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se concerter avec Oweis-Beg. Celui-ci, ancien coupeur de bois du sérail, était venu en Égypte avec l'eunuque Nesir, expulsé du sérail, et il commença l'édifice de sa fortune en gardant 10,000 ducats que l'eunuque lui avait confiés en dépôt. Parvenu au grade d'aga des silihdars, il avait maintenant une part importante dans l'administration des affaires au Kaire. Oweis conseilla au gouverneur d'éloigner le defterdar en lui conférant le gouvernement de Dschidda; Mohammed -Beg, avec quelques officiers des troupes excitées par lui , parut dans le divan et réclama la vengeance du sang sur Oweis, qui avait tué un de ses frères d'armes nommé Osman. Les agas des troupes forcèrent le gouverneur à ordonner la mort d'Oweis. Deux kiajas furent blessés par les mutins, puis étranglés; un troisième fut banni , et tout s'accomplit au nom du gouverneur contraint à donner des ordres en conséquence. Sur le rapport adressé au grand vesir, un chatti-schérif déclara qu'il fallait laisser la justice suivre son libre cours. Le gouverneur manda le jeune Mahmud, favori du defterdar, invita également ce dernier à se rendre au palais, parce qu'il avait à s'entretenir d'affaires seul avec lui. Mohammed vint avec Mahmud ; le pascha leur fit présenter le café, la pipe et le sorbet, mais ses gens les coupèrent en morceaux au moment où ces hôtes prenaient congé de lui [2 septembre 1665]. Les agas rassemblèrent leurs soldats au nombre de mille dans la mosquée du sultan Ilasan, et mandèrent aux begs qu'il leur fallait renverser le gouverneur et investir l'un d'eui des fonctions de kaimakam. Les begs s'y refusèrent et finirent par persuader aux agas de commencer par dé poser le gouverneur. Les agas s'attaquèrent donc au pascha, qui, pour sa justification, invoqua le chatti-schérif. Les mutins se séparèrent;mais, quatre jours après,ils s'établirent près de la porte de fer, dans la mosquée de Moeijed. De son coté le pascha convoqua les vingt-quatre begs en diwan, leur fit lecture du chatti-schérif , et il fut résolu que l'on adresserait une proclamation aux troupes en les sommant de livrer cinq des meneurs. Les soldats répondirent : « Nous périrons tous plutôt que de céder à ce qu'on demande! » Alors le gouverneur nomma Bakladschi-Mohammed serdar contre tes rebelles. Celui-ci
attaqua la mosquée du sultan Moeijed par quatre côtés, (il amener des canons près de la porte de Suweila, et ordonna d'ouvrir le feu. Les rebelles, réduits à capituler, se retirèrent ; à la sortie de la mosquée on saisit ceux qui étaient signalés; ils furent exécutés, et leurs têtes envoyées à la Porte. Sulfikar, l'un des premiers begs , soupçonné de complicité dans la révolte , fut emmené vivant à Constantinople, où les instancesdu kaimakam ne purent le soustraire à la sentence de mort prononcée par le sultan.
Des habitants de Chypre s'étaient plaints de la conduite inique de leur gouverneur Ibrahim-Pascha. Le chambellan envoyé pour examiner les faits, rédigea un rapport favorable au prévenu; mais le juge d'Atalia en démontra la fausseté ouïes erreurs. Ibrahim- Pascha fut appelé à Andrinople, renfermé entre les portes du sérail, puis livré au bourreau. Son successeur, Dersi-Ibrahim-Pascha, provoqua encore les griefs des habitants et du juge de Chypre. Le grand écuyer (Basch- Silaschchor), chargé d'une enquête sur la conduite du pascha, le déclara innocent ; celuici recouvra sa liberté, mais fut remplacé par Abdul-Radir, l'un des begs de la flotte. Les Chypriotes furent condamnés à une amende de 36,000 piastres, dont la moitié dut être supportée par les troupes de l'Ile, et le reste tomba sur les sujets.
Des faits analogues se passèrent à Chios, où le kaimakam avait délégué un commissaire pour examiner les griefs des habitants contre leur gouverneur. Pour plaire au pascha le commissaire arrêta le molla de l'île; mais, un second commissaire ayant rendu compte de cet acte, le premier à son retour fut étranglé. Les querelles des Latins et des Grecs à Chios préparèrent des fruits plus abondants à recueillir pour la convoitise du kaimakam Kara Mustafa. Ignace Neochori , métropolitain grec de Chios, né dans cette lie, doué d'une intelligence ardente et subtile, habile artisan d'intrigues, obtint un ordre de la Porte qui retirait la juridiction à l'évêque catholique de Chios pour l'attribuer exclusiment au métropolitain grec, et donnait en même temps aux Crées les églises des Latins (1). L'évêque catholique, accompagné
(I) Rycaut, HisL de l'État prient de l'Église
MPI RE OTTOMAN.
de dix des principaux prêtres, se rendit auprès de la Porte pour exposer ses griefs; mais comme il prit par Constantinople, le Grec le devança à Andrinople et représenta les catholiques comme des alliés secrets des Vénitiens. Le kaimakam tira des Grecs 4,000 écus,des Latins 7,000, promettant aux uns et aux autres une décision favorable. Dans le diwan il attribua quelques églises aux Grecs, d'autres aux catholiques, mais renvoya l'examen ultérieur de l'a (Ta ire comme douteuse au pascha et aux mollas de Chios , auxquels ensuite il expédia l'ordre de mettre les Grecs en possession de toutes les églises latines dont les catholiques ne jouissaient pas depuis plus de soixante ans. Les catholiques perdirent ainsi plus de soixante temples.
Pendant la guerre de Hongrie et dans l'année qui la suivit, les pirates d'Alger s'étaient montrés plus menaçants que jamais, et s'étaient fait châtier en quelque sorte par la France. Alger, Tunis et Tripoli , de l'agrément de la Porte, avaient conclu avec l'Angleterre un traité dans lequel il avait été déclaré que, dans le cas de violation des conditions de la part d'Alger, l'Angleterre aurait le droit de venger son injure sans que par là il fût porté atteinte à la bonne intelligence entre l'Angleterre et la Porte; ce qui attestait à la fois l'orgueil des états barbaresques et l'impuissance du Croissant. Le consul général anglais à Smyrne, Rycaut , avait porté à Tunis, Tripoli et Alger , la ratification du traité arrêté avec ces trois régences; mais dans la dernière le diwan ne voulut pas reconnaître le principe de droit maritime anglais d'après lequel le pavillon couvre la marchandise. Des réclamations écrites furent adressées à ce sujet au roi d'Angleterre, et, deux ans plus tard les hostilités recommencèrent contre le pavillon anglais (1). La guerre fut plus sérieuse contre la France, qui jusqu'au commencement duxvn* siècle avait entretenu les meilleurs rapports avec Alger. Seule de toutes les puissances maritimes, la France avait quelques possessions sur la côte
grecque et arménienne . traduite par Rosemond. AJiddlebonrg, 1692, p. 812.
(1) Rycaut, dans Knollcs.
septentrionale d'Afrique, entre autres le château appelé Bastion de France , quelques bandes de territoire, capo Negro , capo di Rosa, ainsi que la Calle. Les débats, accommodés par un traité ménagé sous la médiation de la Porte [1628] (1), éclatèrent de nouveau , et la valeur des prises faites dans la première année de la régence d'Ibrahim par les Algériens, sur plus de quatre-vingts bâtiments français , doit avoir monté à plus de quatre millions. Le corsaire Ali-Picenino attaqua le Bastion de France et emmena les habitants au nombre de trois cent sept en esclavage à Alger, où ils ne furent rendus à la liberté que par suite du traité conclu dans la même année [1640]. Depuis le commencement de ce siècle Alger avait essayé ses forces sur mer, en envoyant ses pirates faire des descentes dans les Iles les plus éloignées, à Madère, en Islande, en Irlande, d'où ils enlevèrent beaucoup d'habitants. Le nombre des esclaves chrétiens dans le seul état d'Alger montait de dix à vingt mille. Quarante à cinquante vaisseaux de quarante à cinquante canons étaient montés chacun par trois à quatre cents pirates. Les prisonniers hollandais étaient pendus pour la plupart , les Espagnols étaient brûlés à petit feu ; les malheureux qui conservaient la vie subissaient des traitements atroces. En 1655 des flottes anglaises et hollandaises , commandées par Black et lluyter, contraignirent Alger à briser les fers de leurs nationaux. Ruyter donna la chasse à tous les corsaires d'Alger, de Tunis, Tripoli et Tétuan; il se proposait de porter le feu dans le port d'Alger , mais les tempêtes déjouèrent ses projets. La paix fut conclue avec la Hollande un an avant la signature du traité avec l'Angleterre , dont il a déjà été question. La Hollande aurait voulu, d'accord avec l'Espagne, la France et l'Angleterre, mettre fin à la piraterie ; mais ses vues ne furent point adoptées par ces puissances. Quand les pirates algériens inquiétèrent les côtes de Provence, la France envoya le duc de Beau fort , amiral , avec une flotte , qui , après un combat naval vaillamment soutenu, s'empara de quelques bâti-
(1) Notions sur l'état d'Alger, t. n, p. 771 ; voyez ausji l'Histoire tic la L'arbatic, I. i, p. b j.