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transformées en mosquées. Quatre mille hommes, janitscharcs, sipahis, dschebedschis, topdnhis, abases et martoioses, avec des tscbauschs et des scribes, furent laissés pour former la garnison de la place ; des lettres de grâce furent adressées à toutes les palanques des environs.
Comme la conquête de Neuhœusel était le premier fait d'armes de la guerre reculée depuiscinquanteanspardes renouvellements successifs de la paix de Sitvatorok , cet événement retentit dans toute l'Allemagne, où jamais on n'avait vu autant d'écrits, de prédications, de prophéties, de délibérations, de nouvelles et d'exhortations relatives aux Turcs, comme il en parut cette année et la suivante. La conduite des Turcs devant Neuhœusel donna lieu même à des locutions proverbiales encore en usage aujourd'hui en Hongrie et en Autriche.
Quinze jours avant la prise d'Ujvar, un malin que le grand vesir marchait dans les tranchées sans que personne eût éprouvé le moindre pressentiment, et à la stupéfaction de toute l'armée, le reis-efendi Schamisadc, conseiller secret de la Validé, qui avait poussé le vieux Mohammed-Kœprili à la dignité de grand vesir, et son beau-père Schamisade- Ibrahim-Pascha furent décapités. Quelques écrivains européens (1) pensent que Schamisade fut immolé parce qu'il aurait voulu empêcher la guerre (2). Mais les historiens ottomans donnent à ce supplice une cause beaucoup plus probable : Schamisade, beau* coup moins attaché au Qls de Kœprili qu'il ne l'avait été à ce vesir, avait proposé au Sultan de nommer son beau-père Kasisade- Ibrahim grand vesir à la place d'Ahmed. Au premier avis de ces pratiques, Ahmed-Kœprili avait adressé un rapport au sultan pour représenter que les bruits répandus sur de tels changements entravaient la marche des afin ires, et qu'il fallait faire disparaître les obstacles. En conséquence le souverain toutpuissant approuva les moyens réclamés par Kœprili, qui abattit a l'instant ses adversaires. Le frère du grand vesir alla porter la nou-
(1) Rycaul, suit, p.
(2) Rapport de Goes et de Reningcr, daté d'Ofcn, te iy septembre 1GC3.
velle de la chute d'Ujvar à Ofen , où il y eut des réjouissances pendant trois jours [29 septembre 1663]. AConstantinople les fêtes durèrent une semaine ; on traîna eu triomphe les sept cents prisonniers de la défaite de Forgacs et trois cents autres encore. Parmi ces derniers se trouvait Jean Aur de Prèsburg, qui a décrit les souffrances d'une affreuse captivité de onze années dans les Sept-Tours (1).
Huit jours après la chute de Neuhœusel, l'un des plus puissants boulevards de la Hongrie contre les Ottomans, on vit arriver dans le camp des vainqueurs Apafy, prince de Transylvanie. Il avait tardé jusqu'alors à se rendre à l'invitation du grand vesir parce que dans l'envoyé Gabriel Haller, d'après les accusations portées auprès de lui contre ce membre des états, alors dans le camp de Kœprili, il craignait de rencontrer un rival à la dignité princière (2). Mais rassuré sur ce point par ses propres agents, Jean Datzo, Ladislas Ballo et Valentin Szilvasi, revenus du camp turc, sur une nouvelle lettre du grand vesir (3), il parut enfin devant Ujvar; Gabriel Haller, les princes de Moldavie et de Valachie , le tschausch-baschi avec soixante tschauschs allèrent à sa rencontre (&). Accueilli avec empressement et amitié, Apafy resta deux mois dans le camp turc, invité chaque jour à de somptueux festins, bercé « de continuelles promesses, mais sans pouvoir obtenir un traité formel (ahdname) (5).
Quand il reçut son audience de congé, Gabriel Haller demanda aussi la permission de se retirer; mais le grand vesir se contenta de lui sourire. Croyant que c'était là une autorisation pour son départ , Haller se mit en route avec Apafy. Mais parvenus au bord du Danube en face de Gran, ils furent atteints par une troupe de cavaliers tatares , qui, s'élancantsur le pont au galop et distri-
ct) Bell, Notiu'a rrgni Hungarise.
(2) Gela est exposé avec beaucoup de détails dans Joannes Bethlen llistoria rerum Transit, van., p. 27 et suiv.
(3) La lettre dans Retblen , p. 28.
(4) Le même, p. flj; et Rascbid, I. i, fol. I»; Dschcw., p. 96.
(5) Bethlen, p. 84.
buant des coups de sabre à travers l'escorte du prince, l'auraient précipité lui-même dans le fleuve s'il ne s'était soustrait au danger en sautant du pont dans un bateau. Son vicemaréchal Nalatzi fut jeté dans le Danube , d'où il fut retiré avec peine. A Nemeth, où le prince passa la nuit, soixante cavaliers turcs saisirent Gabriel Haller comme fugitif et le ramenèrent au camp. Là, conduit devant le grand vesir, il fut décapité avant d'avoir pu ouvrir la bouche pour défendre son innocence, ou invoquer sa qualité d'ambassadeur (1).
Quelques jours après l'arrivée du prince de Transylvanie dans le camp turc, vint aussi le grand chambellan apporter au grand vesir une lettre de félicitations du sultan, un sabre, un poignard, un panache de héron, une pelisse et un kaftan d'honneur. Le lendemain de la conquête de Neuhœusel le grand vesir avait adressé des sommations aux châteaux et aux palanques environnants , à Lewencz , Novigrad, Neutra , [Freystadtl et Schintau. Kaplan-Paseha, qui avait été envoyé contre Novigrad, fit savoir que le château se défendait, et demanda des munitions. Husein-Pascha, gouverneur d'Ofen, qui avait été chargé de l'entreprise contre Neutra, annonça au contraire que la place s'était rendue volontairement, et qu'il avait accordé à la garnison la faculté de se retirer avec tous ses biens [18 octobre 1663]. Husein-Pascha se porta de Neutra contre Lewencz; mais la garnison ne se montra pas moins déterminée que celle de Novigrad. Le grand vesir se réserva la conquête de ces deux places.
Cependant les Tatares avaient envahi pour la seconde fois la Moravie et la Silésie. Dès le mois d'août six mille de ces cavaliers féroces, après avoir dévasté le pays autour de Tyrnau, Freystadtl , Saint-Georges, outragé les filles, coupé en morceaux ou écrasé contre les murailles les faibles enfants, jeté dans des sacs sur leurs chevaux ceux qu'ils voulaient emmener, accouplé les hommes et les femmes avec les chiens, traversèrent la Marche et le Weiszenberg pour gagner la Moravie (2), pé-
(1) Dschewabiret , p. 83.
(t) Monlecuccoli opéra. I. h, p. 45 ; Itycaut, dini Knolles, 1. u, p. 148.
nétrèrent dans la province par Landshut , guidés par des hussards hongrois des frontières qui leur indiquèrent les chemins et les passages. Freystadtl et Schintau tinrent vigoureusement. Dix mille jauitschares investirent la première place pendant dix jours , et se retirèrent à la suite de trois assauts inutiles, après avoir rompu le pont sur le Waag. Les Tatares portèrent le ravage et l'incendie aux environs de Nikolsburg, Rabenburg, Brunn, et s'avancèrent jusqu'à trois milles du côté d'Olmutz. Les possessions des princes de Dietrichstein et de Liechtenstein devinrent la proie des flammes. Les Tatares traînèrent douze mille prisonniers au marché des esclaves de Neuhaeusel. Après la chute de cette place, ils poussèrent leurs courses du côté de Presburg, mirent le feu à Saint- Georges et à Geyersdorf, traversèrent le Waag à la nage et pénétrèrent dans le cercle de Hrad, passage de Rosincko. Quatorze mille Tatares, janitschares et hussards, dépassèrent Brunau, suivant la direction de Kloback , pillant, incendiant, massacrant, poussèrent devant eux à coups de fouet une masse de deux mille prisonniers, et ramenèrent en Hongrie des chariots remplis de femmes. Comme ils revenaient vers le camp de Neuhxusel , le comte Nicolas Zrinyi sortant d'une embuscade en sabra quatre cents ; mais lui-même, obligé de reculer devant le pascha d'Alep, détaché du camp contre lui , se retira sous le canon de Komorn. Son frère Pierre fut plus heureux contre Dschengdschi- Pascha, gouverneur de Bosnie, qui profitant de l'absence du premier Zrinyi, se flattait de battre l'autre d'autant plus facilement, et d'envahir la Styrie. Dans ce but le pascha s'était avancé de la Bosnie avec dix mille hommes, en avait laissé deux mille près Je LicaetdeCorbolo, et, poursuivant sa marche avec les autres, s'était porté à Ottochaz près de Carlstadt afin de pouvoir surprendre de là Zrinvar, et, si ce coup de main échouait, ravager au moins la Styrie. Pierre Zrinyi l'attendit avec quatre mille Croates, cachés dans un bois, et, quand la moitié des troupes du pascha eut passé, il tomba sur le reste, tua mille hommes, en prit deux cent cinquantesix, et enleva huit enseignes. Ce fut là une faible consolation pour les Impériaux ; car le nombre des captifs emmenés de la Moravie,