messager fut décapité, et le grand chambellan fut dépéché auprès du beglerbeg de Diarbekr, Mohammed- Pascha , ancien k<aja du grand vesir, avec l'ordre de faire exécuter Murtesa-Pascha. Le pascha de Diarbekr ayant marché contre Amadia , Murtesa-Pascha fut livré par Seidchan , avec 2,000,000 d'aspres ; l'on envoya bien à Constantinople la tête de Murtesa et celles de deux autres begs, mais l'on n'expédia qu'une faible partie de l'argent reçu.

En Géorgie, de vifs débats s'étaient élevés entre le gouverneur de Tschildir, Rustem, fils de Sefer-Past ha , et les begs géorgiens ; en outre le gouverneur d'Erserum, Mustafa-

Pascha, se plaignait de Rustem , qui l'avait calomnié. Mustafa-Pascha et le chambellan Selim furent chargés de mettre à mort le gouverneur de Tschildir. Le chambellan exécuta l'ordre; mais, de retour à Constantinople, il fut déposé, passa un an dans la tour du château du Bosphore , et fut renfermé une seconde année dans le lieu affecté au bourreau, entre les deux portes du sérail. A la nouvelle donnée par le chan ta tare que des tschaiks cosaques se montraient sur la mer Noire , le sandschakbeg d'Alaje , Deli- Muteweli-Mohammed, fut dirigé vers ces parages avec dix galères; Memi-Paschasade mena vingt bâtiments dans les eaux de la mer Egée.

De toutes les exécutions ordonnées tout récemment, il n'y en avait peut-être pas une qui ne fût justitiée par des crimes ou au moios des délits; néanmoins un tel début de l'administration d'Ahmed-Kœprili déplut à la sultane Validé et à son conseiller secret , le reis-efendi Schamisade ; car ils ne semblaient pas vouloir laisser le jeune Kœprili jouir du pouvoir illimité qu'avait exercé son père. Toutefois la Validé et le kislaraga en voulaient moins à Kœprili pour les supplices de tant de gouverneurs que pour la déposition du defterdar Husein-Pascha , leur créature, dont le grand vesir avait conféré la place à l'un des siens , au général des Dschebedschis , Ahmed-Aga. Ils s'en vengèrent en forçant le grand vesir è éloigner dans le gouvernement de Diarbekr son kiaja, qui était le confident de ses pensées et l'instrument de toutes ses volontés , et ils tentèrent de pousser le sultan à gouverner par lui-même. Une seule fois, aussitôt après l'entrée du vieux Kœprili au pouvoir, et tandis que ce ministre était aux Dardanelles , le jeune souverain avait donné un signe de volonté personnelle. Un jour qn'il passait à cheval près de la mosquée des Roses, il y entra pour faire sa prière ; le prédicateur s'étendit avec affectation sur le texte : «Nous t'avons placé comme notre successeur Mir la teire , juge parmi les hommes avec équité. » Le sultan ayant vu là une allusion préméditée, fit demander au prédicateur s'il avait à se plaindre de quelqu'un, et celui-ci déclara que ses griefs s'adressaient à la négligence de l'administrateur des deniers des fooda-

lions pieuses , qui laissait tomber en ruines son habitation ; aussitôt le sultan avait donné ordre au kislaraga, intendant-général des biens religieux, de faire reconstruire la maison. Maintenant la Validé et le kislaraga l'engagèrent, au lieu de courir toujours à cheval . de se livrer sans cesse au plaisir de la chasse , à se placer quelques heures de la journée devant la fenêtre du kœsrhke des processions , afin de voir de là qui arrivait à la sublime Porte, c'est-à-dire au palais du grand vesir, qui en sortait. Si c'étaient des étrangers ou des individus dont les affaires n'étaient pas de nature à eiiger leur présence immédiate à la Porte, le sultan envoyait des messagers an grand vesir pour s'informer de ce qu'étaient ces gens et de la nature de leurs affaires. Un matin il vit des chrétiens se rendre à la Porte , avec des kalpakes rouges et des pantoufles jaunes , ce qui était interdit par les règlements somptuaires, sans que ces dispositions fussent rigoureusement observées. Le sultan, irrité, 6t appeler le-ssubaschi, et lui ordonna de courir au palais du grand vesir, de bâtonner les délinquants, puis de les renvoyer chez eux sans bonnets ni pantoufles. Le ssubaschi s'acquitta ponctuellement de la commission. Parmi les chrétiens sur lesquels tomba cet éclat de la colère du jeune sultan se trouva le chargé d'affaires des princes de Moldavie et de Valachie, qui fut étendu à terre, frappé , puis renvoyé la tète et les pieds nus. L'interdiction des bonnets rouges et des pantoufles jaunes pour les chrétiens, des turbans de soie et des poignards pour les janilschares, fut renouvelée sous peine de mort; le sultan posta des espions et des gardes à tous les coins de rues , parcourut lui-même la ville déguisé avec les bourreaux pour surveiller de sa personne l'exécution de ces graves ordonnances. Rencontrait-il par hasard un fiancé arménien , qui , en vertu d'un ancien privilège, avait aux pieds des sandales jaunes pour le jour de ses noces , il le faisait aussitôt mettre à mort. Cela dura quelques jours, puis l'ardeur de persécution sur les costumes s'éteignit d'elle-même, et le sultan n'eut plus d'autre saillie de gouvernement personnel. Pour s'assurer de la Validé le grand vesir montra toutes sortes de déférences au conseiller secret de cette prin-

cesse, Srhamisade, qu'il consulta sur toutes choses et dont il suivit les avis; il parvint ainsi à obtenir la déposition du ki.tlaraga Ssolak-Moliammed , qui fut envoyé en retraite en Egypte, abandonnant la place au premier page de la Porte. Néanmoins la Validé n'était point adoucie encore; et le peuple c ommençait à dire que la mère du grand vesir, qui avait ensorcelé le sultan au profit de Mohammed et d'Ahmed-Kœprili, n'avait aucun pouvoir sur la Miltane. Cependant Ahmed mettait beaucoup d'adresse à se conformer autant que possible aux volontés de la princesse. Pour plaire au scheich fanatique Wani, chef des orthodoxes rigoureux et grand ennemi des chrétiens , le grand vesir se trouva entraîné à faire renverser toutes les églises que les Grecs avaient commencé à rebâtir après le grand incendie , et à ordonner l'arrestation des ouvriers employés à ces constructions. La Validé, trouvaift que les travaux de la mosquée élevée à ses frais ne marchaient pas assez vite, demanda compte du retard au miraar-baschi ( inspecteur des édifices ) , qui s'excusa en disant que ses meilleurs ouvriers avaient été incarcérés par ordre du grand vesir , parce qu'ils avaient travaillé aux églises des chrétiens. Sur l'intervention de la Validé, le grand vesir fit mettre aussitôt ces gens en liberté , mais laissa éclater sa colère sur le mimarbaschi, qui avait osé le mêler dans ces tracasseries. L'inspecteur des bâtiments fut décapité , et sa fortune , évaluée à 2,000 bourses, confisquée [15 mai 1662].

Les armements formidables préparés contre la Hongrie amenèrent Venise à de nouvelles propositions de paix. Dabi- Bcg, jadis passé dans les rangs de l'armée vénitienne, puis revenu à Constantinople en prétendant que sa désertion avait été une feinte pour bien étudier les forces de l'ennemi , engagea des négociations par le moyen de Ballarino. Les Turcs voulaient bien raser la nouvelle Candie, restituer le district de Candie et de Suda ; mais ils demandaient pour cela qu'on leur rendit la place de Suda. qu'un présent annuel fût fixé pour le sultan et que la Porte eût un collecteur d'impôts établi à Candie. A ces conditions portées à Venise, le sénat répondit que Suda était une de ces forteresses qui ne se rendaient pas, mais que l'on pour-

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