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suite on eut des nouvelles du gouverneur d'Ofen, Ilusein-Pascha, frère de Siawusch- Pascha, que le vieux Kœprili sur son lit de mort avait particulièrement recommandé à son fils comme un valeureux défenseur des frontières. On marcha sur Ofen , et les envoyés furent renfermés dans la forteresse. Dans un grand conseil de guerre, le grand vesir exposa que, parmi les trois places sur lesque'les devaient se porter les efforts des Ottomans, Raab, Komorn et Ujvar ou Neuhœusel , la dernière offrait une conquête plus facile; car on ne pouvait arriver à Kaab que par des chemins pénibles et a travers les rochers; Komorn éttiit protégé par des fossés pleins d'eau. Ujvar d'ailleurs, où commandait le second ministre de l'empereur, promettait un plus riche butin. Cinq jour»' après, les envoyés furentappelésèune nouvelle conférence dans la tente du grand vesir. Il» y trouvèrent le serdar Ali-Piischa, le beglerbeg de Damas, Mustapha-Pascha, l'aga des jaiiitschares, le reis-efendi ; ils n'aperçurent pas le grand vesir; peut-être était-il caché derrière les tentures. Ali-Pascha prit la parole en son nom (1). Il proposa aux plénipotentiaires ou la paix de Suleiman, avec les 30,000 ducats annuels , ou celle du vieux Murad-Pasrha , d'après laquelle il y aurait à payer 200,000 florins une fois pour toutes. Les plénipotentiaires,qui sedéclarèrent prêts à consentir à la destruction de Szekelhyd et de Zrinvar , demandèrent un délai pour l'eiamen de la question, attendu que maintenant lesTurcs, ne se contentant plus de la destruction des forteresses transylvaniennes, voulaient qu'elles leur fussent livrées entières entre les mains (2). Ali-Pascha leur assigna le terme de dix jours, leur déclarant en même temps que durant ce délai la marche sur Ujvar ne serait pas moins poursuivie (3).
Deux jours après, le camp fut levé, et l'on se mit en mouvement du côté de Gran. Le pont ordonné en avant de cette place n'étant pas encore établi , le grand vesir
(1) Rascbid, 1. i. Toi. 9 ; Dschewahirel, p. 87 et 38; Orlel. p. 858; Rapport doGocs et tic Iteninger dans la Ste-R.
(2) Orlel. rediv., p. 218; et le rapport dans la Sle. R.
(3) Rascbid , I. i, fol. 9 ; Dscbevrahirct, p. 49. tou. m
s'arrêta quatre jours pour, le faire achever, et, le 5 août, le serdar Ali-Pascha et Gurdschi- Mohammed le franchirent avec environ huit mille hommes. Le comte Forgacs, commandant de Neuhaeusel , trompé par de faux rapports et croyant que le pont s'était rompu, accourut à la tête de six mille hussards et Heiduques, huit enseignes de grosse cavalerie et cinq cents hommes de sa meilleure infanterie, s'imaginant attaquer les Turcs coupés par le fleuve. A l'approche des Impériaux, les bateaux tenus à quelque distance pour conserver une apparence de rupture, furent rapprochés; vingt mille hommes sous les ordres d'Ibrahim-Pascha et de Kaplan- Pascha passèrent sur le pont, et, opérant de concert avec les troupes du serdar AU et de Gurdschi-Mohammed, attaquèrent l'armée hongroise qu'ils défirent complètement (1). Plus de la moitié des Impériaux resta sur la place; à grand'peine Forgacs s'échappa vers Neuhaeusel. Palffy, suivi seulement de deux cavaliers, joignit le palatin qui se mettait en mouvement dans la Haute-Hongrie.
Sept cents prisonniers furent sabrés sous les yeux du grand vesir ou déchiquetés à coups de couteaux; trois cent quarante - deux captifs, parmi lesquels le capitaine Rublad et le baron de Welsz, furent envoyés à Ofen. Le grand vesir, qui, pendant le combat avec Forgacs, n'avait pas mis le pied hors du camp, franchit maintenant le pont en prenant la direction de Parkan, et détacha en avant les paschas Ali, Mustapha et Gurdschi, pour rétablir sur la route d'Ujvar les ponts de la Szitva et de la Nitra. On saisit un courrier qui portait plus de vingt-cinq lettres d'exhortations aux officiers de Novigrad et d'Ujvar et une réprimande a Forgacs poar la bataille qu'il avait perdue. Le comte Forgacs fut sommé de livrer la place, par la lettre suivante du grand vesir : « Le premier vesir, serdar-sipehsalar du grand padischah de la terre, fait savoir i Forgacsqu'il est en marche avec des armées innombrables dont la terre ne peut supporter le poids, aûn de conquérir Ujvar pour le souverain de l'Islam. Si les giaurs livrent spontanément
(1) Raschid, I. i, fol. 10 ; Dschewahirel , p. 41 et 43; Orlel. rediv., I. », p. 262 cl 263.
li place, les biens et la rie devront leur être assurés; sinon, par le Dieu tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, ils passeront tous sous le tranchant du sabre. Si les Hongrois savaient avec quelle bienveillance le padischah les regarde, ils offriraient librement leurs enfants comme victimes ; et ainsi salut à celui qui suit la vraie direction (t).» Comme il n'y avait personne dans la place qui sût lire le turc, on fit entendre aux deux messagers porteurs de la lettre qu'il fallait l'apporter écrite en hongrois. Quand Forgacs eut pris connaissance du message ainsi rédigé, il dit verbalement au nouveau parlementaire : « Dis à ton maître que la place ne m'appartient pas. Nous allons délibérer la nuit; viens demain chercher la réponse. » Dans la nuit même le» tranchées furent ouvertes; & la prière du matin des victimes furent immolées pour appeler la bénédiction du ciel sur la sainte entreprise. Vingt-un gros canons de vingt-deux , trente-cinq , quarante-huit et soixante-cinq, et cent cinquante petites pièces foudroyèrent la place. Arslan- Pascha avec des mineurs coupa les conduits qui amenaient l'eau de la Nitra autour de la place, dont les fossés furent bientôt mis à sec. Le fils du chan tatare, Ahmed-Girai, vint à la tète de cent mille Tatares, et bientôt après arriva son frère avec vingt mille Cosaques. Ahmed-Girai reçut un sabre et un poignard, un carquois et une pelisse de martre zibeline ; son frère, un kaftan d'étoffe d'or, un contusch rouge et on kalpak de zibeline ; l'hetman des Cosaques, un contusch et un kalpak. Les woiwodes de Moldavie et de Valachie se présentèrent aussi avec leurs troupes. Afin de repousser les secours que Montecnccoli voulait amener à la place, Kaplan-Mustafa-Pascha reçut ordre de se porter sur l'autre rive de la Nitra avec les Tatares. Les assiégeants faisaient un feu continuel de leur artillerie ; mais les pièces portaient si mal que les assiégés recueillirent sept cents boulets dans les premiers jours seulement. Les bastions n'avaient que peu souffert, quand un boulet de la place frappa la plus grosse pièce des Ottomans et la fit
(1) La lettre dans lo Dschcwabirct, p. 5(5, et dans rOrtcl. rediv., p. 207.
éclater. Le grand vesir forma en quatre divisions les troupes du camp qui n'étaient pas sous les armes, et qui devaient se relever à tour de rôle pour porter de la terre à la chaussée; il se plaça lui-même avec le kiaja à la tête de la première division, composée de tous les employés attachés à la Porte ; dans la secondé étaient le defterdar-pascha et tout le personnel des chancelleries ; dans la troisième, les muteferrikasetlestschauschs; dans la quatrième, les sipahis et les sîlihdars. Le gouverneur d'Ofen, Husein, était chargé de surveiller les travaux de ces quatre corps. Nnit et jour retentissait le bruit des tambours et des fifres, des trompettes et des timbales ; toutes les nuits le grand vesir faisait la ronde des tranchées, encourageant les mineurs à pousser leurs travaux jusqu'au pied des remparts. Sur le bastion de Sierot, une maison ayant pris feu, ce fut une occasion pour un pascha de s'avancer avec deux bannières pour sommer la place [18 septembre]. Quatre jours après, l'assaut fut livré au bastion Frédéric; le lendemain on attaqua le bastion Forgacs, pour retomber encore sur le premier. Les Turcs qui s'étaient logés déjà au milieu des ouvrages furent repoussés. Les marquis Pio et Grana furent blessés. La redoute élevée devant Sierot atteignant la hauteur de ce bastion , les Turcs incommodèrent les défenseurs, qui étaient exposés tout découverts à leur feu. Un assaut général se prépara, mais les assiégés ne l'attendirent pas. Les Hongrois et les Allemands contraignirent leurs chefs, le marquis Pio et le comte Forgacs, à livrer la place [2V septembre 1663] ; la capitulation fut signée en huit articles; libre retraite était accordée à la garnison sans qu'elle dût traverser le camp, ni passer près des Tatares ; mille voitures devaient lui être fournies ; le grand vesir attesterait par une lettre à l'Empereur que les défenseurs avaient fait leur devoir jusqu'au bout. Avant le départ de la garnison, pas un seul des vainqueurs ne pourrait entrer dans la place. Les blessés qui seraient forcés de rester, après leur guérisoo iraient où il leur conviendrait. Les Allemands et les Hongrois sortirent tambour battant, musique en tête. On trouva dans Neuhaeusel quarante canons et quatre mille kilos de farine. Quatre jours après, le? deux grondes églises dTjvar furent