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comme dernière résolution an résident que la restitution de Neuhœusel était aussi impossible que la destruction de Szekelhyd et de Saint-Job ; que l'élévation d'une forteresse sur la rive droite du Waag ne serait admissible que si de leur côté les Impériaux s'en- ^eaient à ne pas relever le petit Komorn et Zrinvar ; relativement à Neutra , si cette place résistait aux armes otiomanes, il ne pouvait rien promettre; que Babocsa et Bercxencze, dont le résident avait demandé qu'on ne relevât pas les ouvrages, étant situées dans l'intérieur du pays, ne se trou- Taient pas dans le même cas que le petit Komorn et Zrinvar, établis immédiatement sur la frontière devant les portes de Kanischa. Au reste il ne voulut entendre nullement parler du renouvellement de la paix de Sitvatorok. La paix à conclure devait être assise sur des bases entièrement nouvelles , posées par la victoire et la conquête. Ainsi Reninger fut congédié ; le lendemain il écrivit ses rapports [31 juillet] ; et le soir, au moment où il allait expédier son courrier, l'avant-garde turque passa le Raab (1).
Sur la frontière de Hongrie et de Slyrie, au confluent de la Laufnitz dans le Raab, s'élève le couvent de Citeaux de Saint-Gotthard , immortalisé par la grande bataille qui porte son nom. Le Raab coupe la vallée fertile, limitée des deux côtés par des collines doucement inclinées, et dont la largeur sur la rive gauche, où la lutte s'engagea, n'a pas plus (Se deux mille pas. A une lieue au-dessus de Saint-Gotthard , sur la rive droite du Raab, est situé le village de Siming ; et entre le couvent et cette commune le village de Windisch, qui alors portait le nom hongrois de Ciasfalu. En face, sur la rive gauche, était le beau village deMoggers, centre de la bataille. La vue à l'orient se borne à la perspective de la vallée du Raab près de Saint-Gottbard ; mais du côté de l'ouest s'ouvre un bien plus vaste horizon jusqu'au Haiufeld-kogel et au Gleicherberg-kogel, qui semblent des espèces de sentinelles avancées des Alpes de la Haute-Styrie, perdues au loin dans une teinte bleuâtre. Sur la rive droite du Raab
(1) Rapport de Reninger, du camp de Sainl- Gouhard.
se déployait l'armée ottomane, sur la rive gauche l'armée impériale ; les tentes du grand vesir couronnaient les hauteurs au-dessus de. Windisch; celles de Montecuccoli étaient plantées en face au pied de la colline. En cet endroit le Raab n'a qu'une largeur de dix à quinze pas ; entre Windisch et Moggers il forme une courbure , qui offrait la plus grande facilité aux Turcs pour le passage, parce que les deux extrémités rentrantes de l'arc pour les Croisés ne leur permettaient pas de présenter là un front assez étendu ; au sommet de l'arc le grand vesir avait fait placer dans la nuit quinze pièces de campagne pour protéger le passage; quelques autres canons étaient en outre en batterie sur la colline; les troupes de la Confédération, qui formaient le centre de l'armée , étaient si peu sur leurs gardes qu'elles ne remarquèrent pas le mouvement des Turcs, qui passèrent le Raab et commencèrent à se retrancher snr la rive gauche. Le lendemain malin à neuf heures, le grand vesir se porta sur le gué de la courbure avec toutes ses forces; trois mille sipahis, sous les ordres d'Ismail-Pascha, ayant en croupe autant de janitscharcs, passèrent les premiers [1er août 16Ci]. Les janitscharcs se retranchèrent à Moggers. Les troupes de la Confédération au sommet de l'arc furent culbutées , et s'enfuirent dans un tel désordre que le comte Waldeck dut donner de son épée dans les reins aux officiers, et que le prince de Holslein , voulant ramener les escadrons avec Waldeck à la charge, fut 4 peine obéi de quelques cavaliers; le maître de l'artillerie Fugger tomba frappé d'un coup de feu, le marquis de Duriach ne se sauva qu'avec peine, le marquis de Sulzbach ne put faire bouger le régiment de Schmid, le bataillon de Nassau fut taillé en pièces; Nassau lui-même fut tué et Schmid blessé. Les Turcs n'étaient plus qu'à une portée de pistolet du carnp des Confédérés et de la tente du margraf , et se trouvaient en possession du village de Moggers. Le prince Charles de Lorraine, à la tête d'un régiment, faisant alors l'épreuve de sa grandeur future sur lo^ champs de bataille, tua de sa propre main le capitaine des gardes-du-corps du grand vesir, et les Ottomans furent repoussés dans le demi-cercle de la rivière^
Le village de Moggers Tut repris et brûlé. La force de l'attaque n'avait été dirigée que sur le centre de l'armée chrétienne. Montecuccoli accourut de la droite avec les régiments de Sparr, Tasso, Lorraine et Schneidau, prit les Turcs en flanc et les rejeta pardelà le Raab: des janitschares, qui s'étaient jetés dans les maisons du village, s'y détendirent avec acharnement et s'y firent brûler plutôt que de se reudre. De nouvelles troupes franchissant la rivière, Montecuccoli fit dire au commandant des troupes françaises formant l'aile gauche, au comte de Coligny, que maintenant le moment était venu de le soutenir, et Coligny lui envoya mille fantassins avec quatre escadrons de cavalerie, sous les ordres du duc de Lafeuillade. Alors arrivèrent aussi les régiments impériaux de Spick et de Pio, infanterie, et de Rappach, cavalerie, qui rétablireut l'ordre de la bataille. Quand Kœprili vit avancer les Français, il dit : « Qu'est-ce que ces tilles?» faisaut allusion aux perruques poudrées dont ils étaient coiffés. Mais ces prétendues filles, sans se laisser effrayer par les hurlements des Turcs, se mirent au pas de course . en criant : <r En avant! en avant! lue ! lue! > et les janitschares qui échappèrent à celte furieuse charge n'avaient pas encore oublié de longues années après ces terribles paroles des Français ni le nom de Fuludi qu'ils donnaient au duc de Lafeuillade (1). Vers midi enfin les Ottomans firent mine de vouloir attaquer les ailes. Les grandes masses de cavalerie se portèrent sur l'aile droite (les Impériaux), trois autres sur la gauche (les Français) au-delà de la rivière. Mais en même temps, en deçà du Haab, en face du centre, se formèrent trois gros corps de cavaliers qui devaient se précipiter sur les troupes de la Coufédéralion , tandis que les janitschares se retrancheraient sur la rive. La cavalerie turque resta sans mouvement uue demi-heure à observer la mêlée, et laissa passer encore autant de temps pour descendre et franchir le Raab, menaçant ainsi d'une attaque sur deux points. A l'aile droite de l'armée impériale, les régiments de cava-
(1) Vigneau, État présent de l'Empire ollonian, p. ii7.
lerie de Montecuccoli et de Sporck, à la gauche, ceux des Français, s'élancèrent au devant des Ottomans qui allaient opérer leur passage; au centre, Montecuccoli délibéra une attaque commune avec les généraux.
Déjà quelques-uns des chefs conseillaient la retraite, déjà les Français et les troupes de la Confédération avaient chargé leurs bagages, quand le généralissime leur représenta qu'une attaque rapide et bien combinée était l'unique moyen de salut. « La victoire ou la mort, » dit Montecuccoli aux chefs de l'armée, et ceux-ci répétèrent les mêmes paroles à leurs subordonnés. Le général de la cavalerie , Jean de Sporck, qui avait toute l'ignorance mais aussi toute la valeur héroïque des guerriers des anciens temps, se prosterna la tête découverte et prononça cette prière à haute voix : <r Généralissime toutpuissant là -haut, situ ne veux pas prêter assistance aujourd'hui à tes enfants les vrais croyants en Jésus-Christ, au moins ne secoure pas les chiens |de Turcs, et tu auras aujourd'hui sujet de rire (1 ). Aussitôt les trompettes sonnent la charge. Un cri de bataille sorti de tous les rangs de l'armée impériale frappe les Turcs de consternation (2) ; à l'aile droite s'ébranlent les régiments de Spick, Pio, Tasso, Schneidau, Lorraine, Rappach; à la gauche les Français, au centre les troupes de la Confédération. Tout l'ordre de la bataille formé en demi-lune se porte rapidement sur les Turcs et les repousse dans la courbure du fleuve. Janitschares, sipahis, Albanais, se précipitent pêle mêle dans les flots du Raab. Plus de dix mille Musulmans sont tués ou noyés, parmi eux le gouverneur de Bosnie, Ismail-Pascha , beau-père du sultan, l'aga des janitschares et celui des sipahis, trente agas du grand vesir et son écuyer; enfin l'alaibcgde Kanischa, Fethi-Begsade (3), le renégat Garba, qui avait guidé l'armée de la Porte (4). Le massacre dura jusqu'à quatre heures [après midi. Trente mille cavaliers, qui au-delà du fleuve étaient restés tranquilles spectateurs du combat, prirent la
(t) Jean, comlc de Sporck, dans le Journal militaire autrichien, 1820; vu* livraison, j>. 211.
(2) Montecuccoli , p. 85.
(3) Subdet, fol. 57.
I (û) ilapporl de Reninger.