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I l'invitant à se rendre à 'Moscou , à l'effet d'y prendre la présidence du concile rassemblé pour la déposition de son patriarche qui se mettait en état d'opposition coutre son autorité. Mais le chef de l'Église de Constantinople était encore trop effrayé par le destin de son prédécesseur Parthenius , que Mohammed avait fait pendre sous prétexte de prétendues intelligences avec la Russie , pour entreprendre lui-même le voyage. Il envoya à sa place les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie, et l'archevêque du Mont-Sinaï, qui furent très-bien accueillis. Le grand vesir informé de ces circonstances manda le patriarche et le força de déposer les deux patriarches et l'archevêque, de sorte qu'au moment où ces prélats délibéraient sur la déposition du patriarche de Moscou ils perdaient eux-mêmes leurs bénéfices (1). Cela détermina le czar à envoyer à Constantinople un ambassadeur, qui, arrivé à Andrinople avec une suite de douze personnes, eut d'abord audience du kaimakam, et , trois jours après, fut reçu par le sultan lui-même sous une tente [8 octobre 1666] (2). Ce fut une cérémonie tout-à-fait inusitée que la réception de cet ambassadeur au milieu d'équipages et d'attributs de chasse. Il avait pour mission de solliciter la réintégration des deux patriarches et de l'archevêque, et sa demande fut accueillie. Les patriarches restèrent une année à Moscou; ils l'employèrent utilement à rétablir la discipline ecclésiastique et à introduire en Russie les rites de l'Église de Constantinople. Ils intervinrent aussi en faveur des exilés dans les forêts noires (3), et obtinrent du czar la diminution des droits de douane en faveur des Grecs exerçant le commerce en Russie. Ils revinrent à Constantinople chargés de riches aumônes et de présents considérables (fc). L'envoyé russe se plaignit aussi que le nouveau chan tatare réclamait le tribut de quelques
(!) L'état présent des nations et de» églises grecque, arménienne elroaronile en Turquie, par M. de Lacroix , Paris 1715, chap. xxxtm. De la querelle du duc de Moscovic avec son patriarche.
(5) «apport de Casanova , du 10 octobre 1666, d'Andrinople.
(S) Lacroix, p. 122.
(4) Ibîd.
peuplades soumises au czar. Le souverain actuel de Krimée était fils de Tschoban-Girai ; il avait été porté sur le trône des Tatares par le grand vesir, qui n'avait pu pardonner à son prédécesseur Mohammed-Girai d'avoir envoyé son fils à la guerre de Hongrie au lieu de s'y rendre en personne , d'avoir attaqué et harcelé sans cesse les Noghais établis en Bessarabie sur des terres assignées par la Porte. Mohammed-Girai fut donc déposé, et Aadil- Girai quittant l'exil de Rhodes devint clian de la Krimée. Son kalgha lslam-Girai le devança parterre; Serchosch-lbrahim-Pascha fut aussi envoyé à Rafla- avec deux galères , puis le nouveau chan partit lui-même avec une escadre de onze galères, accompagné par le chambellan Ogus-Mustafa [7 avril 1666]. Les propriétés sur le Dniester , qui jusqu'alors avaient été considérées comme domaines princiers du chan , retournèrent au fisc et furent constituées en une woiwodie dont on investit les Tatares noghais. Au reste l'établissement des Noghais en Bessarabie ne dura que trois années, car dans la quatrième, par suite de plaintes multipliées des woiwodes de Moldavie et de Valachie, ces hordes, qui faisaient de continuelles irruptions chez leurs voisins , furent ramenées dans les steppes de leur patrie, sous la direction du chambellan Ssaribeg-Mohnrame<f-Aga, nommé commissaire à cet effet ( 1 ) . L'année qui suivit son avènement, Aadil-Girai envoya une ambassade solennetle à Vienne, où son prédécesseur dans les trois années qui précédèrent les hostilités avait adressé trois missions diplomatiques. La première était chargée de féliciter l'empereur sur son couronnement ; les deux autres lui portèrent des plaintes contre la Transylvanie , et s'efforcèrent de combattre les intrigues de Kemeny. — Maintenant Aadil-Girai notifiait son entrée en possession de la souveraineté. Son représentant fut le premier Tatare qui, outre des lettres du kalgha, du nureddin , de la Validé à l'Empereur, en apporta encore une de la sultane - mère pour l'Impératrice ; il la remit même en audience solennelle , et demanda que l'Empereur envoyât de son côté une ambassade au chan ; mais on ne répondit pas à cette avance.
(1) Sobdci, fol. 170.
Venise, qui, pendant la guerre de Hongrie, avait respiré plus librement, sentit maintenant de nouveau que les périls allaient fondre sur elle après la conclusion de la paix avec l'Empereur. Toutefois elle ne désespéra pas encore de détourner la guerre, et fit passer au négociateur Ballarino, qui se trouvait toujours à Constantinople, des lettres du doge pour le sultan et pour le grand vesir. Kœprili posa pour conditions de la paix le paiement de 100,000 ducats à opérer par les mains de l'ambassadeur que la République chargerait spécialement de confirmer la paix, et la remise de Suda; en échange, la Porte consentirait à détruire les deux nouveaux forts élevés en face de Candie et à mettre en liberté les prisonniers renfermé! dans les Sept-Tours (1). La République était disposée à se résigner à tout, excepté à la cession de Suda, et Ballarino ayant persisté à refuser cette place, dans un conseil général tenu à Constantinople il fut résolu que l'on poursuivrait la guerre avec la plus grande énergie. La flotte complètement équipée fut placée sous les ordres de Kaplan-Pascha ; les étendards impériaux furent plantés devant la porte du sérail [2 avril 1667]. Le sultan campa d'abord à Daud-Pascha , puis, tout en chassant et prenant un détour par Kirkkilise, il se rendit à Andrinople en vingt-deux jours. A Chaszkoi les beglerbergs d'Adana et de Ka rama nie, ainsi que le beg de Tarsus, défilèrent devant lui avec leurs troupes et furent revêtus de kaftans selon l'usage. A Andrinople arrivèrent l'ambassadeur extraordinaire Mohammed- Pascha, de retour de Vienne, et le tschausch Abdunnebi que le grand vesir avait chargé d'une mission en Perse auprès du premier ministre Himadeddewlet, et qni peignit la situation critique du schah, sou* verain faible d'esprit et de volonté (2). On versa au defterdar du grand vesir, sur les fonds du trésor privé , 15,000 bourses pour l'achèvement de la guerre de Crète. La sainte bannière fut remise par le sultan entre les mains du grand vesir au milieu des cérémonies accoutumées, et, cinq jours après, Àhmed-Kœprili avec toute l'armée se mit
(1) Raschid . 1. 1. Toi. 29 et 30 ; Dschew. p. 302.
(2) Abdi , fol. H.
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