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de la Silésie et de la Hongrie, s'éleva an moins à quarante mille (1). Vers la fin d'octobre fat levé le camp de Neuhaeusel ; la marche fut très-pénible ; car il fallait passer les rivières de Neutra , de Zsitva et de G ran, et traverser des terrains où le sol était défoncé par les pluies. Lewenez,qui avait repoussé la sommation du grand vesir, se rendit au bout de trois jours; la garnison se retira avec tous ses effets; des sauvegardes furent envoyées dans tout le pays, et plus de vingt mille sujets rendirent hommage à la souveraineté de la Porte. Le sandschak de Lewencz fut conféré au tschatrapatra Ali-Pascha, et on laissa là quatre cents hommes de garnison. En même temps arriva la nouvelle qu'après vingt-sept jours de siège Kaplan - Pascha avait amené Novigrad à capituler. Les princes de Transylvanie, de Moldavie et de Valachie, reçurent des kaftans d'honneur et quittèrent l'armée ; le grand vesir congédia le baron de Goes jusque-là retenu à Ofen , en lui remettant une lettre où il demandait si l'envoyé ne savait point apprécier les bienfaits de la paix, ou bien s'il n'était pas revêtu de pouvoirs suffisants pour la conclure. A Essek, audience fut accordée à un envoyé polonais qui apportait une lettre de son roi pour demander les secours des Tatares contre la Russie (2) ; on lui répondit qu'il n'était pas possible d'accorder l'assistance des Tatares , attendu que pour le moment on avait besoin de ces cavaliers; que si la Pologne osait se mêler des débats des Allemands avec la Porte, on pousserait le chan tatare contre la Pologne (3). Le quartier-général du grand vesir fat transporté d'Ofen à Belgrad; Kaplan- Pascha s'établit à Kanischa; les Tatares prirent leurs logements à Szegedin, Szombor et Funf kirchen ; Huscin , pascha d'Ofen , reçut ordre de repousser les entreprises de Zrinyi.
Les troupes impériales mirent à profit la rigueur de l'hiver pour une nouvelle entre-
(1) Ortclius, I. ii, p. 290.
(*) La lettre de Stanislas Potocki. palatin de Cracovîc , et celle du chancelier Nicolas, sont dans le Dschcwahirri , p. il MU.
(S) Rapport de Reniugcr.
prise sur la Mur et sur la Drau. Le comte Wolf Julius d'Hohenlohe, commandant des tronpes de l'Empire, se mit en mouvement de Pettau avec six mille fantassins et mille chevaux. A Neu-Zrinvar, le comte Zrinyi, comme ban de Croatie et généralissime de Hongrie , fit sa jonction avec les Hongrois commandés par le comte Batthyanyi , avec douze mille Bavarois sous les ordres du quartier-maître général de Puchard , sept cents fantassins et six enseignes de cavaliers do Piccolomini sous le comte Leslie. L'armée, forte de vingt mille hommes, se porta de Zrinvar contre Presnilz [ 21 janvier 1661» ] , qui au bout de deux jours capitula. Huit cents personnes, dont quatre cents Turcs armés , cent Tatares , trente-sept agas , se retirèrent de la place en laissant vingt-cinq canons. Les Heiduques et les hussards tombèrent sur les hongrois ; Zrinyi les repoussa à coups de sabre , et il allait être lui-même massacré par un zigeune hongrois, quand ce misérable fut abattu d'un coup de fusil par un serviteur du comte Hohenlohe. Dans la même nuit Babocsa fut investie ; le 25 janvier la garnison de mille hommes évacua cette place, et fut escortée jusque sur la Drau. Le lendemain Zrinyi prit les devants avec la cavalerie, se dirigeant vers le passage de Szigelh, et, n'ayant pas d'artillerie de siège, il poussa plus loin jusqu'à Funfkirchen. Sur la route fut brûlée la palanque de Turbek. Là s'élevaient un tombeau et un couvent au lien même où avaient été ensevelis le coeur et les entrailles de Suleiman après la prise de Sugeth. Funfkirchen fut aussi livré aux flammes; mais, faute de grosse artillerie , on ne put prendre le château. Comme le but principal de l'entreprise était d'entraver la marche de l'armée turque pour l'année suivante, on laissa Siklos de côté pour se porter sur le pont d'Essek, et ce magnifique édifice, ouvrage du grand Suleiman , long de quinze cent soixante pas , large de dix-sept, s'abîma dans les flammes dans l'espace de deux jours. Les ruines fumantes de plus de cinqcents villages marquèrent la route de cette expédition dévastatrice : sur le rapport envoyé par le beg de Funfkirchen, Murad-Beg, le grand vesir, inquiet de la marche de Zrinyi contre Szigeth , avait nommé serdar Mohammed-Pascha, qui était en quartier d'hiver
à Essek, en lui subordonnant les pascbas de Stuhlweiszenburg et dejJenœ, Kaplan-Pascha et Le» Ta tares, et lui adressant Tordre de se mettre au plus tôt en mouvement. Luimême dressa son étendard à Belgrad, et annonça que l'année partirait le lendemain sans emmener de bagages. En effet, le jour suivant il quitta Belgrad, se dirigeant sur Semlin avec les troupes de sa maison et deux mille janitscbares. Mais ayant appris à Mitrowitz que l'ennemi avait levé le siège de Szigelh , il regagna les quartiers de Belgrad, après avoir recommandé la garde de Szigeth ai serdar Mohammed-Pascha, et celle de Funfkirchcn à Kaplan-Pascha, au beg de Behke, à l'alaibeg de Bosnie , au mutesellim d'Ofen, aux paschas de Kolosvaretde Temesvar. La lettre d'Apafy,qui, répondant au palatin, annonçait en même temps l'occupation de Klausenburg, Sxekelbyd et d'autres châteaux transylvaniens , compensa un peu l'effet des dernières mauvaises nouvelles.
L'expédition de Zrinyi au cœur de l'hiver devint l'objet des entretiens deConstantinople et d'Andrinople , et frappa vivement les imaginations; néanmoins les esprits étaient occupés aussi de quelques exécutions de personnages importants , et de changements assez graves. Dihan-Arslan-Pascha, gouverneur de Silistra, avait été étranglé immédiatement avant l'expédition du grand vcsir contre Neuhœusel, et le serdar Ali-Pascha avait été chargé de veiller sur Ofen. Mohammed-Pascha fut nommé à la place du gouverneur de Karamanie, Tschatal-Baschi- Pascha, étranglé devant la tente du grand vesir. Le grand chambellan, confident du sultan • Jusuf-Pascba , que les portiers du sérail accusèrent auprès du souverain au moment du retour de la chasse, fut d'abord éloigné dans le sandschak d'Angora, puis un kapidschi alla lui cou perla tôteà Babaeski, comme il revenait à Constantinople. Le conûdent Hasan, orgueilleux de son crédit, ayant maltraité les pages du sérail, fut réduit au rôle de chambellan avec un traitement quotidien de 150 aspres. Sa place passa à Mustafa-Kuloghli , fils d'un simple janitschare de Safrao Borli ; par ses talents en poésie et en musique il sut acquérir la faveur du souverain. Le commandant de l'escadre de la mer Koire, Deli-Moharamed , après avoir coulé
bas sept cents tschaiks des cosaques du Don , faisait voile pour Constantinople quand il reçut un message du cban qui le priait de revenir, attendu que les cosaques étaient sortis du Dniéper. Deli-Mohammed fit pendre le député du chan, ce qui détermina plus tard sa propre exécution comme satisfaction au prince tatare. Tsrhengisade, gouverneur de Bosnie, qui avait été battu dans une attaque tentée sans ordre sur Klis, paya de sa tête son insubordination et la perte qu'il avait éprouvée. Ali-Pascha , ancien général en Transylvanie, et tout récemment destiné à garder Ofen, mourut à Temesvar, Âgé de quatre-vingt-six ans. L'ex-kislaraga Mohammed-Aga s'était retiré à Médine; la haine du grand vesir l'y atteignit et le frappa de mort. On lit des préparatifs pour reconstruire le pont d'Essek; à Constantinople furent enrôlés mille janitschares pour la Hongrie et cinq cents pour la Crète. A Andrinoplc, à Gulbaba, une lieue et demie de la ville, et dans le village de Tschœlmekkoï, on construisit des kœschks pour le sultan , et l'on dessina un jardin orné de fontaines et de jets d'eau.
Le printemps approchait; la lettre du grand vesir remise au baron de Goes n'avait amené qu'une réponse vague et insignifiante. Au premier souffle de vents plus doux, les étendards furent plantés dans la plaine de Belgrad, et trois semaines après le grand vesir campa près de Semlin. Afin de porter l'armée au grand complet, on convoqua cette fois tous les possesseurs de traitements qui n'avaient pas l'habitude d'entrer en campagne, les officiers de marine inscrits dans la chancellerie de l'amirauté , et trois vesirs mis à la retraite, les gouverneurs déposés du Kaire, de Bagdad et de Diarbekr. Afin de préserver désormais de l'incendie le pont d'Essek, rétabli dans l'espace de trois mois, Kibleli Mustafa-Pascha, qui occupait Essek, Ismail-Pascha, beglerbcg de Bosnie, et le samszundschi-baschi reçurent ordre de le garder. Comme il n'avait pas plu depuis longtemps, et que le manque d'eau se faisait sentir dans tout le pays, le grand vesir fit réciter des prières publiques pour en demander au ciel. Sur la rive de la Save fut dressé un autel, et au bout de trois jours une pluie abondante récompensa la ferveur des